ACTE IV, SCÈNE VIII
Montrera de la joie à s'y voir enrôler.
CHRYSALDE.
Je ne dis pas cela ; car c'est ce que je blâme : Mais , comme c'est le sort qui ncus donne une femme, 3e dis que l'on doit faire ainsi qu'au jeu de de's, Où , s'il ne vous vient pas ce que vous demandez , Il faut jouer d'adiesse , et d'une ame réduite Corriger le hasard par la bonne conduite.
ARNOLPHE
C'est-à-dire , dormir et manger toujours bien , Et se persuader que tout cela n'est rien.
Vous pensez vous moquer : mais , à ne vous rien feindre , Dans le monde je vois cent choses plus à craindre , Et dont je me ferois un bien plus grand malheur Que de cet accident qui vous fait tant de peur. Pensez-vous qu à choisir de deux choses prescrites Je n'aimasse pas mieux être ce que vous dites , Que de me voir mari de ces femmes de bien Dont la mauvaise humeur fait un procès sur rien , Ces dragons de vertu , ces honnêtes diablesses , Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses , Qui , pour un petit tort qu'elles ne nous font pas , Prennent droit de traiter les gens du haut en bas , Et veulent, sur le pied de nous être fidèles, Que nous soyons tenus à tout endurer d'elles ? Encore un coup , compère , apprenez qu'en effet Le cocuage n'est que ce que l'on le fait ; Qu'on peut le souhaiter pour de certaines causes , Et qu'il a ses plaisirs comme les autres choses.
i9S L'ECOLE DES FEMMES.
ARNOLPHE
Si vous êtes d'humeur à vous en contenter, Quant a moi , ce n'est pas la mienne d'en tâtcr ; Et plutôt que subir une telle aventure...
CHRïSALDE.
Mon dieu ! ne jurez point , de peur d'être parjure. Si le sort l'a re'glé, vos soins sont superflus, Et l'on ne prendra pas votre avis là-dessus.
ARNOLPHE
Moi , je serois cocu !
CHRYSALBE.
Vous voilà bien malade !
Mille gens le sont bien , sans vous faire bravade , Qui de mine , de cœur , de biens et de maison , Ne feraient avec vous nulle comparaison.
ARNOLPHE
Et moi , je n'en voudrais avec eux faire aucune. Mais cette raillerie , en un mot , m'importune \ Brisons là , s'il vous plaît.
CHRYSALBE.
Vous êtes en courroux î Nous en saurons la cause. Adieu. Souvenez-vous , Quoi que sur ce sujet votre honneur vous inspire , Que c'est être à demi ce que l'on vient de dire , Que de vouloir jurer qu'on ne le sera pas.
ARNOLPHE
Moi , je le jure encore , et je vais de ce pas Contre cet accident trouver un bon remède. (Il court heurter à sa porte.)