DES FEMMES. S G È N E I
autre jour des femmes à cette comédie, vis-à-vis le la loge où nous étions, qui, par les mines ju elles affectèrent durant toute la pièce, leurs ïétournements de tête , et leurs cachements de visage, firent dire de tous côtés cent sottises de eur conduite , que l'on n'auroit pas dites sans cela ; ;t quelqu'un même des laquais cria tout haut qu'elles étoient plus chastes des oreilles que de out le reste du corps.
Enfin il faut être aveugle dans cette pièce , et 1e pas faire semblant d'y voir les choses.
URANIE
Il ne faut pas y vouloir voir ce qui n'y est pas,
CLIMENE.
Ah! je soutiens, encore un coup, que les saletés Y crèvent les yeux.
URANIE
Et moi , je ne demeure pas d'accord de cela.
CLIMÈNE
Quoi ! la pudeur n'est pas visiblement blessée par ce que dit Agnès dans l'endroit dont nous parlons ?
URANIE
Non , vraiment. Elle ne dit pas un mot qui de ;oi ne soit fort honnête ; et , si vous voulez en- :endre dessous quelque autre chose , c'est vous jui faites l'ordure , et non pas elle , puisqu'elle parle seulement d'un ruban qu'on lui a pris.
24o LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE
CLIMÈNE
Ah! vuban tant qu'il vous plaira ; mais ce le où elle s'arrête n'est pas mis pour des prunes. Il vient sur ce le d'étranges pensées : ce le scandalise furieusement 5 et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le.
Il est vrai , ma cousine , je suis pour madame contre ce te. Ce le est insolent au dernier point , et vous avez tort de défendre ce le.
cli aih E.
Il a une obscénité qui n'est pas supportable.
ÉLISE
Comment dites-vous ce mot-là , madame ?
CLIMENE.
Obscénité, madame.
ÉLISE
Ah! mon dieu! obscénité. Je ne sais ce que ce mot veut dire; mais je le trouve le plus joli du monde,
CLIMENE.
Enfin vous voyez comme votre sang prend mon parti.
URANIE
Hé ! mon dieu ! c'est une causeuse qui ne dit pas ce qu'elle pense. Ne vous y liez pas beaucoup, si vous m'en voulez croire.
ÉLISE
Ah ! que vous êtes méchante de me vouloir rendre suspecte à madame ! Voyez un peu où j'eu
DES FEMMES. SCÈNE III. 24* .erois , si elle alloit croire ce que vous dites. >erois-je si malheureuse, madame, que vous jussiez de moi cette pensée ?
Non , non ; je ne m'arrête pas à ses paroles , et e vous crois plus sincère qu'elle ne dit.
ÉLISE
Ah ! que vous avez bien raison , madame ! et que rous me rendrez justice , quand vous croirez que e vous trouve la plus engageante personne du, nonde, que j'entre dans tous vos sentiments, et uis charmée de toutes les expressions qui sortent le votre bouche!
CLIMÈNE
Hélas ! je parle sans affectation.
ÉLISE
On le voit bien , madame , et que tout est naturel jn vous. Vos paroles, le ton de votre voix, vos égards, vos pas, votre action, et votre ajustenent , ont je ne sais quel air de qualité qui enchante les gens. Je vous étudie des yeux et des )reilles ; et je suis si remplie de vous, que je tâche l'être votre singe et de vous contrefaire en tout.
CLIMÈNE
Vous vous moquez de moi, madame.
élise.
Pardonnez -moi, madame. Qui voudroit se mojuer de vous?
CLIMÈNE
Je ne suis pas un bon modèle , madame.
Molière. 2. 2 1
fâ42 LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE
Oh que si! madame.
CLIMÈNE
Vous me flattez, madame.
ÉLISE
Point du tout, madame.
CLIMÈNE
EÉpargnez-moi , s'il vous plaît, madame.
ÉLISE
Je vous épargne aussi, madame; et je ne dis pas la moitié de ce que je pense, madame.
CLIMÈNE
Àh! mon dieu! brisons là, de grâce. Vous me jetteriez dans une confusion épouvantable. Enfin (à Vranie) nous voilà deux contre vous; et l'opiniâtreté sied si mal aux personnes spirituelles, ..