ACTE II, SCÈNE I. 35y
AGLANTE
Pouv moi , je tiens que cette passion est la plus agréable affaire de la vie ; qu'il est nécessaire d'aimer pour vivre heureusement; et que tous les plaisirs sont fades, s'il ne s'y mêle un peu d'amour.
Pouvez-vous bien toutes deux, étant ce que vous êtes, prononcer ces paroles ? et ne devezvous pas rougir d'appuyer une passion qui n'est qu'erreur , que foiblesse et qu'emportement , et dont tous les désordres ont tant de répugnance avec la gloire de notre sexe? J'en prétends soutenir l'honneur jusqu'au dernier moment de ma vie , et ne veux point du tout me commettre à ces gens qui font les esclaves auprès de nous pour devenir un jour nos tyrans. Toutes ces larmes, tous ces soupirs , tous ces hommages , tous ces respects , sont des embûches qu'on tend à notre cœur, et qui souvent rengagent à commettre des lâchetés. Pour moi , quand je regarde certains exemples et les bassesses épouvantables où cette passion ravale les personnes sur qui elle étend sa puissance, je sens tout mon cœur qui s'émeut ; et je ne puis souffrir qu'une ame qui fait profession d'un peu de fierté ne trouve pas une honte horrible à de telles foiblesses.
CYNTHIE
Hé! madame, il est de certaines foiblesses qui ne sont point honteuses , et qu'il est beau même d'avoir dans les plus hauts degrés de gloire. J'es^
36o LA PRINCESSE D'ELIDE.
père que vous changerez un jour de pensée; et. s'il plaît au ciel , nous verrons votre cœur, avam qu'il soit peu...
Arrêtez, n'achevez pas ce souhait étrange : j'aj une horreur trop invincible pour ces sortes d'abaissements; et, si jamais j'étois capable d'y descendre je serois personne , sans doute , a ne me le poinl pardonner.
AGLANTÊ.
Prenez garde , madame : l'Amour sait se vcngei des mépris que l'on fait de lui ; et peut-être...
Non , non : je brave tous ses traits ; et le granC pouvoir qu'on lui donne n'est rien qu'une chi mère et qu'une excuse des foibles cœurs , qui le foni invincible pour autoriser leur foiblesse.
CYNTHIE
Mais enfin toute la terre reconnaît sa puissance et vous voyez que les dieux mêmes sont assujetti; à son empire. On nous fait voir que Jupiter n'ï pas aimé pour une fois, et que Diane même, don vous affectez tant l'exemple , n'a pas rougi d< pousser des soupirs d'amour.
Les croyances publiques sont toujours mêlée: d'erreur. Les dieux ne sont point faits comm< se les fait le vulgaire : et c'est leur manquer dt respect que de leur attribuer les foiblesses de: hommes.