ACTE III, SCÈNE IV
Avec un mot de lettre est tombée à mes pieds ; Et j'admire de voir cette lettre ajustée Avec le sens des mots et la pierre jetée. D'une telle action n etes-vous pas surpris ? L'amour sait- il pas l'art d'aiguiser les esprits? Et peut-on me nier que ses flammes puissantes 3STe fassent dans un cœur des choses étonnantes? Que dites-vous du tour et de ce mot d'écrit ? Hp î n'admirez-vous point cette adresse d'esprit ? Trouvez- vous pas plaisant de voir quel personnage À joué mon jaloux dans tout ce badinage ? Dites.
ARNOLPHE
Oui , fort plaisant.
HORACE
Riez-en donc un peu.
( Arnotphe rit d'un air forcé.) Cet homme gendarmé d'abord contre mon feu, Qui chez lui se retranche , et de grès fait paradé, Comme si j'y voulois entrer par escalade; Qui , pour me repousser , dans son bizarre effroi , Anime du dedans tous ses gens contre moi ; Et qu'abuse à ses yeux, par sa machine même , Celle qu'il veut tenir dans l'ignorance extrême ! Pour moi , je vous l'avoue , encor que son retour En un grand embarras jette ici mon amour , Je tiens cela plaisant autant qu'on sauroit dire: Je ne puis y songer sans de bon cœur en rire ; Et vous n'en riez pas assez , à mon avis.
Arnolphe, avec un ris forcé.
Pardonnez-moi , j'en ris tout autant que je puis.
i8o L'ECOLE DES FEMMES;
HORACE
Mais il faut qu'en ami je vous montre sa lettre. Tout ce que son cœur sent, sa main a su l'y mettre, Mais en termes touchants et tout pleins de bonté , De tendresse innocente et d'ingénuité' , De la manière enfin que la pure nature Exprime de l'amour la première blessure. AiiNOlphe, bas y a part, "Voilà , friponne , à quoi l'écriture te sert ; Et , contre mon dessein l'art t'en fut découvert. HORACE lit.
« Je veux vous écrire, et je suis bien en peir « par où je m'y prendrai. J'ai des pensées que j « désirerois que vous sussiez; mais je ne sais cou « ment faire pour vous les dire , et je me défie <3 ce mes paroles. Gomme je commence à connoîti ce qu'on m'a toujours tenue dans l'ignorance, y, « peur de mettre quelque chose qui ne soit p; *c bien , et d'en dire plus que je ne devrois. E « vérité , je ne sais ce que vous m'avez fait ; ma « je sens que je suis fâchée à mourir de ce qu'o « me fait faire contre vous, que j'aurai toutes 1< « peines du monde à me passer de vous , et que j « serois bien aise d'être à vous. Peut-être qu'il y « du mal à dire cela ; mais enfin je ne puis m'en « pêcher de le dire , et je voudrois que cela se pî « faire sans qu'il y en eût. On me dit fort que toi « les jeunes hommes sont des trompeurs , qu'il E (( les faut point écouter , et que tout ce que vot v me dites n'est que pour m'abuser : mais je voi