‹ ŒuvresChapitre 140 sur 302 · ACTE IV, SCÈNE VIII* iq · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII* iq

ARNOLPHE

C'est trop s'inquiéter des affaires des autres.

CHRYSALDE.

Oh ! oh ! si brusquement ! quels chagrins sont les vôtres ?

Seroit -il point , compère , à votre passion

Arrivé quelque peu de tribulation ?

Je le jurerais presque, à voir votre visage.

ARNOLPHE

Quoi c/u'il m'arrive, au moins aurai-je l'avantage

De ne pas ressembler à de certaines gens

Qui souffrent doucement l'approche des galants:

CHRYSALDE.

C'est un étrange fait, qu'avec tant de lumières Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières , Qu'en cela vous mettiez le souverain bonheur, Et ne conceviez point au monde d'autre honneur ! Etre avare , brutal , fourbe , méchant et lâche , N'est rien , à votre avis , auprès de cette tache , Et , de quelque façon qu'on puisse avoir vécu , On est homme d'honneur quand on n'est point cocu. A le bien prendre au fond , pourquoi voulez-vous croire Que de ce cas fortuit dépende notre gloire , Et qu'une ame bien née ait à se reprocher L'injustice d'un mal qu'on ne peut empêcher? Pourquoi voulez-vous , dis-je , en prenant une femme , Qu'on soit digne , à son choix , de louange ou de blâme , Et qu'on s'aille former un monstre plein d'effroi De l'affront que nous fait son manquement de foi ? Mettez-vous dans l'esprit qu'on peut du cocuage Se faire en galant homme une plus douce image ; Que , des coups du hasard aucun n'étant garant , Cet accident de soi doit être indifférent ,

i'q6 L'ECOLE DES FEMMES.

Et qu'enfin tout le mal , quoique le monde glose,

N'est que dans la façon de recevoir la chose :

Et, pour se bien conduire en ces difficultés,

Il y faut , comme en tout , fuir les extrémités ,

N'imiter pas ces gens un peu trop débonnaires

Qui tirent vanité de ces sortes d'affaires ,

De leurs femmes toujours vont citant les galants , \

En font par-tout l'éloge, et prônent leurs talents/

Témoignent avec eux d'étroites sympathies,

Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties,

Et font qu'avec raison les gens sont étonnés

De voir leur hardiesse à montrer là leur nez.

Ce procédé sans doute est tout-à-fait blâmable :

Mais l'autre extrémité n'est pas moins condamnable.

Si je n'approuve pas ces amis des galants ,

Je ne suis pas aussi pour ces gens turbulents

Dont l'imprudent chagrin, qui tempête et qui gronde ,

Attire au bruit qu'il fait les yeux de tout le monde ,

Et qui , par cet éclat , semblent ne pas vouloir

Qu'aucun puisse ignorer ce qu'ils peuvent avoar.

Entre ces deux partis il en est un honnête ,

Où , dans l'occasion , l'homme prudent s'arrête ;

Et quand on le sait prendre , on n'a point à rougir

Du pis dont une femme avec nous puisse agir.

Quoi qu'on en puisse dire enfin , le cocuage

Sous des traits moins affreux aisément s'envisage;

Et , comme je vous dis , toute l'habileté

3STe va qu'à le savoir tourner du bon côté.

ARNOLPHE

Après ce beau discours , toute la confrérie Doit un remercîment à votre seigneurie .; Et quiconque voudra vous entendre parler

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