CHAPITRE XIIL
Une chose folle et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes quand on l'étend à ce qui concerne le goût , le vivre ^ la santé et la conscience. La viande noire est hors de mode, et, par cette raison, insipide; ce serait pécher contre la mode que de guérir de la fièvre par la saignée : de même on ne mourait plus depuis long-temps par Théotime (i); ses tendres exhortations ne sauvaient pi us quele peuple^ et Théotime a vu son successeur.
La curiosité n'est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare, unique , pour ce qu'on a et ce que les autres n'ont point. Ce n'est pas un attachement à ce qui est parfait, mais àxe qui est couru , à ce qui est à la mode. Ce n'est pas un am«senlent, mais une passion , et souvent si violente , qu'elle ne cède à l'amour et à l'ambition que par la petitesse de son of>jet. Ce n'est pas une passion qu'on a généralement pour les choses rares et qui ont cours , mais qu'on a seulement pour une certaine chose qui est rare et pourtant àlamode. Le fleuriste (2) a un jardin dans un faubourg ; il y court au lever du soleil , et il en revient à son coucher. Vous le voyez planté et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la Solitaire : il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se I>aisse, il la voit de' plus près, il ne l'a jamais vue si belle , il a le cœur épanoui de joie : il la quitte pour l'Orientale; de là il va à la Veuve j il passe au Drap d'or, de celle-ci à l'Agate; d'oîi il revient enfin à la Solitaire , où il se fixe , oii il se lasse , oii il s'assied , oii il oublie de dîner; aussi est-elle nuancée , bordée , Iinilée, à pièces emportées; elle, a un beau vase ou un beau calicc : il la contemple, il l'admire : Dieu et la nature sont en toist cela, ce qu'il n'admire point; il ne va pas pluS loin que
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. l'ognon de sa tulipe , qu'il ne livre;rait pas pour mille écus , et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées et que ]es iEillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui a une . ân^e, qui a un culte et une religion, revient chez soi, fatigué y affamé, mais fort content de sa journée : il a vu des tulipes.
Parlez à cet autre (3) de la richesse des moissons , d'une ample récolte, d'une bonne vendange; il est curieui^de fruits, vous n'articulez pas , vous ne vous faites pas entei^^ : parlez-lui de figues et de melons , dites que les poiriers rompent de fruitscettc année , que les pêchers ont donné avec abondance; c'est pour lui un idiome inconnu , il s'attache aux seuls pruniers, il ne vous répond pas. Ne l'entretenez pas même de vos pruniers, il n'a de l'amour que pour une certaine espèce j tonte autre que vous lui nommez le fait sourire et sç moquer. Il vous mène à l'arbre , cueille artislement cette prune exquise, il l'ouvre, vous en donne une moitié, et prend l'autre : quelle chair! dit-il f goûtez-vous cela? cela est-il divin? voilà ce que vous ne trouverez pas ailleurs : et là»dcssus ses narines s'enflent, il cache avec peine sa joie et sa vanité par quelques dehors de modestie. O l'homme divin en effet J homme qu'on ne peut jamais assez louer et adnai-r rer ! homme dont il sera parlé dans plusieurs siècles! que je voie sa taille et son visage pendant qu'il vit; que j'observe les traits et la contenance d'un homme qui seul entre les mortels possède une telle prune.
Un troisième (4) 9 que vous allez voir, vous parle des curieux ses confrères, et surtout de Diognète. Je l'admire, dit-il^ et je , le comprends moins que jamais : pensez-vous qu'il cherche à s'instruire par les médailles , et qu'il les regarde comme des preuves parlantes de certains faits, et des monumens fixes et in* dubitables de l'ancienne histoire? rien moins : vous croyez peut^ être que toute la peine qu'il se donne pour recouvrer une tête vient du plaisir qu'il se fait de ne voir pas une suite d'empereurs interrompue? c'est encore moins : Diognète sait d'une médaille le fruste, le flou , et la fleur de coin ; il a une tablette dont toutes les placés sont garnies, à l'exception d'une seule ; ce vide lui blesse la vue , et c'est précisément , et à la lettre , pour le remplir , qu'il emploie sou bien et sa vie.
Vous voulez , ajoute Démocède (5) , voir mes estampes j et bientôt il les étale et vous les montre* Yous en rencontrez une qui n'est ni noire, ni nette, ni dessinée, et d'ailleurs moins propre à être gardée dans un cabinet, qu'à tapisser un jour de fêle le petit pont ou la rue neuve : il convient qu'elle est ma\ gravée, plus mal dessinée, mais il assure qu'elle est d'un Italien qui a travaillé peu ^ qu'elle n'a presque pas été tirée, que c'est
la seule qui soit en France de ce dessin , qu'il Ta achetée trèscher, et qu'il ne la changerait pas pour ce qu'il a de meilleur. J'ai , continue-t-il , une sensible affliction, et qui m'obligera de renoncer aux estampes pour le reste«de mes jours : j'ai tout Callot, hormis une seule qui n'est pas à Ja vérité de ses bons ouvrages , au contraire, c'est un des moindres, mais qui m'achèverait Calr lot ; je travaille depuis vingt ans à recouvrer cette estampe, et je désespère enfin d'y réussir : cela est bien rude!
Tel autre fait la satire de ces gens qui s'engagent par inquiétude ou par curiosité dans de longs voyages, qui ne font ni mémoires ni relations, qui ne portent point de tablettes , *ui vont pour voir , et qui ne voient pas, ou qui oublient ce qu'il^ntvu, qui désirent seulement de connaître de nouvelles touRou de nouveaux clochers, et de passer des rivières qu'on n'appelle ni la Seine ni la Loire , qui sortent de leur patrie pour y retour^ier , qui aiment à être absens , qui veulent un jour être revenus de loin : et ce satirique parle juste , et se fait écouter.
Mais quand il ajoute (6) que les livres en apprennent plus que les voyages, et qu'il m'a fait comprendre par ses discours qu'il a une bibliothèque , je souhaite de la voir : je vais trouver cet homme , qui me reçoit dans une maison oii dès l'escalier je tombe en faiblesse d'une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts. Il a beau me crier auiE oreilles, pour me ranimer^ qu'ils sont dorés sur tranche, ornés de filets dor , et de la bonne édition , me nommer les meilleurs l'un après l'autre, dire que sa galerie est remplie, à quelques endroits près qui sont peints de manière qu'on les prend pour devrais livres arrangés sur des tablettes , et que l'œil s'y trompe ; ajc'uter qu'il ne lit jamais , qu'il ne met pas le pied dan^ cette galerie , qu'il y viendra pour me faire plaisir ; je le remercie de sa complaisance , et ne veux non plus que lui visiter sa tannerie, qu'il appelle bibliothèque.
Quelques uns (7) , par une intempérance de savoir , et par ne pouvoir se résoudre à renoncer à aucune sorte de connaissance, les embrassent toutes et n'en possèdei^t aucune. Ils aiment mieux savoir beaucoup, que de savoir bien, et être faibles et superficiels dans diverses sciences, que d'être sûrs et profonds dans une seule i ils trouvent en toutes rencontres celui qui est leur maître et qui les redresse; ils sont les dupes de leur vaine curiosité, et ne peuvent au plus , par de longs et pénibles efforts , que se tirer d'une ignorance crasse.
D'autres ont la clef des sciences, oii ils n'entrent jamais : ils passent leur vie à déchiffrer les langues orientales et les langues du nord, celles des deux Indes, celles des deux pôles , et celle qui se parle i^ans la lune. Les idiomes les plus inutiles avec les
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caractères les plus bizarres et les plus magiques sont précisément ce qui réveille leur passion et qui excite leur travail. Ils plaignent ceux qui se bornent ingénument à savoir leur langue , x>n tout au plus la grecque ef la latine. Ces gens lisent toutes lés histoires et ignorent l'histoire : ils parcourent tous les livres , et ne profitent d'aucun : c*est en eux une stérilité de faits et de principes qui ne peut être plus grande, mais à la vérité la meilleure récolte et la richesse la plus abondante de mots et de paroles qui puisse s'imaginer : ils plient sous le faix , leur mémoire en est accablée , pendant que leur esprit demeure vide.
Un bourgeois (8) aime les bâtimens^ il se fait bâtir un hôtel sî beau yâà riche et si orné, qu'il est inhabitable : le maître , honteux ae s'y loger, 'ne pouvant peut-être se résoudre à le louer à un prince où à un homme d'affaires , se retire au galetas , oii il achève sa vie, pendant que l'enfilade et les planchera de rap« port sont en proie aux Anglais et aux Allemands qui voyagent , et qui viennent là du Palais Royal , du palais Lesdiguiëres , et du liUxembourg. On heurte sans fin à celte belle porte : tous demandent à voir la maison , et personne à voir monsieur.
On en sait d'autres qui ont des filles devant leurs yeux , à qui ils ne peuvent pas donner une dotj que dis-je? elles ne sont pas vêtues , à peine nourries ; qui se refusent Un tour de lit et dû linge blanc , qui sont pauvres : et la source de leur misère n'est paî fort loin , c'est un garde-meuble chargé et embarrassé de bustes rares , déjà poudreux et couverts d'ordures, dont la vente les mettrait au large, mais qu'ils ne peuvent se résoudre à mettre en vente. •
Diphile co,mmence par un oiseau et finit par mille : sa maison n'en est pas égayée, mais empestée : la cour, la salle , Teècalier , le vestibule, les i:hambres , le cabinet, tout est volière : ce n'est plus un ramage , c'est un vacarme ; les vents d'automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ne font pas un bruit, si perçant et si aigu ; on ne s'entend non plus parler les uns les autreis que dans ces chambres ou il faut attendre , pour faire le compliment d'entrée , que les petits chiens aient aboyé. Ce n'est plus pour iDiphile un agréable amusement ^ c'est une affaire laborieuse et à laquelle à peine il peut suffire. Il passe les jours , ces jours qui échappent et qui ne reviennent plus , à verser du grain et à tiettoyer des ordures : il donne pension à un homme qui n'a point d'autre ministère que de sifHer des serins au flageolet, et de faire bouver des Canaries. 11 est vrai que ce qu'il dépense d'un côté , il l'épargne de l'autre, car ses enfans sont sans maîtres et sans éducation. Il se renferme le soir, fatigué de son propre plaisir, sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oiseaux n% reposent, et
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que ce petit peuple , qu'il n*aime que parce qu'il chante, ne cessé de chanter. Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil; lui-mcme il est oiseau , il est huppé , il gazouille y il perche , il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il couve.
Qui pourrait épuiser toife les différens genres de curieux? Devineriez-vous , à entendre parler celui-ci de son Léopard, de sa Plume , de sa Musique * , les vanter comme ce qu*il y a sur la terre déplus singulier et de plus merveilleux, qu'il veut vendre ses coquilles? Pourquoi non , s'il les acliëte au poids de l'or.
Cet autre aime les insectes , il en fait tous les jours de nouvelles emplettes : c'est surtout le premier homme de l'Europe pour les papillons ; il en a de toutes leà tailles et de toutes les couleurs. Quel temps prenez-vous pour lui rendre visite ? il est plongé dans une amëre douleur ^ il a l'humeur noire, chagrine, et dont toute sa famille souffre ; aussi a-t-il fait une perte irréparable : approchez , regardez ce qu'il vous montre sur son doigt; qui n'a plus de vie , et qui vient d'expirer ; c'est une chenille , et quelle chenille !
Le duii) est le triomphe de la mode , et l'endroit* oîx elle a exercé sa tyrannie avec plus d'éclat. Cet usage n'a pas laissé aii ^ poltron la liberté de vivre , il l'a inené se faire tuer par un plus brave que soi , et Ta confondu avec un homme de cœur : il a attaché de l'honneur et de la gloire à une action folle et extravagante ; il a été approuvé par la présence dès rois ^ il y a eu quelquefois une espèce de religion à le pratiquer : il a décidé de l'innocence des hommes , des accusations fausses ou véritables sur des crimes capitaux : il s'était enfin si profondément enraciné dans l'opinion des peuples, et s'était si fort saisi de leur cœur et de leur esprit , qu'un des plus beaux endroits de la vie d'un très-grand roi a été de les guérir de cette folie.
Tel a été à la mode , ou pour le commandement ^des armées et la nég^ation , ou {)our l'éloquence de là chair , ou pour le^ vers , qui n'y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénèrent dé ce qu'ils furent autrefois ? Est-ce leur mérite qui est usé , ou lé goût que l'on avait pout* eux?
Un homme à là mode dure peu , car les modes pàs^sent : s'il est par hasard hommé^ de mérite , il n'est pas anéanti , et il subsisté encore par quelque endroit : également estimable , il est seulement moins estimé. N . ^
La vertu a cela d'heureux ,"' qu'elle se suffit à elle-même , et qu'elle sait se passer d'admirateurs , de partisans et de iprotectenrs : le manque d'appui et d'approbation non-seulement ûé lui
** Nom de coquiilages.
nuit pas , maïs il la conserve , l'épure et la rend parfaite : qu'elle soit à la mode , qu'elle n'y soit plus , elle demeure vertu.
Si vous dites aux hommes , et surtout aux grands , qu'un tel a de la vertu , ils vous disent, qu'il la garde } qu'il a bien de l'esprit , de celui surtout qui plaît et qui amuse , ils vous répondent , tant mieux pour lui; qu'il a l'esprit fort cultivé , qu'il sait beaucoup , ils vous demandent quelle heure il est , ou quel temps il fait : mais si vous leur apprenez qu'il y a un Tigillin qui souffle ou qui jette en sable un verre d'eau-de-vie , et , chose merveilleuse! qui y revient à plusieurs fois en un repas , alors ils disent : Ou est-il ? amenez-le moi demain., ce soir ; me l'amènerez-vous? On le leur amène ;* et cet homme propre à parer les avenues d'une foire , el à être montré en chambre pour de l'argent , ils l'admettent dans leur familiarité.
Il n'y a rien (9) qui mette plus subitement un homme à la mode , et qui le soulève davantage , que le grand jeu : cela va de pair avec la crapule. Je voudrais bien voir un homme poli , enjoué , spirituel , fût-il un Catulle ou son disciple , faire quelque comparaison avec celui qui vient de perdre huit cents nisloles en une séance.
Une personne à la mode ressemble à unefleur bleue (10) qui croît de soi-même dans les sillons , oii elle étouffe les épis , diminue la moisson , et tient la place de quelque chose de meilleur ;\qui n'a de prix et de beauté que ce qu'elle emprunte d*un caprice léger qui naît et qui tombe presque dans le même instant : aujourd'hui elle est courue , les femmes s'en parent ; demain elle est négligée , et rendue au peuple.
Une personne de mérite au contraire est une fleur qu'on ne désigne pas par sa couleur , mais que l'on nomme par son nom, que l'on cultive par sa beauté ou par son odeup^ l'une des grâces de la nature , l'une de ces choses qui embellissent le monde j qui est de tous les temps et d'uhe vogue ancienne et populaire ; que nos pères ont estimée , et que nous estimons après nos pères ; à qui le dégoût ou l'antipathie de quelques uns ne saurait nuire; un lis , une rose. '' . »
L'on voit Eustrate assis dans sa nacelle , oii il jouit d'un air pur et d'un* ciel serein : il avance d'un bon veut et qui a toutes les apparences de devoir durer; mais il tombe tout d'un coup, le ciel se couvre , Forage se déclare , un tourbillon enveloppe la nacelle', elle» est submergée : on voit Eustrate revenir sur l'eau et faire quelcjues efforts , on espère qu'il pourra du moins se sau^r et venir à bond ; mais une vague Tenfànce , on le tient perdu : il parait une seconde fois , et les espérances se réveillent, lorsqu'uwflot sùrviesS etl'abîme , on ne le revoit plus , il est ûo/e *
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Voiture et Sarrasin étaieat nés pour leur siècle , et ils ont paru dans un temps où il semble qu'ils étaient attendus. S'ils s'étaient moins pressés de venir , ils arrivaient trop tard ; et j'ose douter qu'ils fussent tels aujourd'hui qu'ils mit été alors : les conversations légères , les cercles , la fine plaisanterie , les lettres enjouées et familières , les petites parties oii l'on était admis seulement avec de l'eqirit , tout a disparu. Et qu'qn ne dise point qu'ils les feraient revivre : ce que je puis faire en faveur de leur esprit , est de convenir que peut-être ils excelleraient dans un autre genre : mais les femmes sont , de nos jours , ou dévotes , ou coquettes , ou .joueuses , ott ambitieuses , quelques unes même tout cela à la fois ; le goût de la faveur, le jeu , les galans | les directeurs , ont pris la place , et la défendent contre les gens d'esprit.
Un homme fat (i i) et ridicule porte un long chapeau, un pourpoint à ailerons , des chausses à aiguillettes et des bottines : il rêve la veille par ou et comment il pourra se faire remarquer le jour qui suit. Un philosophe se laisse habiller par (»on tailleur. Il y a autant de faiblesse à fuir la mode qu'à l'affecten
L'on blâme une mode qui ^ divisant la taille des hommes en deux parties égaler, en prend une toute entière pour le buste , et laisse l'autre pour le reste du corps : l'on condamne celle qui fait de la tête des femmes la base d'un édifice à plusieurs étages , dont l'ordre et la structure changent selon leurs caprices ^ qui éloigne les cheveux du visage , bien qu'ils ne croissent que pour l'accompagner ^ qui les relève et les hérisse à la manière des Bacchantes , et semble avoir pourvu à ce que les femmes changeUt leur physionomie douce et modeste en une autre qui soit fière et audacieuse. On se récrie enfin contre une telle ou une telle mod« , qui cependant , toute bizarre qu'elle est , pare et embellit pen* dant qu'elle dure , et dont l'on tire tout l'avantage qu'on en peut espérer , qui est de plaire. Il me parait qu'on devrait seulement • admirer l'inconstance et la légèreté des hommes , qui attachent successivement les agrémenset la bienséance à des choses tout^, opposées , qui emploient pour le comique et pour la mascarade ce qui leur a servi de parure grave et d'ornemens les plus sérieux; et que si peu de temps en fasse la différence.
N... est riclie , elle mange bien , elle dort bien : mais les coiifures changent ; et lorsqu'elle y pense le moins et qu'elle se croit heureuse , la sienne est hors de mode.
Iphis voit à l'église on soulier d'une nouvelle mode ; il regarde le sien , et en rougit , il ne se ci oit plus habillé : il était venu à Ja messe pour s'y montrer , et il se cache : le voilà retenu par
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le pîe<) dans sa chanibre tout le reste du jour. Il a la main douce, et il Tentretient avec une pâte de senteur. Il a soin de rire pour montrer ses dents : il fa^ la petite bouche , et il n'y a guère de momens oii il ne veuille sourire : il regarde ses jambes , il se voit au miroir; l'on ne peut être plus content de personne qu'il l'est de lui-même : il s!est acquis une voix claire et délicate , et - heureusement il parle gras : il a un mouvement de tête , et je ne sais quel adoucissement dans les yeux , dont il n'oublie pas de s'embellir : il a une démarche molle et le plus joli maintien qu'il est capable de se procurer : il met du rouge , mais rarement, il n'en fait pas habitude : il est vrai aussi qu'il porte des chausses et un chapeau , et qu'il n'a ni boucles d'oreilles ni collier de perles ; aussi ne l'ai-je pas mis dans le chapitre des femmes.
Xles mêmes modes que les hommes suivent si volontiers pour leurs personnes , ils affectent de les négliger dans leurs portraits , comme s^ils sentaient ou qu'ils prévissent l'indécence et le ridi- Icule ou elles peuvent tomber dès qu'elles auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou l'agrément de la nouveauté : ils leur préfèrent une parure arbitraire , une draperie indifférente , fantaisies da j)eintre qui ne sont prises ni sur l'air ^ ni sur le visage , qui ne rappellent ni les mœurs ni la personne : ils aiment des attitudes forcées ou immodestes , une manière dure , sauvage , étrangère , qui font un capitan d'un jeune abbé , et un matamore d'un homme de robe ^ une Diane d'une femme de ville, comme d'une femme simple et timide, une amazone ou une Pallas ^ une Laïs d'une honnête fille 5 un Scythe , un Attila , d'un prince qui est bon et magnanime.
Une mode a à peine détruit une autre mode ^ qu'elle est abolie par une plus nouvelle , qui cède elle-même à celle qui la suit , et qui ne sera pas la dernière ; telle est notre légèreté : pendant ces révolutions un siècle s'est écoulé qui a mis toutes ces parures * au rang des choses passées et qui ne sont plus. La mode alors la plus curieuse et qui fait plus de plaisir à voir , c'est la plus ancienne :' aidée du temps et des années , elle a le même agrément dans les portraits qu'a la saye ou l'habit romain sur les théâtres , qu'ont la mante , le voile et la. tiare (12) dans nos tapisseries et dans nos peintures.
Nos pères nous ont transmis avec la connaissance de leurs personnes , celle de leurs habits , de leurs coiffures , de leurs armes (i3) , et des autres ornemens qu'ils ont aimés pendant leur vie : nous ne saurions bien reconnaître cette sorte de bien- .fait , qu'en traitant de même nos descendons.
Le courtisan autrefois (14) avait ses cheveux , était en chaoss^
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et en pourpoint , portait de larges canons , et il était libertin ; cela ne sied plus : il porte une perruque , l'habit serré , le bas uni , et il est dévot : tout se règle par la mode.
Celui qui depuis quelque temps à la cour était dévot, et par là contre toute raison peu éloigné du ridicule , pouvait-il espé? rer de devenir à la mode ?
De quoi n'est point capable un courtisan dans la vue de sa fortune , si , pour ne la pas manquer , il devient dévot?
Les couleurs sont préparées , et la toile est toute prête : mais comment le fixer, cet homme inquiet, léger, inconstant, qui change de mille et mille figures ? Je le peins dévot , et je crois l'avoir attrapé; mais il m'échappe , et déjà il est libertin. Qu'il demeure du moins dans cette mauvaise situation, et je saurai le prendre dans un point de dérèglement de cœur et d'esprit oii il sera reconnaissable ; mais la mode presse , il est dévot.
Celui qui a pénétré la cour connaît ce que c'est que vertu et ce que c'est que dévotion (i5) , et il ne peut plus s'y tromper.
Négliger vêpres comme une chose antique et hors de mode , ' garder sa place 'soi-même pour le salut, savoir les êtres delà chapelle , connaître le flanc , savoir oii l'on est vu et oii l'on n'est pas vu ; rêver dans l'église à Dieu et à ses affaires, y recevoir des visites , y donner des ordres et des commissions , y attendre les réponses ; avoir un directeur mieux écouté que l'évangile -, tirer toute sa -sainteté et tout son relief de la réputation de son directeur; d]édaigner ceux dojit le directeur a moins de vogue , et convenir à peine de leur salut; n'aimer de la parole de Dieu que ce qui s'en prêche chez soi ou par son directeur, préférer sa messe aux autres messes , et les sacremens donnés de sa m^in à x^eux qui ont de moins cette circonstance ; ne se j-epaître que de livres de spiritualité, comme s'il n'y avait ni évangiles, ni épîtres des apôtres ,- ni morale des pères ; lire ou parler un jargon inconnu aux premiers siècles; circonstancier à confesse les défauts d'autrui , y pallier les siens , s'accuser de ses souffrances , de sa par -tience^ dire comme un péché son peu de progrès dans l'héroïsme; «tre en liaison secrète avec de certaines gens contre certains autres ; n^estimer que soi et sa cabale ; avoir pour suspecte la vertu même ; goûter , savourer la prospérité et la faveur , n'en vouloir que pour soi ; ne point aider au mérite ; faire servir la piété à son ambition ; aller à son salut par le chemin de la forr ^une et des dignités : c'est du moins jusqu'à ce jour le plus bel ^effort de la dévotion du temps.
Un dévQt (i6) est celui qui , sous un roi athée, serait athée.
Les dévolu (17) ne connaissent de crimes que l'incontinence ^ ]>arloiis plu^ précisément, que le bi'uit ou les dehors de l'incoQrr
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tinencé : si Phérécide passe pour être guëri des femmes, ouPhérénice pour être fidèle à son mari , ce leur est assez : laissez-les jouer un jeu ruineux, faire perdre leurs créanciers , se réjouir du malheur d'autrui et en profiter, idolâtrer les grands, mépriser les petits , s'enivrer de leur propre mérite , sécher d'envie, mentir, médire, cabaler^ nuire, c'est leur état : voulez-vous qu'ils empiètent sur celui des gens de bien , qui avec les vices cachés fuient encore l'orgueil et l'injustice?
Quand un courtisan (18) sera humble, guéri du faste et de l'ambition , qu'il n'établira point sa fortune sur la ruine de ses concurrens, qu'il sera équitable, soulagera ses vassaux, paiera ses créanciers , qu'il ne sera ni fourbe ni médisant , qu'il renoncera aux grands repas et aux amours illégitimes, qu'il priera autrement que des lèvres , et même hors de la présente du prince : quand d'ailleurs il ne sera point d'un abord farouche et difficile, qu'il n'aura point le visage austère et la mine triste j qu'il ne sera point paresseux et contemplatif, qu'il saura rendre, par une scrupuleuse attention, divers emplois très-compatibles, qu'il pourra et qu'il voudra même tourner son esprit et ses soins aux grandes et laborieuses affaires , à celles surtout d'une suite la plus étendue pour les peuples et pour tout l'état : quand son caractère me fera craindre de le nommer en cet endroit, et que sa modestie l'empêchera , si je ne le nomme pas , de s'y reconnaître : alors je dirai de ce personnage , il est dévot ; ou plutôt, c'est un homme donné à son siècle pour le modèle d'uùe vertu sincère et pour le discernement de l'hypocrisie.
Onuphre (19) n'a pour tout lit qu'une housse de serge grise , mais il couche sur le coton et sur le duvet : de même il est habillé simplement, mais commodément, je veux* dire d^une étoffe fort légère en été , et d'une autre fort moelleuse pendant l'hiver ; il porte des chemises très-déliées qu'il a un très- grand soin de bien cacher. Il ne dit point « ma haire et ma discipline; n au contraire , il passerait pour ce qu'il est, pour un hypocrite , et il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot : il est vrai qu'il fait en sorte que l'on croit, sans qu'il le dise, qu'il porte une haire et qu'il se donne la discipline. Il y a quelques livres répandus dans sa chambre indifféremment ^ ouvrezles, c'est le Combat spirituel , le Chrétien intérieur, et l'Année sainte : d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par la ville et qu'il découvre de loin un hotnme devant qui il est nécessaire qu'il soit dévot; les yeux baissés , la démarche lente et modeste , l'air recueilli , lui sont familiers, il joue son rôle. S'il entre dans une église , il observe d'abord de qui il peut être vu , et , selon la découverte qu'il vient àe faire , il se met à genoux et
prie, ou il ne songe ni à se mettre à genoux ni à prier. Arrivet-il vers lui un homme de bien et d'autorité qui le verra et qui peut l'entendre, non-seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs : si l'homme de bien se retire, celui-ci qui le voit partir s'apaise et ne souffle pas. Il entre une autre fois dans un lieu saint , perce la foule , choisit un endroit pour se recueillir, et où tout le monde voitqu'il s'humilie : s'il entend des courtisans qui parlent, qui rient, et qui sont à la chapelle avec moins de silence que dans l'antichambre , il' fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire : il reprend sa méditation , qui est toujours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec luimême , et oii il trouve son compte. Il évite une église déserte et solitaire, 011 il pourrait entendre deux messes de suite , le sermon , vêpres et compiies, tout cela entre Dieu et lui, et sans ^ue personne lui en sût gré : il aime la paroisse, il fréquente les , temples oii se fait un grand concours; on n'y manque point son coap, on y est vu. Il choisit deux ou trois jours dans toute l'année , oii à propos de rien il jeûne ou fait abstinence : mais . k la fin de l'hiver il tousse , il a une mauvaise poitrine , il a des vapeurs, il a eu la fièvre: il se fait priei-, presser, quereller pour rompre le carême dès son commencement , et il en vient là par complaisance. Si Onuphre est nommé arbitre dans une quer-elle de parens ou dans un procès de famille , il est pour les plus forts , je veux dire pour les plus riches, et il ne se persuade point que celui ou celle, qui a beaucoup de bien puisse avoir tort. S'il se trouve bien d'un homme opulent à qui il a su imposer , dont il est le parasite , et dont il peut tirer de grands secours , il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration ; il s'enfuira , il lui laissera sou manteau , s'il n'est aussi sûr d'elle que de lui-même : il est encore plus éloigné d'employer pour la flatter et pour la séduire le jargon de la dévotion (20) ; ce n'est point par habitude qu'il lé parle , mais avec dessein , et selon qu'il lui est utile, et jamais quand il ne servirait qu'à le rendre très-ridicule. Il sait oii se trouvent des femmes plus sociables et plus dociles que celle de son ami * il ne les abandonne pas pour long-temps ,quafd ce ne serait que pour faire dire de soi dans-le public qu'il fait des retraites : qui en çffet pourrait en douter , quand on le revoit paraître avec un visage exténué et d'un homme qui ne se ménage point ? Les femmes d'ailleurs, qui fleurissent et qui prospèrent à l'ombre de la dévotion (21) lui conviennent, seulement avec cette petitedifférence , qu'il néglige celles qui ont vieilli , et qu'il cultive les )eunes, et entre celles-ci les plusbelles et les mieux faites, c'est son attrait c^elles vont, et il yaj elles reviennent, et il revient; elle»
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demeurent, et il demeure ; c'est en tous lieux et à toutes les heures qu'il a la consolation de les voir : qui pourrait n'en être pas édifié? elles sont dévotes , et il est dévot. Il n'oujhlie pas de tirer avantage de l'aveuglement de son ami et de la préve.ntion oii il l'a jeté en sa faveur : tantôt il lui emprunte de l'argent , tantôt il fait si bien que cet ami lui en offre : il se fait reprocher de ti'avoir pas recours à ses amis dans ses besoins. Quelquefois il ne veut pas recevoir une obole sans donner un billet qu'il est bien sûr de ne jamais retirer. Il dit uqe autre fois, et d'une certaine manière, que rien ne lui manque, et c'est lorsqu'il ne lui faut qu'une "petite somme : il vante quelque autre fois publiquement la générosité de cet homme pour le piquer d'honneur et le conduire à lui faire une grande largesse : il ne pense point à profiter de toute sa succession , ni à s'attirer une donation générale de ses biens , s'il s'agit surtout de les enlever à un fils , le légitime héritier. Un homme dévot n'est ni avare, ni violent ,'ni injuste , ni même intéressé : Onuphre n'est pas dévot , mais il veut être cru tel , et , par une parfaite quoique fausse imitation de la piété, ménager sourdement ses intérêts; aussi ne se joue-t-il pas à la ligne directe , et il ne s'insinue jamais dans une famille ou se trouvent tout à la fois une fille à pourvoir et un fils à établir ; il y a là des droits trop forts et trop inviolables , on ne les traverse point sans faire de l'éclat, et il l'appréhende; sans qu'une pareille entreprise vienne aux oreilles du prince , à qui il dérobe sa marche , par la crainte qu'il a d'être découvert et de paraître ce qu'il est. Il en veut à la ligne collatérale , on l'attaque plus impunément : il est la terreur des cousins et des cousines , du neveu et de la nièce , le flatteur et l'ami déclaré de tous les pncles qui ont fait fortune. Jl se donne pour l'héritier légitime de tout vieillard qui meurt riche et sans enfans^ et il faut que celui-ci le déshérite, s'il veut que ses parens recueillent sa succession : si Onuphre ne trouve pas jour à les en frustrer à fond , il leur en ôte du moins une bonne partie : une petite calomnié, moins que cela, une légère médisance lui suffit pour ce pieux^ dessein 3 et c'est le talexit qu'il possède à un plus haut degré de perfection : il.se fait yéme souvent un point de conduite de ne le pas laisser inutile ) il y a des gens, selon lui, qu'on est obligé en conscience de décrier, et ces genssontceux qu'ilf n'aime point, à qui il veut nuire , et dont il désire la dépouille( Il vient à ses 4ins sans se donner même la peine d'ouvrir la bouche :- on lui. parle d'Eudoxe , il sourit ou il soupire: on l'interroge, on insiste, il ne répond rien ; et il a raison , il en a assez dit.
Riez, Zélie (22), soyez badine et folâtre à votre ordinaire ; qu'est devenue votre joie? Je suis riche, dites-vous, me voilà ^u
DE LA MODE. aog
large , «t je commence k respirer. Riez plus haut , Zélie , éclatez; que sert une meilleure fortune , si elle amène avec soi le sérieux et la tristesse? Imitez l\sê grands qui sont nés dans le sein de l'opulence, ils rient quelquefois, ils cèdent à Ibur tempérament , suivez le vôtre : ne faites pas dire de vous qu'une nouvelle place ou que quelques mille livres de rente de plus ou dé moins vous font passer d'une extrémité à l'autfe. Je tiens, dites-vous, à la faveur par un endroit. Je m'en doutais, Zélie; mais, croyezmoi , ne laissez pas de rire 9 et même de me sourire en passant comme autrefois : ne craignez rien , je n'en serai ni plus libre ni plus familier avec vous : je n'aurai pas une moindre opinion de vous et de votre poste; je croirai également que vous êtes riche et en faveur. Je suis dévote , ajoutez-vous. C'est assez , Zélie , et je dois me souvenir que ce n'est plus la sérénité et la joie que le sentiment d'une bonne conscience étale sur le visage>; les passions tristes et austères ont pris le dessus et se répandentsur les dehors; elles mènent plus loin, et l'on ne s'étonne plus de voir que la dévotion sache encore mieux que la beauté et la jeunesse rendre une femme fîère et dédaigneuse.
I^'on a été loin depuis un siècle dans les arts et dans les sciences , qui toutes ont été poussées à un grand point de raffinement , jusques à celle du salut , que Ton a réduite en règle et en méthode , et augmentée de tout ce que l'esprit des hommes pouvait inventer de plus beau et de plus sublime. La dévotion et la géo^ métrie ont leurs façons déparier, ou ce qu'on appelle les termes de l'art : celui qui ne les sait pas n'est ni dévot ni géomètre. Les premiers dévots , ceux même qui ont été dirigés par les apôtres , ignoraient ces termes : simples gens qui n'avaient que la foi et les oeuvres , et qui se réduisaient h. croire et à bien vivre î
C'est une chose délicate à un prince religieux de réformer la cour, et de la rendre pieuse : instruit jusques oh le courtisan veut lui plaire , et aux dépens de quoi il ferait sa fortune , il le ménage avec prudence ,, il tolère, 11 dissimulé, de peur de le jeter dans l'hypocrisie ou le sacrilège t il attend plus de Dieu et du temps que de son zèle et de son industrie.
C'est une pratique ancienne dans les cours de donner des pensions et de distribuer des grâces à un musicien , à* un maître de danse, à un farceur, à un joueur de flôte, à un flatteur , à un complaisant : ils ont un mérite fite et des talens sors et connus qui amusent les .grands, et qui les délassent de leur grandeur. On sait que Favier est beau danseur, et que Lorenzani fait de beaux motets : qui sait au contraire si l'homme dévot a de la vertu? il n'y a rien pour lui sur la cassette ni à l'épargne , et avec raison; c'est un métier aisé à contrefaire ^ qui, s'il était
La Bruyère. i^
récompensé 9 exposerait le prince à mettre en honneur la dissimulation et la fourberie, et à payer pension à l'hypocrite.
Hi'on espère que la dévotion de la cour ne laissera pas d'inspirer la Yésidencé.
Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit la source du repos; elle fait supporter la vie et rend la mort douce : on n'en tire pas tant de l'hypocrisie.
Chaque heure en soi , comme à notre égard , est unique : estelle écoulée une fois, elle a péri entièrement, les millions de siècles ne la ramèneront pas. Les jours , les mois , les années s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'abîme des temps. Le temps même sera détruit : ce n'est qu'un point dans les espaces immenses de l'éternité, et il sera effacé. Il y a de légères et frivoles circonstances du temps qui ne sont*poiut stables , qui passent, et que j'appelle des modes, la grandeur, la faveur, les richesses, la puissance , l'autorité, l'indépendance, le plaisir , les joies, la superfluité. Que deviendront ces modes, quand le temps même aura disparu ?La vertu seule, si peu à la mode, va au-delà des temps.