‹ ŒuvresChapitre 163 sur 302 · URANIE, ÉLISE · texte numérisé non relu

URANIE, ÉLISE

URANIE

\Juoi ! cousine, personne ne test venu rendre visite ?

ÉLISE

Personne du monde.

URANIE

Vraiment ! voilà qui m'étonne , que nous avons été seules l'une et l'autre tout aujourd'hui.

ÉLISE

Cela m'étonne aussi : car ce n'est guère notre coutume; et votre maison, dieu merci, est le refuge ordinaire de tous les fainéants de la cour.

URANIE

L'après-dînée, à dire vrai, m'a semblé fort longue.

ÉLISE

Et moi je l'ai trouvée fort courte.

C'est que les beaux esprits, cousine, aiment la solitude.

ÉLISE

Ah ! très humble servante au bel esprit ! vous savez que ce n'est pas là que je vise.

URANIE

Pour moi , j'aime la compagnie , je l'avoue. élise.

Je l'aime aussi, mais je l'aime choisie; et la quantité des sottes visites qu'il vous faut essuyer parmi les autres est cause bien souvent que je prends plaisir d'être seule.

URANIE

La délicatesse est trop grande de ne pouvoir souffrir que des gens triés.

ÉLISE

Et la complaisance est trop générale de souffrir indifféremment toutes sortes de personnes.

URANIE

Je goûte ceux qui sont raisonnables , et me divertis des extravagants.

ÉLISE

Ma foi , les extravagants ne vont guère loin sans vous ennuyer , et la plupart de ces gens-là ne sont plus plaisants dès la seconde visite. Mais , à propos d'extravagants, ne voulez -vous pas me défaire de votre marquis incommode? Pensez-vous me le laisser toujours sur les bras, et que je puisse durer à ses turlupinades perpétuelles ?

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