‹ ŒuvresChapitre 3 sur 302 · ACTE I, SCENE I. si · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. si

Et je vous vois porter les sottises qu'on porte.

Ariste.

Toujours au plus grand nombre on doit s'accommoder , Et jamais il ne faut se faire regarder. L'un et l'autre excès choque ; et tout homme bien sage Doit faire des habits ainsi que du langage , N'y rien trop affecter, et, sans empressement, Suivre ce que l'usage y fait de changement. Mon sentiment n'est pas qu'on prenne la méthode De ceux qu'on voit toujours enchérir sur la mode , Et qui , dans ces excès dont ils sont amoureux , Seroient fâchés qu'un autre eu t été plus loin qu'eux : Mais je tiens qu'il est mal , sur quoi que l'on se fonde , ' De fuir obstinément ce que suit tout le monde , Et qu'il vaut mieux souffrir d être au nombre des fous Que du sage parti se voir seul contre tous.

SGÀNARELLE.

Cela sent son vieillard qui , pour en faire accroire , Cache ses cheveux blancs d'une perruque noire.

ariste.

C'est un étrange fait du soin que vous prenez A me venir toujours jeter mon âge au nez , Et qu'il faille qu'en moi sans cesse je vous voie Blâmer l'ajustement aussi-bien que la joie : , Comme si , condamnée à ne plus rien chérir y La vieillesse devoit ne songer qu'à mourir , Et d'assez de laideur n'est pas accompagnée , Sans se tenir encor malpropre et rechignée

SGANARELLE

Quoi qu'il en soit , je suis attaché fortement A ne démordre point de mon habillement. Je veux une coiffure , en dépit de la mode,

Sous qui toute ma tête ait un abri commode ;

Un bon pourpoint bien long , et fermé comme il faut ,

Qui , pour bien digérer , tienne l'estomac chaud ;

Un haut-de-chausse fait justement pour ma cuisse ;

Des souliers où mes pieds ne soient point au supplice ,

Ainsi qu'en ont usé sagement nos aïeux :

Et qui me trouve mal n'a qu'à fermer les yeux.

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