ACTE III, SCÈNE IV
« assure que je n'ai pu encore me figurer cela de « vous; et je suis si touchée de vos paroles, que <c je ne saurois croire qu'elles soient menteuses, « Dites-moi franchement ce qui en est : car enfin , « comme je suis sans malice , vous auriez le plus « grand tort du monde si vous me trompiez , et je « pense que j'en mourrois de déplaisir. »
arnolphe, à part.
Hon î chienne I
HORACE
Qu'avez- vous ?
ARNOLPHE
Moi ? rien. C'est que je tousse.
HORACE
Avez- vous jamais vu d'expression plus douce ? Maigre' les soins maudits d'un injuste pouvoir, Un plus beau naturel se peut-il faire voir ? Et n'est-ce pas sans doute un crime punissable De gâter méchamment ce fonds d'ame admirable , D'avoir dans l'ignorance et la stupidité Voulu de cet esprit étouffer la clarté' ? L'amour a commencé d'en déchirer le voile ; Et si , par la faveur de quelque bonne étoile , Js puis; comme j'espère, à ce franc animal, Ce traître, ce bourreau, ce faquin, ce brutal...
ARNOLPHE
Adieu.
HORACE
Comment ! si vite ?
ARNOLPHE
Il m est dans la pensée
Molière. 2. l6
i82 L'ÉCOLE DES FEMMES,
Venu tout maintenant une affaire pressée.
HORACE
Mais ne sauriez- vous point, comme on la tient de près,
Qui dans cette maison pourroit avoir accès ?
J'en use sans scrupule ; et ce n'est pas merveille
Qu'on se puisse , entre amis , servir à la pareille.
Je n'ai plus là-dedans que gens pour m'observer ;
Et servante et valet , que je viens de trouver ,
N'ont jamais, de quelque air que je m'y sois pu prendre.
Adouci leur rudesse à me vouloir entendre.
J'avois pour de tels coups certaine vieille en main,
D'un génie , à vrai dire , au-dessus de l'humain :
1511e m'a dans l'abord servi de bonne sorte ;
Mais , depuis quatre jours , la pauvre femme est morte,
îïe me pourriez-vous point ouvrir quelque moyen ?
ARNOLPHE
Non , vraiment ; et sans moi vous en trouverez bien.
HORACE
Adieu donc. Yous voyez ce que je vous confie.