DU CONTRE-TEMPS
vJette ignorance du temps et de l'occasion est une manière d'aborder les gens , ou d'agir avec eux , toujours incommode et embarrassante. Un importun est celui qui choisit le moment que son ami est accablé de ses propres affaires , pour lui parler des siennes; qui va souper chez sa maîtresse le soir même qu'elle a la fièvre ; qui , voyant que quelqu'un vient d'être condamné en justice de payer pour un autre pour qui il s'est obligé, le prie néanmoins de répondre pour lui; qui comparait pour servir de témoin dans un procès que l'on vient de juger; qui prend le temps des noces oii il est invité, pour se déchaîner contre les femmes ; qui entraîne à la promenade des gens à peine arrivés d'un long voyage , et qui n'aspirent qu'à se reposer : fort capable d'ame^ner des marchands pour offrir d'une chose plus qu'elle ne vaut , après qu'elle est vendue ; de se lever au milieu d'une assemblée , pour reprendre un fait dès ses commencera ens , et en instruire à fond ceux qui en ont les oreilles rebattues , et qui le savent mieux que lui ; souvent empressé pour engager dans^ une affaire des personnes qui , ne l'afiectionnant point y n'osent pourtant refuser d'y entrer. S'il arrive que quelqu^un dans la ville doive faire un festin après avoir sacrifié (2) , il va lui demander une portion des viandes qu'il a préparées : une autre fois , s'il voit qu'un maître châtie devant lui son esclave , « J'ai » perdu , dit-il, un des miens daps une pareille occasion ; je le fis » fouetter, il se désespéra, et s'alla pendre. >» Enfin, il n'est propre qu'à commettre de nouveau deux personnes qui veulent s'accommoder , s'ils l'ont fait arl^itre de leur différent. C'est encore une action qui lui convient fort que d'aller prendre au milieu du repas pour danser (3) un homme qui est de sang-froid, et qui n'a bu que modérément.
(i) Athènes était partagée en plusieurs tribus. Voyez le chapitre de la. médis a.nce.
(2) Les Grecs, le jouç même qu'ils avaient sacrifie , ou soupaient avec leurs amis , ou leur envoyaient à chacun une portion de la victime. C'était donc un contre-temps de demander sa part prématurément et lorsque le festin était ré-solu, auquel on pouvait même être invité.
(3) Cela ne se ùnsa'il chez les GreÉs qu'après le repas et lorsque les tahies étaient enlevées.