‹ ŒuvresChapitre 174 sur 302 · DES FEMMES. SCÈNE VII · texte numérisé non relu

DES FEMMES. SCÈNE VII

ÉLISE

C'est un grand charme que les louanges pour arrêter un auteur.

uranie.

Asséiez-vous donc, monsieur Ljsidas ; nous lirons votre pièce après souper.

LYS IDAS.

Tous ceux qui étoient là doivent venir à sa première représentation, et m'ont promis de faire leur devoir comme il faut.

URANIE

Je le crois. Mais, encore une fois, asséiez-vous, s'il vous plaît. Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions.

LYSIDAS.

Je pense, madame, que vous retiendrez aussi une loge pour ce jour-là.

Nous verrons. Poursuivons, de grâce, notre discours.

• LYSIDAS.

Je vous donne avis, madame, qu'elles sont presque toutes retenues.

URANIE

Voilà qui est bien. Enfin j'avois besoin de vous, lorsque vous êtes venu, et tout le monde étoit ici contre moi.

élise, à Uranle,

( montrant Dorante ) 11 s'est mis d'abord de votre côté : mais maintenant qu'il sait que madame

Molière. 2> 2 2

a54 LA CRITIQUE DE L'ECOLE

( montrant Ctlmène ) est à la tête du parti contraire, je pense que vous n'avez qu'à chercher un autre secours.

CLIMiiKE.

Non , non, je ne voudroispas qu'il fît mal sa cour auprès de madame votre cousine, et je permets à son esprit d être du parti de son cœur.

DORANTE

Avec cette permission, madame, je prendrai la hardiesse de me défendre.

un AN 1E.

Mais , auparavant , sachons un peu les sentiments de monsieur Lysidas.

LYSIDÂS.

Sur quoi, madame?

URANIE

Sur le sujet de l'École des Femmes.

LYSIDAS.

Ah! ah!

DORANTE

Que vous en semble?

LYSIDAS.

Je n'ai rien à dire là-dessus; et vous savez qu'entre nous autres auteurs nous devons parler des ouvrages les uns des autres avec beaucoup de circonspection.

DORANTE

Mais encore 5 entre nous, que pensez-vous da cette comédie?

DES FEMMES. SCÈNE VU. a55

Moi , monsieur?

URANIE

De bonne foi, dites-nous votre avîs=

LYSIDAS.

Je la trouve fort belle.

Assurément?

LYSIDAS.

Assurément. Pourquoi non! nest-elle pas en effet la plus belle du monde?

dorante.

Hon, hon, vois êtes un méchant diable, monsieur Lysidas ; vous ne dites pas ce que vous pensez.

LYSIDAS.

Pardonnez-moi.

DORANTE

Mon dieu! je vous connois. Ne dissimulons point.

LYSIDAS.

Moi, monsieur?

DORANTE

Je vois bien que le bien que vous dites de cette pièce n'est que par bonnêteté,et que, dans le fond du cœur, vous êtes de l'avis de beaucoup de gens qui la trouvent mauvaise.

LYSIDAS*

Hai, hai, hai.

2d6 LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE

DORANTE

Avouez, ma foi, que c'est une méchante chose que cette comédie.

LYSIDAS.

Il est vrai qu'elle n'est pas approuvée par les connoisseurs.

LE MARQUIS

Ma foi, chevalier, tu en tiens; et te voilà payé de ta raillerie. Ah, ah, ah, ah, ah.

DORANTE

Pousse, mon cher marquis, pousse.

LE MARQUIS

Tu vois que nous avons les savants de notre côté.

DORANT E

Il est vrai , le jugement de monsieur Lysidas est quelque chose de considérable : mais monsieur Lysidas veut bien que je ne me rende pas pour cela; et puisque j'ai bien l'audace de me défendre contre les sentiments de madame (montrant CUmène) , il ne trouvera pas mauvais que je combatte les siens.

ÉLISE

Quoi î vous voyez contre vous madame , monsieur le marquis et monsieur Lysidas ; et vous osez résister encore ! Fi ! que cela est de mauvaise grâce !

CLIM ÈNE.

Voilà qui me confond , pour moi , que des personnes raisonnables se puissent mettre en tête de donner protection aux sottises de cette pièce.

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