CHAPITRE XIII
DE l'air empressé.
Il semble que le trop grand empressement est une recherche importune , ou une vaine affectation de marquer aux autres de ]a bienveillance par ses paroles et par toute sa conduite. Les manières d'un homme empressé sont de prendre sur soi l'événement d'une affaire qui est au-dessus de ses forces , et dont il ne saurait sortir avec honneur , et, dans une chose que toute une assemblée juge raisonnable , et oh. il pe se trouve pas la moindre difficulté, d'insister long-temps sur une légère circonstance, pour être ensuite de l'avis des autres ; de faire beaucoup plus apporter de vin dans un repas qu'on n'en peut boire ; d'entrer dans une querelle oii il se trouve présent , d'une manière à l'échauffer davantage. Rien n'est aussi plus ordinaire que de le voir s'offrir à servir de guide dans un chemin détourné qu'il ne connaît pas , et dont il ne peut ensuite trouver l'issue : venir vers son général , et lui demander quand il doit ranger son armée en bataille , quel jour il faudra combattre , et s'il n'a point d'ordres à lui donner pour le lendemain : une autre fois s'approcher de son père, Ma mère, lui dit-il mystérieusement , vient de se coucher , et ne commence qu'à s'endormir : s'il entre enfin dans la chambre d'un malade à qui son médecin a défendu le vin, dire qu'on peut essayer s'il ne lui fera point de mal , et le soutenir doucement pour lui en faire prendre. S'il apprend qu'une femme soit morte dans la ville , il s'ingère de faire son épitaphe; il y fait graver son nom, celui de son mari , de son père , de sa mère , son pays , son origine , avec cet éloge : (c Ils avaient tous de lavertu(i). » S'il est quelquefois obligé de jurer devant des juges qui exigent son serment, « Ce n'est »» pas , dit-il en perçant la foule pour paraître à l'audience , la M première fois que cela m'est arrivé. »