DES FEMMES. SCÈNE VIT
DORANTE
C est justement comme un homme qui auroit trouvé une sauce excellente , et qui voudroit examiner si elle est bonne , sur les préceptes du Cuisinier François.
URANIE
Il est vrai ; et j'admire les raffinements de certaines gens sur des choses que nous devons sentir nous-mêmes.
Vous avez raison , madame , de les trouver étranges, tous ces raffinements mystérieux. Car enfin , s'ils ont lieu , nous voilà réduits à ne nous plus croire ; nos propres sens seront esclaves en toutes choses ; et , jusqu'au manger et au hoire , nous n'oserons plus trouver rien de bon sans le congé de messieurs les experts.
LYSID AS.
Enfin , monsieur , toute votre raison , c'est que l'École des Femmes a plu; et vous ne vous souciez point qu'elle ne soit pas dans les règles, pourvu...
DORANTE
Tout beau, monsieur Ljsidas ; je ne vous accorde pas cela. Je dis bien que le grand art est de plaire , et que , cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite , je trouve que c'est assez pour elle , et qu'elle doit peu se soucier du reste. Mais , avec cela , je soutiens qu'elle ne pèche contre aucune des règles dont vous parlez : je les ai lues , dieu merci, autant qu'un autre; et je ferois voir aisément
que peut-être n'avons-nous point de pièce au
théâtre plus régulière que celle-là.
ÉLISE
Courage , monsieur Lysidas î nous sommes perclus si vous reculez.
LÏSI DAS.
Quoi! monsieur, la protase , l'épitase, et la péripétie...
douante:
Ali ï monsieur Lysidas , vous nous assommez avec vos grands mots. Ne paroissez point si savant, de grâce; humanisez votre discours, et parlez pour être entendu. Pensez-vous qu'un nom grec donne plus de poids à vos raisons ? Et ne trouveriez-vous pas qu'il fût aussi heau de dire l'exposition du sujet, que la protase ; le noeud, que l'épitase ; et le dénoûment , que la péripétie ?,