‹ ŒuvresChapitre 57 sur 302 · ACTE I, SCÈNE î · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE î

Tw n'as point vu ceci , marquis ? Ali ! dieu me damne î Je le trouve assez drôle, et je n'y suis pas âne; Je sais par quelles lois un ouvrage est parfait , Et Corneille me vient lire tout ce qu'il fait. Là-dessus , de la pièce il m'a fait un sommaire , Scène à scène averti de ce qui salioit faire , Et jusques à des vers qu'il en sa voit par cœur, Il me les re'citoit tout haut avant l'acteur. J'avois beau m'en défendre , il a poussé sa chance, Et s'est devers la fin levé long-temps d'avance ; Car les gens du bel air , pour agir galamment , Se gardent bien sur- tout d'ouïr le dénouement. Je rendois grâce au ciel , et croyois, de justice , Qu'avec la comédie eût fini mon supplice ; Mais , comme si c'en eût été trop bon marché, Sur nouveaux frais mon homme à moi s'est attaché, M'a conté ses exploits , ses vertus non communes , Parlé de ses chevaux , de ses bonnes fortunes , Et de ce qu'à la cour il avoit de faveur , Disant qu'à m'y servir il s'oftroit de grand cœur. Je le remerciois doucement de la tête , Minutant à tous coups quelque retraite honnête : Biais lui, pour le quitter me voyant ébranlé, Sortons, ce m'a-t-il dit, le monde est écoulé. Et , sortis de ce lieu , me la donnant plus sèche f Marquis , allons au cours faire voir ma calèche : Elle est bien entendue , et plus d'un duc et pair En fait à mon faiseur faire une du même air. Moi de lui rendre grâce , et , pour mieux m'en défendre , De dire que j'avois certain repas à rendre. Ah ! parbleu , j'en veux être , étant de tes amis , Et manque au maréchal, à qui j'avois promis.

De la chère , ai- je dit , la dose est trop peu forte

Pour oser y prier des gens de votre sorte.

Non , m'a-t-il répondu , je suis sans compliment ,

Et j'y vais pour causer avec toi seulement ;

Je suis des grands repas fatigué , je te jure.

Mais si l'on vous attend, ai-je dit, c'est injure.

Tu te moques , marquis ; nous nous connoissons tous s

Et je trouve avec toi des passe-temps plus doux,

Je pestois contre moi , Famé triste et confuse

Du funeste succès qu'avoit eu mon excuse ,

Et ne savois à quoi je devois recourir

Pour sortir d'une peine à me faire mourir ,

Lorsqu'un carrosse fait de superbe manière ,

Et comblé de laquais et devant et derrière ,

S'est avec un grand bruit devant nous arrêté,

D'où sautant un jeune homme amplement ajusté,

Mon importun et lui , courant à l'embrassade ,

Ont surpris les passants de leur brusque incartade :

Et , tandis que tous deux étoient précipités

Dans les convulsions de leurs civilités ,

Je me suis doucement esquivé sans rien dire ;

Non sans avoir long-temps gémi d'un tel martyre,

Et maudit le fâcheux dont le zèle obstiné

M'ôtoit au rendez-vous qui m'est ici donné.

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