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ACTE I, SCÈNE I. 3$i

EUHYALE.

Si de l'amour un temps j'ai bravé la puissance,

Hélas I mon cher Arbate , il en prend bien vengeance ;

Et , sachant dans quels maux mon cœur s'est abîmé y

Toi-même tu voudrois qu'il n'eût jamais aimé.

Car enfin , vois le sort où mon astre me guide T

3 aime , j'aime ardemment la princesse d'Élide,

Et tu sais quel orgueil , sous des traits si charmants ,

Arme contre l'amour ses jeunes sentiments ,

Et comment elle fuit en cette illustre fête

Cette foule d'amants qui briguent sa conquête.

Ah î qu'il est bien peu vrai que ce qu'on doit aimer ,

Aussitôt qu'on le voit, prend droit de nous charmer,

Et qu'un premier coup d'ceil allume en nous les flammes

Où le ciel en naissant a destiné nos âmes î

A mon retour d'Argos je passai dans ces lieux ,

Et ce passage offrit la princesse à mes yeux;

Je vis tous les appas dont elle est revêtue ,

Riais de l'œil dont on voit une belle statue :

Leur brillante jeunesse observée à loisir

Ne porta dans mon ame aucun secret désir ;

Et d'Ithaque en repos je revis le rivage ,

S'en m'en être en deux ans rappelé nulle image.

Un bruit vient cependant à répandre à ma cour

Le célèbre mépris qu'elle fait de l'amour ;

On publie en tous lieux que son ame hautaine

Garde pour l'hyménée une invincible ha:ne,

Et qu'un arc à la main, sur l'épaule un carquois,

Comme une autre Diane elle hante les bois ,

N'aime rien que la chasse , et de toute la Grèce

Fait soupirer en vain l'héroïque jeunesse.

Admire aps esprits , et la fatalité I

Ce que n'avoient point fait sa vue et sa beauté , Le bruit de ses fiertés en mon ame fit naître Un transport inconnu dont je ne fus point maître : Ce dédain si fameux eut des charmes secrets À me faire avec soin rappeler tous ses traits ; Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur e-llo , M'en refit une image et si noble et si belle , Me peignit tant de gloire et de telles douceurs A pouvoir triompher de toutes ses froideurs , Que mon cœur , aux brillants d'une telle victoire , Vit de sa liberté' s'évanouir la gloire : Contre une telle amorce il eut beau s'indigner, Sa douceur sur mes sens prit tel droit de régner , Qu'entraîné par l'effort d'une occulte puissance J'ai d'Ithaque en ces lieux fait voile en diligence ; Et je couvre un effet de mes vœux enflammés Du désir de paroître à ces jeux renommés Où l'illustre Tphitas , père de la princesse , Assemble la plupart des princes de la Grèce.

ARBATE.

Mais à quoi bon, seigneur , les soins que vous prenez ? Et pourquoi ce secret où vous vous obstinez ? Vous aimez , dites-vous , cette illustre princesse , Et venez à ses yeux signaler votre adresse ; Et nuls empressements , paroles ni soupirs , Ne l'ont instruite encor de vos brûlants désirs ! Pour moi , je n'entends rien à cette politique Qui ne veut point souffrir que votre cœur s'explique ; Et je ne sais quel fruit peut prétendre un amour Qui fuit tous les moyens de se produire au jour.

E u II y A L E.

Et que ferai-je, Arbate, en déclarant ma peine,

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