‹ ŒuvresChapitre 165 sur 302 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

U R A N I E, É L I S E, GALOPI N.

GALOPIN

Voila Climène, madame, qui vient ici pour vous voir.

URANIE

Hé! mon dieu! quelle visite! !

ÉLISE

Vous vous plaignez d'être seule*, aussi le ciel vous en punit.

URANIE

Vite, qu'on aille dire que je n'y suis pas,

GALOPIN

On a déjà dit que vous y étie&.

URANIE

Et qui est le sot qui la dit ?

GALOPIN

Moi, madame.

URANIE

ÛDiantre soit le petit vilain! Je vous apprendrai bien à faire vos réponses de vous-même.

GALOPIN

Je vais lui dire^ madame, que vous voulez être «ortie.

DES FEMMES. SCÈNE IL 23î

uranie.

Arrêtez, animal, et la laissez monter, puisque la sottise est faite.

GALOPIN

Elle parle encore à un homme dans la rue.

URANIE

Ah! cousine, que cette visite m'embarrasse h l'heure qu'il est!.

ÉLISE

Il est vrai que ladame estun peu embarrassante de son naturel : j'ai toujours eu pour elle une furieuse aversion; et, n'en déplaise à sa qualité, c'est la plus sotte bête qui se soit jamais mêlée de raisonner.

URANIE

L'épithète est un peu forte.,

ÉLISE

Allez, allez, elle mérite bien cela, et quelque chose de plus si on lui faisoit justice. Est-oe qu'il y a une personne qui soit plus véritablement qu'elle ce qu'on appelle précieuse , à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification ?

URANIE

Elle se défend bien de ce nom pourtant.

11 est vrai , elle se défend du nom, mais non pas de la chose : car enfin elle l'est depuis les pieds jusqu'à la tête, et la plus grande façonnière du monde. Il semble que tout son corps soit démonté, et que les mouvements de ses hanches, de ses

>a32 LÀ CRITIQUE DE L'gCOEË épaules et de sa tête, n'aillent que par ressorts., Elle affecte toujours un ton de voix languissant et niais, fait la moue pour montrer une petite bouche , et roule les jeux pour les faire paroître grands.

UltANIE.

Doucement donc. Si elle venoit à entendre...;

ÉLISE

Point, point; elle ne monte pas encore. Je m© souviens toujours du soir qu'elle eut envie de voir Damon , sur la réputation qu'on lui donne et les choses que le public a vues de lui. Vous connoissez l'homme et sa naturelle paresse à soutenir la conversation. Elle l'avoit invité à souper comme bel-j esprit , et jamais il ne parut si sot parmi une demidouzaine de gens à qui elle avoit fait fête de lui , et qui le regardoient avec de grands yeux , comme une personne qui ne de voit pas être faite comme les autres. Ils pensoient tous qu'il étoit là pour défrayer la compagnie de bons mots ; que chaque parole qui sortoit de sa bouche devoit être extraordinaire; qu'il devoit faire des impromptu sur tout ce qu'on disoit, et ne demander à boire qu'avec une pointe. Mais il les trompa fort par son] silence ; et la dame fut aussi mal satisfaite de lui que je le fus d'elle.

un A NIE.

Tais -toi. Je vais la recevoir à la porte de la chambre.

Encore un mot. Je voudrois bien la voir mariée

Page 1