SGANARELLE, ARISTE
SGANARELLE
Mon frère, s'il vous plaît , ne discourons point tant; Et que chacun de nous vive comme il l'entend. Bien que sur moi des ans vous ayez l'avantage, Et soyez assez vieux pour devoir être sage , le vous dirai pourtant que mes intentions Sont de ne prendre point de vos corrections , Que j'ai pour tout conseil ma fantaisie à suivre, Et me trouve fort bien de ma façon de vivre,
ARISTE
Mais chacun la condamne.
S G AN AR EL LE
Oui , des fous comme vous , Mon frère.
ARISTE
Grand merci ; le compliment est doux !
tù L'ÉCOLE DES MARIS.
SGANARELLE
Je voudrois bien savoir, puisqu'il faut tout entendre, Ce que ces beaux censeurs en moi peuvent reprendre.
AlilSTE.
Cette farouche humeur dont la sévérité
Fuit toutes les douceurs de la société ,
À tous vos procédés inspire un air bizarre ,
Et , jusques à l'habit , rend tout chez vous barbare.
SGANARELLE
Il est vrai qu'à la mode il faut m'assujettir ,
Et ce n'est pas pour moi que je me dois vêtir.,
Ne voudriez-vous point par vos belles sornettes ,
Monsieur mon frère aîné , car , Dieu merci , vous l'êtes
D'une vingtaine d'ans ; à ne vous rien celer ,
Et cela ne vaut pas la peine d'en parler ;
Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières,
De vos jeunes muguets m'inspirer les manières;
M'obliger à porter de ces petits chapeaux
Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux,
Et de ces blonds cheveux de qui la vaste enflure
Des visages humains offusque la figure ;
De ces petits pourpoints sous les bras se perdants ,
Et de ces grands collets jusqu'au nombril pendants ;;
De ces manches qu'à table on voit tâter les sauces ,
Et de ces cotillons appelés hauts-de-chausses ;
De ces souliers mignons de rubans revêtus ,
Qui vous font ressembler à des pigeons pattus ;
Et de ces grands canons où , comme en des entraves ,
On met tous les matins ses deux jambes esclaves,
Et par qui nous voyons ces messieurs les galants
Marcher écarquiiiés ainsi que des volants ?
Je vous plaircis sans doute équipé de la sorte,