ACTE V, SCÈNE IL 2o
Ont imputé ma chute à l'effort de leurs coups ;
Et , comme la douleur , un assez long espace ,
M'a fait sans remuer demeurer sur la place,
Ils ont cru tout de bon qu'ils m'avoient assommé ,
Et chacun d'eux s'en est aussitôt alarmé.
Jentendois tout le bruit dans le profond silence :
L'un l'autre ils saecusoient de cette violence;
Et , sans lumière aucune , en querellant le sort , *
Sont venus doucement tâter si j'étois mort.
Je vous laisse à penser si , dans la nuit obscure ,
J'ai d'un vrai trépassé su tenir la figure.
Ils se sont retirés avec beaucoup d'effroi ;
Et , comme je songeois à me retirer , moi ,
De cette feinte mort la jeune Agnès émue
Avec empressement est devers moi venue :
Car les discours qu'entre eux ces gens avoient tenus
Jusques à son oreille étoient d'abord venus ,
Et pendant tout ce trouble étant moins observée ,
Du logis aisément elle s'étoit sauvée ;
Mais , me trouvant sans mal , elle a fait éclater
Un transport difficile à bien représenter.
Que vous dirai- je? enfin cette aimable personne
A suivi les conseils que son amour lui donne ,
N'a plus voulu songer à retourner chez soi,
Et de tout son destin s'est commise à ma foi.
Considérez un peu, par ce trait d'innocence,
Où l'expose d'un fou la haute impertinence ,
Et quels fâcheux périls elle pourroit courir,
Si j'étois maintenant homme à la moins chérir.
Mais d'un trop pur amour mon ame est embrasée ;
J'aimerois mieux mourir que la voir abusée :
Je lui vois des appas dignes d'un autre sort î
a<4 L'ECOLE DES FEMMES.
Et rien ne m'en sauroit séparer que la mort. Je prévois là-dessus l'emportement d'un père ; Mais nous prendrons le temps d'apaiser sa colère. A des charmes si doux je me laisse emporter. Et dans la vie enfin il se faut contenter. Ce que je veux de vous sous un secret fidèle , C'est que je puisse mettre en vos mains cette belle ; Que à*ws votre maison , en faveur de mes feux , Vous lui donniez retraite au moins un jour ou deux. Outre qu'aux yeux du monde il faut cacher sa fuite , Et qu'on en pourroit faire une exacte poursuite , Vous savez qu'une fille aussi de sa façon Donne avec un jeune homme un étrange soupçon j Et comme c'est à vous , sûr de votre prudence , Que j'ai fait de mes feux entière confidence , C'est à vous seul aussi , comme ami généreux , Que je puis confier ce dépôt amoureux.
ARNOLPH E.
Je suis, n'en doutez point, tout à votre service.
HORACE
Vous voulez bien me rendre un si charmant office ?
ARNOLPH E.
Très volontiers , vous dis-je ; et je me sens ravir De cette occasion que j'ai de vous servir. Je rends grâces au ciel de ce qu'il me l'envoie , Et n'ai jamais rien fait avec si grande joie,
HORACE
Que je suis redevable à toutes vos bontés ! J'avois de votre part craint des difficultés : Mais vous êtes du monde; et, dans votre sagesse. Vous savez excuser le feu de la jeunesse.