‹ ŒuvresChapitre 223 sur 302 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Qu'attirer les de'dains de cette ame hautaine, Et nie jeter au rang de ces princes soumis Que le titre d'amants lui peint en ennemis? Tu vois les souverains de Messène et de Pyle Lui faire de leurs cœurs un hommage inutile, Et de 1 éclat pompeux des plus hautes vertus En appuyer en vain les respects assidus : Ce rebut de leurs soins sous un triste silence Retient de mon amour toute la violence ; Je me tiens condamné dans ces rivaux fameux, Et je lis mon arrêt au mépris qu'on fait d'eux.

Arbate.

Et c'est dans ce mépris et dans cette humeur Mère Que votre ame à ses vœux doit voir plus de lumière , Puisque le sort vous donne à conquérir un cceur Que défend seulement une simple froideur , Et qui n'oppose point à l'ardeur qui vous presse De quelque attachement l'invincible tendresse. Un cœur préoccupé résiste puissamment :

Mais quand une ame est libre , on la force aisément ; Et toute la fierté de son indifférence N'a rien dont ne triomphe un peu de patience. 3NTe lui cachez donc plus le pouvoir de ses yeux , Faites de votre flamme un éclat glorieux ; Et , bien loin de trembler de l'exemple des autres , Du rebut de leurs vœux enflez l'espoir des vôtres. Peut-être , pour toucher ses sévères appas , Aurez-vous des secrets que ces princes n'ont pas ; Et , si de ses fiertés l'impérieux caprice ÎSe vous fait éprouver un destin plus propice, Au moins est-ce un bonheur, en ces extrémités,

Que de voir avec soi ses rivaux rebutés.

EURYALE

J'aime à te voir presser cet aveu de ma flamme ; Combattant mes raisons , tu chatouilles mon ame ; Et par ce que j'ai dit je voulois pressentir Si de ce que j'ai fait tu pourrois m'applaudir. Car enfin , puisqu'il faut t'en faire confidence , On doit à la princesse expliquer mon silence; Et peut-être , au moment où je t'en parle ici , Le secret de mon cœur , Arbate , est éclairci. Cette chasse où , pour fuir la foule qui l'adore , Tu sais qu'elle est allée au lever de l'aurore , Est le temps que Moron , pour déclarer mon feu , A pris.

ARBATE.

Moron , seigneur ! ' •

Ce choix tétonne un peu.

Par son titre de fou tu crois le bien connoître : Mais sache qu'il l'est moins qu'il ne le veut paroître , Et que , malgré l'emploi qu'il exerce aujourd'hui , Il a plus de bon sens que tel qui rit de lui. La princesse se plaît à ses bouffonneries : Il s'en est fait aimer par cent plaisanteries , Et peut , dans cet accès , dire et persuader Ce que d'autres que lui n'oseroient hasarder. Je le vois propre enfin à ce que j'en souhaite; Il a pour moi , dit-il , une amitié parfaite , Et veut, dans mes états ayant reçu le jour, Contre tous mes rivaux appuyer mon amour. Quelque argent mis en main pour soutenir ce zèle...

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