DE LA STUPIDITÉ
pour la campagne. Il s'endort à un spectacle, et ne se réveille que long-temps après qu'il est fini , et que le peuple s'est retiré. Apres s'être rempli de viandes le soir , il se lève la nuit pour une indigestion , va dans la rue se soulager , oii il est mordu d'un chien du voisinage. Il cherche ce qu'on vient de lui donner , et qu'il a mis lui-même dans quelque endroit , oii souvent il ne le peut retrouver. Lorsqu'on l'avertit de la mort de l'un de ses amis afin qu'il assiste à ses funérailles , il s'attriste , il pleure , il se désespère ; et prenant une façon de parler pour une autre , A la bonne heure , ajoute-t-il , ou une pareille sottise. Cette précaution qu'ont les personnes sages de ne pas donner sans témoins (i) de l'argent à leurs créanciers , il l'a pour en recevoir de ses débiteurs. On le voit quereller son valet dans le plus grand froid de l'hiver, pour ne lui avoir pas acheté des concombres. S'il s'avise un jour de faire exercer ses enfans à la lutte ou à la course, il ne leur permet pas de se retirer qu'ils ne soient tout en sueur et hors d'haleine. Il va cueillir lui-même des lentilles , les fait cuire; et oubliant qu'il y a mis du sel , il les sale une seconde fois , de sorte que personne n'en peut goûter. Dans le temps d'une pluie incommode, et dont tout le monde se plaint , il lui échappera de dire que l'eau du ciel est une chose délicieuse : et si on lui demande par hasard combien il a vu emporter de morts par la porte sacrée (2) , Autant , répond-il , pensant peut-être à de l'argent ou à des grains , que je voudrais que vous et moi en pussions avoir.