‹ ŒuvresChapitre 221 sur 302 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

EURYALE, ARBATE.

Arbate:

(je silence rêveur«4ftnt la sombre habitude Vous fait à tous moments chercher la solitude , Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur , Et ces fixes regards si chargés de langueur , Disent beaucoup sans doute à des gens de mon âge ; Et je pense , seigneur, entendre ce langage : Mais , sans votre congé , de peur de trop risquer , Je n'ose m'enhardir jusques à l'expliquer.

EURYALE

Explique , explique , Arbate , avec toute licence

Ces soupirs , ces regards , et ce morne silence.

Je te permets ici de dire que l'amour

M'a rangé sous ses lois , et me brave à son tour ;

Et je consens encor que tu me fasses honte

Des foiblesses d'un cœur qui souffre qu'on le domte.

34o LA PRINCESSE D'ÉLIDE.

AltBATE.

Moi , vous blâmer , seigneur, des tendres mouvements

Où je vois qu'aujourd'hui penchent vos sentiments !

Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon ame

Contre les doux transports de l'amoureuse flamme ;

Et , bien que mon sort touche à ses derniers soleils ,

Je dirai que l'amour sied bien à vos pareils,

Que ce tribut qu'on rend aux traits d'un beau visage

De la beauté d'une ame est un clair témoignage ,

Et qu'il est malaisé que, sans être amoureux,

Un jeune prince soit et grand et généreux.

C'est une qualité que j'aime en un monarque :

La tendresse du cœur est une grande marque

Que d'un prince à votre âge on peut tout présumer ,

Dès qu'on voit que son ame est capable d'aimer.

Oui , cette passion , de toutes la plus belle ,

Traîne dans un esprit cent vertus après elle ;

Aux nobles actions elle pousse les cœurs ,

Et tous les grands héros ont senti ses ardeurs.

Devant mes yeux , seigneur , a passé votre enfance ,

Et j'ai de vos vertus vu fleurir l'espérance ;

Mes regards observoient en vous des qualités

Qù je reconnoissois le sang dont vous sortez ;

J'y découvrois un fonds d'esprit et de lumière ;

Je vous trouvois bien fait , l'air grand , et lame fière j

Votre cœur , votre adresse , éclatoient chaque jour :

Biais je m'inquiétois de ne point voir d'amour.

Et , puisque les langueurs d'une plaie invincible

Nous montrent que votre ame à ses traits est sensible,

Je triomphe ; et mon cœur, d'allégresse rempli,

Yous regarde à présent comme un prince accompli.

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