‹ ŒuvresChapitre 167 sur 302 · DES FEMMES. SCÈNE III · texte numérisé non relu

DES FEMMES. SCÈNE III

CLIMÈNE

Et vous n'en avez pas été jusques aux convulsions , ma chère ?

uran ie.

Je ne suis pas si délicate , dieu merci ; et je trouve, pour moi, que cette comédie seroit plutôt capable de guérir les gens que de les rendre malades.

CL I MENE

Ail ! mon dieu ! que dites-vous là ? Cette proposition peut-elle être avancée par une personne qui ait du revenu en sens commun ? Peut-on impunément , comme vous faites , rompre en visière à la raison ? Et , dans le vrai de la chose , est-il un esprit si affamé de plaisanterie , qu'il puisse tarer des fadaises dont cette comédie est assaisonnée ? Pour moi , je vous avoue que je n'ai pas trouvé le moindre grain de sel dans tout cela. Les enfants par l'oreille m'ont paru d'un goût détestable , ta tarte h la crème m'a affadi le cœur; et j'ai pensé vomir au potage,

ÉLISE

Mon dieu î que tout cela est dit élégamment ! Jaurois cru que cette pièce étoit bonne : mais madame a une éloquence si persuasive, elle tourne les choses d'une manière si agréable , qu'il faut être de son sentiment malgré qu'on en ait.

UltANlE.

Pour moi , je n'ai pas tant de complaisance ; et

pour dire ma pensée , je tiens cette comédie une

des plus plaisantes que l'auteur ait produites.

CLIMÈNE

Ah ! vous me faites pitié de parler ainsi , et je ne saurois vous souffrir cette obscurité de discernement. Peut-on, ayant de la vertu , trouver de l'agrément dans une pièce qui tient sans cesse la pudeur en alarme , et salit à tout moment l'imagination ?

ÉLISE

Les jolies façons de parler que voilà! Que vous êtes , madame , une rude joueuse en critique ! et que je plains le pauvre Molière de vous avoir, pour ennemie !

Croyez-moi , ma chère , corrigez de bonne foi votre jugement; et, pour votre honneur, n'allez point dire par le monde que cette comédie vous ait plu.

URANIE

Moi , je ne sais pas ce que vous y avez trouvé qui blesse la pudeur.

CLIMÈNE

Hélas! tout; et je mets en fait qu'une honnête femme ne la sauroit voir sans confusion , tant j'y ai découvert d'ordures et de saletés.

TJRANIE.

Il faut donc que pour les ordures vous ayez des lumières que les autres n'ont pas ; car , pour moi , je n'y en ai point vu.

DES FEMMES SCÈNE III. 2~3y

C'est que vous ne voulez pas y en avoir vu, assurément ; car enfin toutes ces ordures , dieu merci, y sont à visage découvert. Elles n'ont pas la moindre enveloppe qui les couvre, et les yeux les plus hardis sont effrayés de leur nudité. élise.

Ah!

cl i mène:

Hai , hai , hai.

ÎJRANIE.}

Mais encore, s'il vous plaît, marquez-moi une de ces ordures que vous dites.

Hélas ! est-il nécessaire de vous les marquer?

URANIE

Oui. Je vous demande seulement un endroit qui vous ait fort choquée.

CL I MÈNE

En faut-il d'autres que la scène de cette Agnès , lorsqu'elle dit ce qu'on lui a pris ?

URANIE

Et que trouvez-vous là de sale ?

CLI MÈNE

Ah!

URANIE

De grâce.

Fi!

Mais encore ?

CLIMÈNE

Je n'ai rien à vous dire.

Pour moi , je n'y entends point de mal.

Tant pis pour vous.

URÀNIE.

Tant mieux plutôt , ce me semble : je regarde les choses du côté qu'on me les montre , et ne les tourne point pour y chercher ce qu'il ne faut pas voir.

CLIMÈNE

L'honnêteté d'une femme...

URANIE

L'honnêteté d'une femme n'est pas dans les grimaces. Il sied mal de vouloir être plus sage que celles qui sont sages. L'affectation en cette matière est pire qu'en toute autre ; et je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prend tout en mauvaise part , donne un sens criminel aux plus innocentes paroles , et s'offense de l'ombre des choses. Croyez-moi, celles qui font tant de façons n'en sont pas estimées plus femmes de bien ; au contraire , leur sévérité mystérieuse et leurs grimaces affectées irritent la censure de tout le monde contre les actions de leur vie. On est ravi de découvrir ce qu'il y peut avoir à redire : et, pour tomber dans l'exemple, il y avoit

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