VALÈRE, ERGASTE
VALERE
Que vient de te donner cette farouche bête ?
ERGASTE
Cette lettre , monsieur , qu'avecque cette boîte <On prétend qu'ait reçue Isabelle de vous , Et dont elle est , dit-il ? en un fort grand courroux. C'est sans vouloir l'ouvrir qu'elle vous l'a fait rendre. Lisez vite . et voyons si je me puis méprendre. VALÈRE lit.
« Cette lettre vous surprendra sans doute;'" et
Molière. 2. 4
<( l'on peut trouver bien hardi pour moi , et le « dessein de vous 1 écrire, et la manière de vous « la faire, tenir : mais je me vois dans un état à ne « plus garder de mesure. La juste horreur d'un « mariage dont je suis menacée dans six jours me « fait hasarder toutes choses ; et, dans la résoluce tion de m'en affranchir par quelque voie que ce « soit, j'ai cru que je devois plutôt vous choisir « que le désespoir. Ne croyez pas pourtant que « vous soyez redevable de tout à ma mauvaise * destinée : ce n'est pas la contrainte où je me « trouve qui a fait naître les sentiments que j'ai a pour vous ; mais c'est elle qui en précipite le « témoignage, et qui me fait passer sur des formate lités où la bienséance du sexe oblige. Il ne tien- « dra qu'à vous que je sois à vous bientôt ; et j« j'attends seulement que vous m'ayez marqué les ce intentions de votre amour pour vous faire savoir « la résolution que j'ai prise : mais sur-tout songez <c que le temps presse , et que deux cœurs qui « s'aiment doivent s'entendre à demi-mot, »
URGASTE.
Hé bien ! monsieur , le tour est-il original ? Pour une jeune fille elle n'en sait pas mal. De ces ruses d'amour la croiroit-on capable ?
Ah ! je la trouve là tout-à-fait adorable. Ce trait de son esprit et de son amitié Accroît pour elle encor mon amour de moitié , Kt joint aux sentiments que sa beauté m'inspire...