‹ ŒuvresChapitre 23 sur 302 · SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE

sgANArelle, se croyant seul.

O trois et quatre fois béni soit cet édit Par qui des vêtements le luxe est interdit î Les peines des maris ne seront plus si grandes , Et les femmes auront un frein à leurs demandes. Oh ! que je sais au roi bon gré de ces décris î Et que , pour le repos de ces mêmes maris , Je voudrois bien qu'on fît de la coquetterie Comme de la guipure et de la broderie ! J'ai voulu l'acheter ledit expressément Afin que d'Isabelle il soit lu hautement ; Et ce sera tantôt , n étant plus occupée , Le divertissement de notre après-soupe'e.

( apercevant Valère. ) Envcferez-vous encor , monsieur aux blonds cheveux , Avec des boîtes d'or des billets amoureux ? Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette , Friande de l'intrigue et tendre à la fleurette : Vous voyez de quel air on reçoit vos joyaux. Croyez-moi , c'est tirer votre poudre aux moineaux : Elle «st sage , elle m'aime , et votre amour l'outrage. Prenez visée ailleurs , et troussez-moi bagage.

VALÈRE

Oui , oui , votre mérite , à qui chacun se rend ,

Est à mes vœux , monsieur , un obstacle trop grand ;

4o L'ËCOLE DES MARIS.

Et c'est folie à moi , dans mon ardeur fidèle , De pre'tendre avec vous à l'amour d'Isabelle.

SGANÀREILE.

Il est vrai , c'est folie,

VALERE

Aussi n'aurois-je pas Abandonné mon cœur à suivre ses appas , Si j'avois pu pre'voir que ce cœur mise'rable Dût trouver un rival comme vous redoutable»

SGANARELLE

Je le crois.

YALÈBE.

Je n'ai garde à pre'sent d'espérer :

Je vous cède , monsieur ; et c'est sans murmurer.

SGANARELLE

Vous faites bien.

VALERE

Le droit de la sorte l'ordonne ; Et de tant de vertus brille votre personne , Que j'aurois tort de voir d'un regard de courroux Les tendres sentiments qu'Isabelle a pour vous.

Cela s'entend.

VALERE

Oui, oui, je vous quitte la place :

Mais je vous prie au moins , et c'est la seule grâce , Monsieur , que vous demande un misérable amant Dont vous seul aujourd'hui causez tout le tourment ; Je vous conjure donc d'assurer Isabelle Que , si depuis trois mois mon cœur br&le pour elle , Cet amour est sans tache, et n'a jamais pensé A rien dont son honneur ait lieu d'être offensé.

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