‹ ŒuvresChapitre 46 sur 84 · UE LA RUSTICITÉ · texte numérisé non relu

UE LA RUSTICITÉ

Il semble que la rusticité n'est autre chose qu'une ignorance grossière des bienséances. L'on voit en effet des gens rustiques et

(i) Premières Bacchanales , qui se célébraient dans la TÎUe.

(2) Les mystères de Gc'rès se célébraient la nait , et il y avait une ëmalatîon entre les Athéniens à qui apporterait une plus grande torche.

(3) Féie de Cérès. Voyez ci-dessus.

(4) En français, la fête des tromperies : son origine ne fait rien anx mœnrt de ce chapitre.

sans réflexion sortir un jour de méclecine (i), et se trouver en cet état dans un lieu public parmi le monde 5 ne pas faire la différence de l'odeur forte du thym ou de la marjolaine d'avec les parfums les plus délicieux; être chaussés large et grossièrement; parler haut , et ne pouvoir se réduire à un ton de voix modéré ; ne se pas fier à leurs amis sur les moindres affaires , pendant qu'ils s'en entretiennent avec leurs domestiques , jusques à rendre compte à leurs moindres valets de ce qui aura été dit dans une assemblée publique. On les voit assis, leur robe r«Ievée jusqu'aux genoux et d'unemanière indécente. Il ne leur arrive pas en toute lenr vie de rien admirer , ni de paraître surpris des choses les plus extraordinaires que l'on rencontre sur les chemins; mais si c'est un bœuf, un âne , ou un vieux bouc , alors ils s'arrêtent et ne se lassent point de les contempler. Si quelquefois ils entrent dans leur cuisine, ilsmangentavidementtoutcequ'ilsy trouvent , boivent tout d'une haleine une grande tasse de vin pur ; ils se cachent pour cela de leur servante, avec qui d'ailleurs ils vont au moulin , et entrent dans les plus petits détails du domestique. Ils interrompent leur souper , et se lèvent pour donner une poignée d'herbes aux bétes de charrue (2) qu'ils ont dans leurs ëtables. Heurte-t-on àleur'porte pendant qu'ils dînent , ils sont attentifs et curieux. Vous remarquez toujours proche de leur table un gros chien de cour qu'ils appellent à eux , qu'ils em« poignent par la gueule , en disait : Yoilà celui qui garde la plac« , qui prend soin de la maison et de ceux qui sont dedans. Ces gens , épineux dans les paiemens qu'on lei^r fait , rebutent un grand nombre de pièces qu'ils croient légères , ou qui ne brillent pas assez à leurs yeux , et qu'on est obligé de leur changer. Ifs sont occupés pendant la nuit d'une charrue , d'un sac , d'une faux , d'une corbeille , et ils rêvent à qui ils ont prêté ces ustensiles. Et lorsqu'ils rïiarchent par la ville. Combien vaut, demandent'ils aux premiers qu'ils rencontrent, le poisson salé? Les fourrures se veadent-ell)es bien ? N'est-ce pas aujourd'hui que les jeux nous ramènent une nouvelle lune (3) ? D^autres fois , ne sachant que dire , ils vous apprennent qu'ils vont se faire raser , et qu'ils ne sortent que paur cela. Ce sont ces mêmes personnes que l'on entend chanter dans le bain , qui mettent des clous k leurs souliers , et qui, se trouvant tout portés devant la boutique

(i) Le texte grec nomaae nne certaine drogae qui rendait i^iuieine fort mauvaise le jour qu*on Pavait prise. '

(a) Des bœufs.

(3) Cela est dit rastiquement ; un autre dirait que la nouvelle lune ramène les jeux j et d'ailleurA c'est comme si le jpur de Pâques quelqu'un disait : ]N 'est-ce pas aujourd'hui Pâques?

d'Archias (i), achètent eux-mêmes des viandes saWes , et les rapportent à la main en pleine rue.

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