‹ ŒuvresChapitre 7 sur 302 · ACTE I, SCÈNE lï. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE lï. i

îl ne manquerait rien qu'un moyen de faillir.

SGANARELLE

Chansons que tout cela.

A m s te.

Soit; mais je tiens sans cesse Qu'il nous faut en riant instruire la jeunesse , Reprendre ses défauts avec grande douceur , Et du nom de vertu ne point lui faire peur. Mes soins pour Léonor ont suivi ces maximes ; Des moindres libertés je n'ai point fait des crimes , A ses jeunes désirs j'ai toujours consenti , Et je ne m'en suis point, grâce au ciel, repenti. J'ai souffert qu'elle ait vu les belles compagnies , Les divertissements , les bals , les comédies : Ce sont choses , pour moi , que je tiens de tout temps Fort propres à former l'esprit des jeunes gens ; Et l'école du monde en l'air dont il faut vivre Instruit mieux, à mon gré, qne ne fait aucun livre. Elle aime à dépenser en habits, linge et nœuds: Que voulez- vous ? je tâche à contenter ses vœux; Et ce sont des plaisirs qu'on peut dans nos familles , Lorsque l'on a du bien, permettre aux jeunes filles. Un ordre paternel l'oblige % m'épouser; Mais mon dessein n'est pas de la tyranniser. Te sais bien que nos ans ne se rapportent guère , Et je laisse à son choix liberté tout entière. Si quatre mille écus de rente bien venants, Lue grande tendresse et des soins complaisants, Peuvent, à son avis , pour un tel mariage , Réparer entre nous l'inégalité d'âge , File peut m'épouser ; sinon , choisir ailleurs. 3e consens que sans moi ses destins soient meilleurs j

m L'ÉCOLE DÈS MARIS.

Et j'aime mieux la voir sous un autre hyménée, Que si contre son gré sa main m'ëtoit donnée.

SGANARELLE

Hé ! qu'il est doucereux ! c'est tout sucre et tout miel !

A ri s te.

Enfin , c'est mon humeur, et j'en rends grâce au cieî. Je ne suivrois jamais ces maximes sévères Qui font que les enfants comptent les jours des pères.

SGANARELLE

Mais ce qu'en la jeunesse on prend de liberté Ne se retranche pas avec facilite ; Et tous ces sentiments suivront mal votre envie , Quand il faudra changer sa manière de vie.

ARISTE-

Et pourquoi la changer ?

SGANARELLE

Pourquoi ?

Oui.

Je ne sa*,

Y voit-on quelque chose où l'honneur soit blessé ?

SGANARELLE

Quoi ! si vous l'épousez , elle pourra prétendre Les mêmes libertés que fille on lui voit prendre ?

Pourquoi non ?

SGANARELLE

Vos désirs lui seront complaisants Jusques à lui laisser et mouches et rubans ?

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