‹ ŒuvresChapitre 122 sur 302 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Je ne puis faire mieux que d'en faire ma femme.

Ainsi que je voudrai , je tournerai cette ame ;

Comme un morceau de cire entre mes mains elle est,

Et je lui puis donner la forme qui me plaît.

Il s'en, est peu fallu que , durant mon absence ,

On ne m'ait attrapé par son trop d'innocence j

Mais il vaut beaucoup mieux , à dire vérité ,

Que la femme qu'on a pèche de ce côté.

De ces sortes d'erreurs le remède est facile.

Toute personne simple aux leçons est docile ;

Et , si du bon chemin on la fait écarter ,

Deux mots incontinent l'y peuvent rejeter.

Mais une femme îiabile est bien une autre bête :

Notre sort ne dépend que de sa seule tète ,

De ce qu'elle s'y met rien ne la fait gauchir,

Et nos enseignements ne font là que blanchir :

Son bel esprit lui sert à railler nos maximes ,

A se faire souvent des vertus de ses crimes ,

Et trouver , pour venir à ses coupables fins ,

Des détours à duper l'adresse des plus fins.

Pour se parer du coup en vain on se fatigue :

Une femme d'esprit est un diable en intrigue ;

Et , dès que son caprice a prononcé tout bas

L'arrêt de notre honneur , il faut passer le pas :

Beaucoup d'honnêtes gens en pourroient bien que dire.

Enfin mon étourdi n'aura pas lieu d'en rire ;

Par son trop de caquet il a ce qu'il lui faut.

Voilà de nos François l'ordinaire défaut :

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