‹ ŒuvresChapitre 209 sur 302 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

sont-ils pas préparés de bonne volonté à ces sortes de choses ? et , lorsqu'ils ont délibéré s'ils joueroientle Portrait du Peintre , sur la crainte d'une riposte, quelques uns d'entre eux n'ont-ils pas répondu, Qu il nous rende toutes les injures qu'il voudra, pourvu que nous gagnions de l'argent ? N'est-ce pas là la marque d'une ame fort sensible à la honte? et ne me vengerois-je pas bien d'eux en leur donnant ce qu'ils veulent bien recevoir?

MADEMOISELLE DE H III E

Ils se sont fort plaints toutefois de trois ou quatre mots que vous avez dits deux dans la Critique et dans vos Précieuses.

MOLIERE

FI est vrai, ces trois ou quatre mots sont fort offensants, et ils ont grande raison de les citer F Allez , allez , ce n'est pas cela. Le plus grand mal que je leur aie fait, c'est que j'ai eu le bonheur de plaire un peu plus qu'ils n'auroient voulu; et tout leur procédé, depuis que nous sommes venus à Paris , a trop marqué ce qui les touche. Mais laissons-les faire tant qu'ils voudront; toutes leurs entreprises ne doivent point m'inquiéter. Ils critiquent mes pièces, tant mieux; et dieu me garde d'en faire jamais qui leur plaisent! ce seroit une mauvaise affaire pour moi.

MADEMOISELLE DE BRIE

11 n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchires ses ouvrages..

MOLIÈRE

Et qu'est-ce que cela me fait? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulois obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes personnes à qui particulièrement je m'efforce de plaire? N'ai-je pas lieu d'être satisfait de sa destinée? et toutes leurs censures ne viennent-elles pas trop tard ? Est-ce moi , je vous prie; que cela regarde maintenant? et lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'e.;t-ee pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée , que l'art de ceint qui l'a faite?

MADEMOISELLE DE BRIE

Ma foi, j'aurais joué ce petit monsieur l'auteur qui se mêle (L'écrire contre des gens qui ne songent pas à lui.

MOLIÈRE

Vous êtes folle. Le beau sujet à divertir la cour que monsieur Boursautî Je voudrois bien savoir de quelle façon on pourroit l'ajuster pour le rendre plaisant, et si, quand on le berneroit sur le théâtre, il seroit assez heureux pour faire rire le monde. Ce lui seroit trop d'honneur que d'être joué devant une auguste assemblée, il ne demande! oit pas mieux; et il m'attaque de gaieté de cœur pour se faire comioitre de quelque façon que ce soit. C'est un homme qui n'a rien à perdre; et les comédiens ne me l'ont déchaîné que pourm'engager à une sotte guerre , et me détourner , par cet artifice , des autres ouvrages que j'ai à faire : et cependant

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VÔus^êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau! Mais enfin j'en ferai ma déclaration publiquement : je ne prétends faire aucune réponse à toutes leurs critiques et leursco ii tre-critiq nés. Qu'ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j'en »uis d'accord. Qu'ils s'en saisissent après nous ; qu'ils les' retournent comme un habit pour les fncttre sur leur théâtre , et tâchent à profiter de quelque agrément qu'on y trouve et d'un peu de bontieur que j'ai, j'y consens, ils en ont besoin; et je »erai bien aise de contribuer à les faire subsister, pourvu qu'ils se contentent de ce que je puis leur îccorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir les bornes; et il y a des choses qui ne font rire ni tes spectateurs ni celui dont on parle. Je leur abandonne de bon ccéûr mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira, s'ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ie m'oppose point à toutes ces choses, et je serai 'avi que cela puisse réjouir le monde; mais, en leur ibaildonnant tout cela , ils me doivent faire la grâce le me laisser le reste, et de ne point toucher à des natières de la nature de celles sur lesquelles on m'a lit qu'ils m'attaquoient dans leurs comédies. C'est le quoi je prierai civilement cet honnête monsieur jui se mêle d'écrire pour eux; et voilà toute la t& ponse qu'ils auront de moi.

MADEMOISELLE BÉJAHT.

Mais enfin...

MOLIÈRE

Mais enfin vous me feriez devenir fou. Ne parlons point de cela davantage ; nous nous amusons à faire des discours au lieu de répéter notre co-* anédie. Où en étions-nous? je ne m'en souviens plus.

MADEMOISELLE DE BllIE.

.Vous en étiez à l'endroit...

Mon dieu! j'entends du bruit : c'est le roi qui arrive, assurément; et je vois Lien que nous n'aurons pas le temps de passer outre. Voilà ce que c'est de s'amuser. Oh bien! faites donc, pour le reste, du mieux qu'il vous sera possible.

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