‹ ŒuvresChapitre 121 sur 302 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Va jouir de la couche et des embrassements

D'un homme qui fuyoit tous ces engagements,

Et dont à vingt partis fort capable de plaire

Le cœur a refuse l'honneur qu'il vous* veut faire.

Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux

Le peu que vous étiez sans ce nœud glorieux ,

Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise

A mériter l'état où je vous aurai mise ,

A toujours vous connoître, et faire qu'à jamais

Je puisse me louer de l'acte que je fais.

Le mariage , Agnès , n'est pas un badinage :

A d'austères devoirs le rang de femme engage ;

Et vous n'y montez pas , à ce que je prétends ,

Pour être libertine et prendre du bon temps.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance :

Bu côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu'on soit deux moitiés de la société' ,

Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité :

L'une est moitié suprême , et l'autre subalterne ;

L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne ;

Et ce que le soldat dans son devoir instruit

Montre d'obéissance au chef qui le conduit,

Le valet à son maître, un enfant à son père,

A son supérieur le moindre petit frère ,

N'approche point encor de la docilité,

Et de l'obéissance, et de l'humilité,

Et du profond respect où la femme doit être

Pour son mari , son chef, son seigneur et son maître.

Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux,

Son devoir aussitôt est de baisser les yeux ,

Et de n'oser jamais le regarder en face ,

Que quand d'un doux regard il lui veut faire grâce.

ï^o L'ÉCOLE DES FEMMES.

C'est ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui :

Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui.

Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines

Dont par toute la ville on chante les fredaines,

Et de vous laisser prendre aux assauts du malin ,

C'est-à-dire d'ouïr aucun jeune blondin.

Songez qu'en vous faisant moitié' de ma personne ,

C'est Mon honneur, Agnès , que je vous abandonne j

Que cet honneur est tendre , et se blesse de peu ;

Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ,

Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes

Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.

Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons;

Et vous devez du cœur dévorer ces leçons.

Si votre ame les suit , et fuit d'être coquette ,

Elle sera toujours , comme un lis , blanche et nette :

Mais s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond,

Elle deviendra lors noire comme un charbon ;

Vous paroîtrez à tous un objet effroyable ,

Et vous irez un jour, vrai partage du diable,

Bouillir dans les enfers à toute éternité ,

Dont vous veuille garder la céleste bonté !

Faites la révérence. Ainsi qu'une novice

Par cœur dans le couvent doit savoir son office,

Entrant au mariage il en faut faire autant ;

Et voici dans ma poche un écrit important

Qui vous enseignera l'office de la femme.

J'en ignore l'auteur, mais c'est quelque bonne ame;

Et je veux que ce soit votre unique entretien.

( Il se lève. ) Tenez. Voyons un peu si vous le lirez bien.

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