‹ ŒuvresChapitre 265 sur 302 · ACTE V, SCÈNE II. 4oi · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. 4oi

Tous vous moquez , seigneur , et ce n'est pas ce qu'il demande.

EURYALE

Pardonnez-moi , madame , je suis assez téméraire pour cela, et je prends à témoin le prince votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée. C'est trop vous tenir dans l'erreur , il faut lever le masque, et, dussiez-vous vous en prévaloir contre moi , découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur. Je n'ai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous, madame, qui m'avez enlevé cette qualité d'insensible que j a vois toujours affectée ; et tout ce que j'ai pu vous dire n'a été qu'une feinte qu'un mouvement secret m'a inspirée , et que je n'ai suivie qu'avec toutes les violences imaginables. Il falloit qu'elle cessât bientôt sans doute, et je m étonne seulement qu'elle ait pu durer la moitié d'un jour : car enfin je mourois , je brûlois dans l'ame , quand je vous déguisois mes sentiments ; et jamais cœur n'a souffert une contrainte égale à la mienne. Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense , je suis tout prêt de mourir pour vous en venger; vous n'avez qu'à parler, et ma main surle-champ fera gloire d'exécuter l'arrêt que vous prononcerez.

Non , non , prince , je ne vous sais point mauvais gré de m'avoir abusée ; et tout ce que vous m'avez

4o2 LA PRINCESSE D'ÊLIDE.

dit, je l'aime bien mieux une feinte que non pas une vérité.

IPHITAS.

Si bien donc , ma fille , que tu veux bien accepter <ce prince pour époux ? ï

LA PRINCES SE

Seigneur, je ne sais pas encore ce que je veux. Donnez-moi le temps- d'y songer, je vous prie, et m'épargnez un peu la confusion où je suis, i p h i t A • .

Vous jugez , prince , ce que cela veut dire ; et vous vous pouvez fonder là-dessus.

EURYALE

Je l'attendrai tant qu'il vous plaira , madame ^ cet arrêt de ma destinée ; et , s'il me condamne à la mort , je le suivrai sans murmure.

IPHITAS.

Viens, Moron. C'est ici un jour de paix, et je te remets en grâce avec la princesse.

MORON

Seigneur, je serai meilleur courtisan une autre fois , et je me garderai bien de dire ce que je pense.

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