ACTE III, SCÈiNE V. ï
Je souffre doublement dans le vol de son cœur ; Et l'amour y pâtit aussi-bien que l'honneur. J'enrage de trouver cette place usurpée, "Et j'enrage de voir ma prudence trompée. Je sais que , pour punir son amour libertin , Je n'ai qu'a laisser faire à son mauvais destin, Que je serai vengé d'elle par elle-même : Mais il est bien fâcheux de perdre ce qu'on aime. Ciel ! puisque pour un choix j'ai tant philosophé, Faut-il de ses appas m'être si fort coiffé ! Elle n'a ni parents , ni support , ni richesse ; Elle trahit mes soins , mes bontés , ma tendresse : Et cependant je l'aime, après ce lâche tour, Jusqu'à ne me pouvoir passer de cet amour. Sot! n'as- tu point de honte ? Ah ! je crève, j'enrage, Et je souffletterais mille fois mon visage. Je veux entrer un peu , mais seulement pour voir Quelle est sa contenance après un trait si noir. Ciel , faites que mon front soit exempt de disgrâce ; Ou bien , s'il est écrit qu'il faille que j'y passe , Donnez-moi tout au moins , pour de tels accidents , La constance qu'on voit à de certaines gens !