SCÈNE III. 3ïg
MOL 1ÈRE
« Ma foi, chevalier mon ami, il faudra que toi) << Molière se cache. »
BRÉCOURT
<c Qui? lui? Je te promets, marquis, qu'il fait « dessein d'aller sur le théâtre rire, avec tous les ic autres, du portrait qu'on a fait de lui. »
MOLIÈRE
« Parbleu! ce sera donc du bout des dents qu'il te y rira. »
BRÉCOURT
« Va , va , peut-être qu'il y trouvera plus de sujets « de rire que tu ne penses. On m'amontré la pièce te et comme tout ce qu'il y a d'agréable sont efFecti- « vement les idées qui ont été prises de Molière, te la joie que cela pourra donner n'aura pas lieu de « lui déplaire, sans doute; car, pour l'endroit où <( l'on s'efforce de le noircir, je suis le plus trompé « du monde, si cela est approuvé de personne. Et « quant à tous les gens qu'ils ont tâché d'animer ce contre lui, sur ce qu'il fait, dit-on, des portraits ce trop ressemblants , outre que cela est de fort malice vaise grâce, je ne vois rien de plus ridicule et de ce plus mal pris ; et je n'avois pas cru jusqu'ici que ee ce fût un sujet de blâme pour un comédien, que te de peindre trop bien les hommes. »
LA GRANGE
« Les comédiens m'ont dit qu'ils l'attendoient « sur la réponse, et que... »
3âo L'IMPROMPTU DE VERSAILLES.
BRÉCOURT
a Sur la réponse? Ma foi, je le trouverois un <( grand fou s'il se mettoit en peine de répondre <c à leurs invectives. Tout le monde s>ait assez de u quel motif elles peuvent partir; et la meilleure « réponse qu'il leur puisse faire, c'est une comédie « qui réussisse comme toutes ses autres : voilà le « vrai moyen de se venger deux comme il faut. Et « de l'humeur dont je les connois, je suis fort « assuré qu'une pièce nouvelle qui leur enlèvera « le monde les fâchera bien plus que toutes les sace tires qu'on pourroit faire de leurs personnes. . »
MOLIÈRE
a Mats, chevalier... ? »
MADEMOISELLE BÉJARL
Souffrez que j'interrompe pour un peu la rép&v tition. ( à Molière. ) Voulez-vous que je vous die? Sr j'avois été en votre place , j aurois poussé les choses autrement. Tout le monde attend de vous une réponse vigoureuse; et, après la manière dont on m'a dit que vous étiez traité dans cette comédie, vous étiez en droit de tout dire contre les comédiens, et vous deviez n'en épargner aucun.
MOLIÈRE
J'enrage de vous ouïr parler de la sorte. Et voilà votre manie à vous autres femmes : vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, et qu'à leur exemple j'allasse éclater promptementen invectives et en injures. Le bel honneur que j'en pourrois tirer ! et le grand dépit que je leur ferois I Ne se