‹ ŒuvresChapitre 80 sur 84 · DIALOGUE PREMIER · texte numérisé non relu

DIALOGUE PREMIER

Que Toraison de simple regard dispense et tient Heu selon les Quiétistes de toutes les autres prières , et même des bonnes œuvres. Qu'elle empêche de faire le bien auquel on se sent porté et qu'on a volonté de faire. Que sous prétexte de nMcouter que Dieu , et de suivre ses mouvemens, on omet les devoirs les plus essentiels. Différence de la doctrine des Catholiques et des Quiétistes sur les motions divines. Contradictions des derniers sur ce sujet.

JLiE DiEEGTEUR. Ah madame ! quelle consolation pour moi de vous voir aujourd'hui ; je songeais à vous lorsqu'on vous a annoncée , et il nie semblait qu'on ne vo(us avait point vue depuis ce jour que je vous dressai un plan de toute notre doctrine , que vous comprîtes si bien , et en si peu de temps. Je commençais tout de J>on à être fort inquiet de votre santé qui m'est très-cbëre , comme vous savez : il y a dans ma chambre un billet tout écrit que j'allais envoyer ce matin chez vous par le petit saint , pour apprendre de vos nouvelles.

La Pénitente. Il ne vous en aurait pas rapporté de fort bonnes , mon père ; on ne peut être plus languissante que je l'i.'î été ces jours-ci.

Direct. Yous m'affligez , madame ; mais levez un peu vos coiffes , que ]e vous voie mieux. Comment? vous avez le meilleur visage du monde ; l'œil fort sain , un teint frais , et votre embonpoint ordinaire. Vous verrez , madame, que ce sont quelques légers accès de fièvre tierce , aui^quels vous êtes si sujette j il y paraît à vos mains.

Pénit. Trouvez-vous, mon përe? Cependant je vous dirai que la fièvre est le moindre des maux que j'ai soufferts depuis la dernière visite que je vous ai rendue , j'ai bien eu d'autres peines que celles-là.

Direct. Quoi donc ? *

Pénit. Ah mon père ! j'ai essuyé des tracasseries et des hu-<^ meurs de mon mari , qui m'ont pensé faire tourner l'esprit.

Direct. Des leçons de l'indigne homme?

Pénit, Ma belle-mère.

Direct. Encore?

Pénit. Plus ignorante et plus dogmatisante que jamais , mon père. Elle a remarqué que depuis quelque temps je me dis-

pensais de la prière que l'on fait régulièrement le soir (i) et le matin chez moi ; que je négligeais d'aller au sermon ; et , comme elle dit , dWtendre la parole de Dieu. (Si je vous vois rarement , mon père, je profite du moins de vos instructions. ) Elle a su aussi que je m'étais enfermée tout un dimanche matin, et que j'avais perdu la messe.

Direct. IQe feignîtes- vous pas du moins sur le midi d*en aller chercher quelqu'une à l'église la plus proche? car il faut prévenir les grands scandales par bienséance.

Pénït. Oh , oui , mon père.

Direct. Et vous entendîtes la messe?

Pênit. Non , Dieu merci , car on n'en disait plus.*

Direct. Vous aviez vos faisons?

. Pénit. Et de pressantes , mon përe. J'éiais ce jour-là exposée à entendre la messe sans goût , sans attrait , sans la moindre motion divine. Ce fut le jour , qu'en suivant votre conseil , je me livrai à Dieu pour la première fois de ma vie , par le parfait abandon ; et , après trois bonnes heures dé simple regard , j'en sortis comme j'y étais entrée , c'est-à-dire , dans une sécheresse et une dureté de cœur pour le sacrifice, 'telle que je me crus fort heureuse de trouver toutes les messes dites ; car autrement étant à l'église toute portée , je pouvais succomber , ce qui m'aurait fort éloignée de Dieu.

Direct. Hélas oui , ma chère dame , et vous êtes au contraire une âme bien chérie de Dieu , d'avoir , comme on dit , perdu la messe ce dimanche-là , en l'état oii vous étiez , sans motion divine , et sans aucune inspiration extraordinaire (2). Hé bien , Ils vous diront , ces bons catholiques , ces diseurs de prières vocales , ces gens qui récitent leurs psaumes et leurs matines ( je parle de monsieur votre mari , et de madame votre belle-mère), ils vous diront que toute bonne pensée et toute bonne action vient de Dieu , et est un effet de la grâce prévenante y qui tantôt agit sur le cœur des hommes , et leur fait vouloir le bien par voie de douceur et d'insinuation; tantôt va jusqu'à vaincre en eux la résistance qu'ils apportent aux saints mouvemens , et aux bonnes inspirations , quelquefois aussi fortifie leur volonté contre le mal et contre les occasions du péché ^ car voilà leur doctrine : Et qui ne dirait pas , madame , qu'elle approche fort de la pu-

(i) L^àme nVst pas plutôt appËk'e au silence intérieur, qu'elle ne doit pas se charger de prières vocales. Moyen court , pag. 67.

(a) L'âme doit se laisser mouvoir par l'esprit vivifiant qui est en elle , en

suivant le mouvement de son action et nVn suivant point d'autre Il faut

nécessairement entrer dans cette voie qui est la motion divine. Il faut donc demeurer en paix , «l ne nous mouvoir que quanâ Dieu nous meut. Moyen

court.

SrR LE QUIÉTISME. ' 827.

reté de la nôtre , lors surtout qu'ils veulent bien appeler cette grâce prëyenante, un mouvement divin , et même une motion divine , si la phrase était plus française ; car ils avouent que i'homme n'étant point naturellement et de lui-même porté au bien, capable au contraire de tout mal , cette grâce qui le dis* pose à la vertu , et qui la lui fait pratiquer , est surnaturelle ; que c'est un mouvement qui ne vient point de la nature , mais qui est extraordinaire et divin.

Pénit. £n quoi donc , mon përe , différons-nous en ce poinF de ces bonis catholiques ? que je le sache enfin une fois pOur toutes.

Direct. Les plus parfaits d'entre eux avec ces dépehdances absolues de la grâce , oii ils se croient être , au lieu de l'attendre . paisiblement sans trouble et sous le nom de motion divine (1)9* et de Dieu seul , ils la demandent à Dieu sous ce seul nom de grâce , par des prières ferventes et continuelles^, dans les larmes, dans les gémissemens; ils jeûnent , veillent^ psalmodient , usent leur corps par des austérités extérieures , s'excitent à la vertu , font de grandis efforts vers la sainteté, ignorant parfaitement en quoi elle consiste. Chez nous au contraire , sans s'arrêter à toutes ces minuties (2) ( mais vous le savez comme moi , et c'est , ma chère fille , me faire parler plus d'une fois sur le même sujet), chez nous , dis-je , il An coûte autre chose que de se mettre

(i) S^il faut que Tesprit qui est en nous , à la motion duquel nous no«s abandonnons , le demande pour nous , ne devons-nous pas le laisser faire ? Pourquoi après cela nous accabler de soins superflus , et nous fatiguer dans la multiplicité de nos actes , sans jamais demeurer en repos ? Moyen court.

Elle ne saurait rien demander , ni rien d«sirer de lui , k moins que ce ne fût lui-même qui lui en donnât le mouvement* Explication du Cantique des Cantiques^ pag. 3o8.

(2) Lorsque Pâme sVlève jusqu'au Créateur , alors Dieu la prend par la main , et la mène sans Paide du raisonnement par le chemin de la pure foi. Alors il hit que l'entendement abandonne toutes les réflexions et tout les raisonnemens : il fait avaucer l'âme , et la retire de l'état seqsible et matériel où elle était , par le moyen de la connaissance obscure d^me fin simple , sans qu^elle ait besoin, pour l'aimer, de la persuasion ni de l'instruction de l'enteB' dément; parce qnede cette manière, son amour serait fort imparfait, et qu'il dépendrait trop des créatures. Molinos , Introduction a la Guide spirituelle ^ sect. I, n. a.

L'âmè dans la contemplation doit laisser tous les raisonnemens , den^eurer dans le silence, repousser toutes les imaginations et se fixer toute à Dieu. Ibidem , n. 3.

11 V a deux sortes de Spirituels , de& intérieurs <t des extérieurs : ceux-ci chercnent Dieu au dehors par le secours du raisonnement , de l'imagina.tion et des réflexions; ils tâchent d'acquérir la vertu à force d'abstinences, de macérations et d'austérités ; ils revêtent le cilice , se donnent la discipline , se tiennent dans le silence et se mettent en la présence de Dieu , en se le figurant tantôt sous l'idée d'un pasteur , tantôt sous celle d'un médecin , quelquefois sous ccUe d'un père ou d'un malU'e. Cest le chemin extérieur et U Toie dt>

^n la présence de Dieu, se plonger dans Toraison de simple regard , écouter Dieu dans le regard intérieur , dans un saint et doux repos , et dans une quiétude parfaite , sans plus Fimportuner'p^r des prières vocales , sans s'user l'esprit par des mentales, sans se perdre les yeux par des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament. Encore une fois , on écoute Dieu luiméme , on est attentif à sa parole ; et les choses que l'on sent dans la suite de sa vie qu'il nous commande ou qu'il nous défend , sont celles sans aucun doute qu'il faut faire ou laisser. Sans cette précaution , ma fîUe, tenez pour une chose assurée, que plus vous vous sentirez de pente à faire une bonne action , je dis trës-bonne et trës-vertueuse action , conforâie à la loi de Dieu et aux préceptes de l'Église , plus vous devez vous défier de vous-même , et regarder cette sorte d'inclination à une telle ' pratique chrétienne , comme un écueil de votre perfection , et comme un piège dangereux que le démon tend à votre sainteté.

Ainsi en use le commun des chrétiens ; ils sont tentés de jeAner au pain et à l'eau , ils jeûnent ; de dpnner l'aumône , ils la donnent ; de visiter les pauvres dans les hôpitaux , ils les visitent : ont-ils consulté Dieu dans l'oraison de simple regard ? jamais; oiît-ils attendu qu'il leur ait parlé plus sensiblement que si c'était une voix articulée? point du tout. Ils vous disent froidement qu*il leur suffit en cette rerrontre de savoir que ces choses sont dé l'esprit de J.-C. , selon la doctrine de l'Évangile , et selon la pratique des Saints , pour s'y abandonner de tout leur cfEur , et y trouver avec la grâce de Dieu leur sanctification. Voilà comme ils raisonnent.

PÊrr IT. Pauvres gens> et bien à plaindre , mon père , à la vérité!

Direct. Encore plus , ma fille , que vous ne pouvez penser , puisque dans toutes ces pratiques si pénibles et si spécieuses , n'attendant point pour se remuer que Dieu les remue (i), ne

ceux qui commencent : mais les rrais spiritaels , retires dans le fond de leur âme, se recueillent sans tout cela. Molinos , Guid. Spirit. L. 3, c. i, n. i.

Il n^ a plus rien pour Tâme , plus de reglemens, plus d^austérités. Liwre des Torrens,

(i) L^âme doit se laisser mouvoir et porter par Pesprit vivifiant qui est en ' elle , en suivant le mouvement de son action , et n'en suivant point d'autre. Moyen court, "p^ift,. 8i.

Marthe faisait de bonnes cboses , mais parce qu'elle les faisait par son propre esprit, Jésus* Christ l'en reprit. ...... Marine, dit-on, a choisi la meilleure

part , la paix , la tranquillité et le repos : elle cesse d*agir en apparence pour se laisser mouvoir par l'esprit de Je'sus-Christ , et c'est pourquoi il est ne'ccssaire de renoncer à ses opérations propres pour suivre Je'sùs Christ. Moyen court, pap.Qî. .

Il faut donc demeurer en paix , et ne nous mouvoir que lorsqu'il nous meut. Ibid^

m SUR LE QUIÉTISME. 829

songeant point à faire mourir leur propre action, remplis au contraire , comme nous disons , de propriété et d'activité , ils ne font toutes choses les meilleures du monde , si vous le voulez, et les plus vertueuses actions, que parce qu'ils les veulent faire : ils n'évitent le pécbé que parce qu'ils ont résolu de l'éviter. Ainsi comme ils ne ^e vident jamais de leur propre esprit , ils sont toujours fort éloignés de se remplir de l'esprit deDieu.

Pénit. En un mot , monpëre, ils travaillent beaucoup pendant toute leur vie à ne rien faire.

Direct. Justement , ma fille.

Pénit. Vous dites donc, mon père, que la propriété et l'activité qui se mêlent dans nos actions, en font toute l'impureté (i).

Direct. Je le dis ainsi.

Pénit. C'est-à-dire, que plus nous nous affectionnons à une telle vertu , à un certain exercice de piété , plus nous péchons.

Direct. Sans doute.

Pénit. Que s'il m'arrivait , par exemple , d'être portée violemment à donner l^aumône à un pauvre , ce serait alors que je devrais m'abstenir de la lui donner ?

Direct. Continuez.

Pénit. Que je devrais regarder cela comme une tentation?

Direct. Vous concluez juste.

Pénit. Il semble donc, mon père, que si je sentais quelque répugnance à secourir ce pauvre, ce serait une raison pour lui ouvrir ma bourse ?

Direct. Il le semble en effet.

Pénit. Car, mon përe, je ne saurais soupçonner dans une pareille action le moindre attachement ni la moindre propriété.

DtltEOT. Cela est vrai , ma fîlle.

Pénit. Oh, mon père, cela est vrai! Pardonnez-moi, s'il vous plaît , ivais vous me jetez dans d'horribles scrupules.

Direct. Comment donc?

Pénit. Viens-je pas de vous dire que dimanche dernier je n'entendis pas la messe ?

Direct. Hé bien.

Pénit. Parce que je ne me sentais nulle inclination , nulle pente , rien au contraire que de la répugnance à entendre la messe , et même à me trouver à l'église ce dimanche-là.

Direct. Je l'ai compris de cette manière.

(1) Bien n'est oppose' à Diea que )a propri<ftt-, et toute la malignité de rhomme y est pose'e. Moyen court,

Li^impnret^ si opposc'eà Punion divine, est la propriété et Tactivite'. Ibid, JU9 seule propriété peut causer le pe'chc'. Lifre des Torrens,

33o DIALOGUES

PÉMT. J'ai donc commis devant Dieu un grand pëché?

Direct. Point du tout.

Pémt. Ahl mon përe, ne me flattez point : rassurez-moi , je vous en conjure.

Direct. Ne m'avez-vous pas dit, ma chère fille, que ce fut le jour que vous entrâtes dans Toraison de simple regard ?

Pénit. Hélas oui !

Direct. Que Dieu dans le silence de votre ofaison ne vous mut point (i) sensiblement pour sortir de votre oratoire , et aller entendre la messe?

Péivit. Je vous l'ai dit ainsi , et il est vrai.

Direct. Demeurez en repos, ma fille, c'est moi, et par conséquent c'est Dieu qui vous le dit : Yous n'avez rien fait en cela , que n'ait dû faire une âme parfaitement résignée aux ordres divins. J'admire même à quel point vous avez la conscience tendre et timorée.

Pénit. Je respire , mon cher père , et me voilà instruite làdessus pour toute ma vie.

Quand donc à l'église, dans les rues d'une ville, dans un voyage , ou ailleurs , un pauvre se présentera à moi , qui me conviera même au nom de Jésus-Christ de le secourir , quelque grande que me paraisse sa misère, si je reconnais ea moi une grande pente à le soulager, je prendrai le parti de n'enVien faire?

Direct. Assurément, et donnez-vous-en bien de garde, sur peine de propriété et d'activité.

Pénit. £t s'il me prend quelque dégodt de lui ; si ses demandes réitérées m'importunent, je l'aiderai contre mon gré, quelque éloignement que j'en aie?

Direct. Quoi , sans attrait et sans motion divine?

Pénit. Ah dans quelle distraction je suis ! Je m'en souviens , mon père 5 je l'aiderai encore moins , et le renverrai sans aumône.

Direct. Vous songez à autre chose, ce n'est pas tout-à-fait comme il en faudrait user. II faut', ma fille, sur un fait aussi ÎQiportant qu'est celui de faire l'aumône ou de ne la pas faire ,

(i) Saint Paul veut que nous nous laissions mouvoir par l'esprit de Dieu

L'âme doit se laisser mouvoir et porter par l'esprit vivifiant qui est en elle ,. en suivant le mouvement de son action, et n'en suivant point d'autre. Moyen court, pag. 81.

11 faut nécessairement entrer dans cette voie, qui est la motion divine et l'esprit de Jésus-Christ...... Saint Paul prouve la nécessité de cette motion

divine. Tous ceux, dit-il, qui sont pousses de l'esprit de Dieu, sont enfans de Dieu : Qui n'est point dans cette oraisoii , n'est ni juste ni enfant de Dieu. Moyen court, pag. 93.

SUR LE QUIETISME. 33i

consulter Dieu, c'est-à-dire , éprouver si Ton a en soi une motion divine de faire l'aumône.

Pémt. Comme j'ai fieiit sur le sujet de la messe.

Direct. Précisément*.

Penit. Mais , mon përe , pendant tout le temps de la consultation , où Dieu peut faire attendre sur la réponse , et quelquefois n'en donner aucune, que deviei^dra le pauvre?

Direct. Ce n'est pas, ma fille, ni votre affaire ni la mienne : vous ne serez pas au moins exposée à rien faire par propriété et par activité , et sans aucune motion divine.

Pénit. Cela est bien , mon père ; et j'espère à l'avenir que je ne serai pas assez malheureuse pour exercer la moindre vertusans toutes les circonstances requises , et celles surtout que vous me prescrivez; mais comme ce principe que vous venez de toucher, est d'une conséquence infinie dans la pratique; ne trouvez pas mauvais, je vous prie, que dans le premier entretien que nous aurons enseml»le , je vous en demande encore quelque éclair*cissement.

Direct. Qu^nd vous ne m'auriez pas, madame, prévenu par cette demande, mon dessein était d'approfondir avec vous une matière de cette importance pour votre salut : ce sera quand vous me ferez l'honneur de me venir revoir ; car je vois par ce que vous m'avez dit d'abord de l'état de votre dpmestique , que lui étant suspect, je ne puis que difficilement mettre le pied chez vous à l'avenir»

Penit. J'en ai , mon père , un regret si sensible , que c'est ce qui me rend ainsi malade. Je me recommande à vos prières.

Direct. N'abandonnerez-vous jamais cette petite formule de, se quitter?

Pénit. Je le dis par habitude.

Direct. Qu'il faut perdre , madame , je vous en conjure, et dire : Je me recommande à vous.

Vue confuse et indistincte de Dieu comme présent partout , seul objet de Poraison de simple regard. Elle exclut toute autre connaissance , toute autre pensée, tout autre acte, tout autre objet. Elle bannit la crainte des jugemens de DieU, Pespéranceen sa miséricorde^ et toutes les autres considérations. Sainte Thérèse opposée à cette doctrine. Stupidité dangereuse oii elle conduit.

Jténitente. Je vous suppliai, mon père, la dernière fois, de me permettre de vous faire souvenir de tout ce que vous aviez encore à m'expliquer sur la propriété et l'activité } sources ,

33a DIALOGUES

comme vous dites , de toute la malice des actions humaines , et que vous regardiez , ce me semble, comme le plus grand obstacle que Thommej pouvait former au progrès de l'oraison de simple regard , et ensuite à la motion divine qui en est l'effet.

Directeur. Le simple regard (i) , ma fille, est quelque chose de si élevé au-dessus de toute prière , de toute action sainte, et de tout exercice de religion , que je me sens obligé de vous instruire de tout ce qui peut tout à la fois vous en faciliter l'idée et la pratique , d'autant plus que par certaines formules ou manières de parler qui vous échappèrent la dernière fois en nous ^séparant , il m'a paru que vous aviez besoin d'être entièrement désabusée de la prière, je dis de toute autre prière , puisqu'elle est suppléée par cette haute et sublime oraison de contemplation acquise , que vous avez eu le bonheur de pratiquer lorsque vous y fûtes attirée.

Penit. Comment attirée , mon père , par une motion divine ? cela ne pouvait étre^ car vous venez de dire qu'elle n'est que l'effet du simple regard. Par ma détermination propre, ce serait propriété et activité; à Dieu ne plaise : £t ce ne sont point là les voies qui conduisent à une oraison si parfaite.

Je vous avoue qu'il y a là je ne sais quoi d'embarrassant et qui me fait dç la peine ; car si on a besoin d'une inspiration extraordinaire pour psalmodier , d'une encore pour jeûner , d'une autre pour donner l'aumône , d'une autre pour porter la haire , ou se donner la discipline ; combien à plus forte raison paraîtelle nécessaire pour la plus excellente action qu'il y ait dans le christianisme ? Il semble néanmoins qu'ail faille s'en passer (2) ,

(i) En cette oraison de simple regard , nous pratiquons hautement la vertu sans la pratiquer; nous faisons tout sans rien faire, et nous la faisons d'une manière si élevée , que cent antres n'en feraient pas tant en vingt années avec leurs actes redouUés et multipliés avec tant de ferveur. Une œillade simple qui nous ramasse de l^épanchement que nous pouvons avoir parmi la diversité des créatures , sous le mur obscur de la foi , qui ne laisse aucune clarté poar nous joindre à Dieu, dit plus, compi:end plus, que tout ce que la méditation et Poraison affective peuvent dire ou coixprendre. L'abbé d'Estiwal, Con- Jerences mystiques, pag. ^S.

(a) Vous croirez peut-être que vous ne sortez de la prière , aussi stérile que

vous y étiez entrée, que par manque de préparation Persévérer en la

présence du Seigneur, est Punique préparation , et la seule disposition nécessaire pour ce temps-là. Molinos , Guide spirituelle y liv. i, chap. 11, n. 70.

Malaval ne permet cet acte ( par lequel on se met en présence de Dieu au commencement dé Poraison) que trois ou quatre jours au plus; parce qii^me Àme qui est entrée dans le simple regard , comprend bient^ qu'il y a un langage muet, par lequel nous nous faisons entendre h Dieu beaucoup mieux que par les paroles sensibles et même par les actes intérieurs réfléchis , et elle aurait honte de chercher le secours de quelque chose de sensible contre Pattrait qu'elle sent. L'abbé d'Estii^al , Conférences mystiques ^ pag. 41*

s tin LE QUiÉTISME. 333

puisque cette motion extraorâînaîre^yant être précédée, ditesvous , du simple regard , elle n'en peut être ni la préparation ni la cause.'

Direct. Cela e^t vrai en quelque façon , et je sais ravi de vous voir déjà instruite de toutes ces choses.

Pémt. Vous êtes mon maitre et mon apôtre , et j'attends ce que vous direz , avec une humble soumission.

Direct. Ceci , ma fille, est une matière délicate, qui pour être bien sue à fond , demande des connaissances qui vous manquent : profitons du temps que j'ai à vous donner , et parlons seulement de votre conduite dans l'oraison de simple regard , de quelque manière que vous y ayez été attirée.

Pénit. J'en suis contente.

Direct. En étiez-vous encore, ma fille, sur la lecture de votre Nouveau-Testament de Mons (i), ou de quelque autre livre spirituel ? Vous prépa riez-vous enfin à la grande oraison par la méditation de quelque mystère de Jésus-Christ , ou de quelque précepte de la loi de Dieu? Vous occupiez- vous de la haine du pédbé , de l'amour pour la vertu ? Songiez- vous à la mort', iki jugement de Dieu? Le craigniez-vous ? Espériezvous en lui?

Pénit. Rien de tout cela , mon père.

Direct. Fort bien.

Péivit. Il faudrait que j'eusse la tête bien dure pour n'avoir pas compris, par tous vos discours, qn'on ne peut se défaire trop tôt de toutes ces choses , quand on tend à la perfection.

Direct. Oh merveilles ! Vous vous jetâtes donc d'abord sur votre fauteuil, ou sur votre prie-Dieu?

Pénit. Le fauteuil m'est plus commode.

Direct. Et là, sans antre préparation , vous envisageâtes, vous regardâtes Dieu présent partout (2) , c'est-à-dire , qu'il est sur

(1) Il est sûr que la fréqnente lecture des livres mystiques, qui ne donnent point de lumière ponr la condoSte de la vie , fait plutôt du mal que du bien ; qu'elle brouille l'esprit an lieu de l'éclairer. Molinos, Guide spirituelle , liv. a, chap. 3) n. 9.

Cet acte consiste à envisager Dieu seul en lui-même ; ce qui comprend tout. On n'a pas besoin de lectures ni de méditations; mais il suffit de se reposer doucement en Dieu aTcc ce regard d'une foi vive. Malaval , Pratique facile.

Les -livres mêmes et les bonnes lectures en cet ëtat (d'oraison de simple re* gard ) sont nuisibles , dit nn grand ^irituel : Gela appuie et maintient la manière ordinaire d'opérer, et fortifie l'ancienne habitude. L'ahbé d' Estival j Conférences mystiques.

(2) L'oraison de quiétude consiste h se mettre en la présence de Dieu par un acte de foi , qui nous fait concevoir Dieu présent à nous-mêmes ; après quoi il faut bannir tontes sortes de pensées, d'affections, de prières, et attendre tout le reste de Dieu. Malapal, Pratique facile^

la terre, dans les eaax, dans les ëlëmeng, dans les métaux , dans les pierres , dans tous les corps, dans tes âmes, dans l'homme , dans le cheval , dans le reptile?

Pénit. Je ne fis pas même cette longue ënumération : Je songeai seulement qu'il est présent partout.

Direct. Encore mieux ; et cela dans une vue confuse et indistincte de Dieu (i), par un pur acte, un simple acte 5 je dirais volontiers par une indifférence à tout. acte ?

Pénit. Quoi ! à celui même qui nous fait regarder la simple présence de Dieu (2)?

Direct. Oui, ma fille, s'il était possible; car le malheur des hommes est de se multiplier dans les actes (3) , de chercher dans l'oraison un acte par d'autres actes , au lieu de s'attacher par un acte simple k Dieu seul. Je m'explique ; il y a des chrétiens qui dans l'oraison ne croient jamais assez haïr le péché , qui se persuadent ne pouvoir jamais assez aimer.Dieu.

Penit. Ils ont grand tort , car il est si bon , et si aisé à contenter.

Direct. Qui s'excitent à des mouvemens de foi et d'espérance : qui se SMitent touchés de l'amour du prochain dans la vue de Dieu, tous actes intérieurs multipliés, non-seulement inutiles à l'oraison de simple regard , mais qui lui sont trës-peraicieox , puisqu'ils en altèrent la simplicité et la pureté. Elle est appelée par nos maîtres l'Oraison décile nce , l'Oraison de simple présence de Dieu, l'Oraison de repos (4)* Jugez par là, ma fille , com-

(i) L'entendement ne connaît pas Diea par des idées , des rc^flexions , et des nttonnemens , mais par nne loi obscure , ge'néraie et confuse. Molinos , In trod' à la Guid. spirit. , sect. i, n. 7.

Une Ame fidèle se donne bien de gvde de rien ajonter à la simple vne de

Dieu, si elle n'y est obligée par qnelque pressante nécessité Car tout ce

qu'on y ajoute, fait connaître Tamonr-propre , qui ne se contentant pas de Dieu , se Teut appuyer sur les choses de Dieu. Malaval y Pratique facile.

(a) Quand une ftme considère qneDien est présent en eUe, c>st une bonne chose, quoique ce soit Tîmagination d'une manière limitée, et n'est plus le croire^ assez simplement. Faiconi, Lettre a uneJUU ipftituelle,

(3) Dieu purifie l'âme de toutes opérations propres et distinctes « aperçues et multipliées, qui font une dissemblance très-grande, relevant ki capacité passive de la crffature, l'élargissant et l'çnnoblis^nt. Moyen court. ■

Rien n'est plus oppose à l'oraison parfaite que l'attache à 8#n propre esprit \ et afin que l'âme soit admise à l'union divine, elle doit rednire toutes .les fins en une , toutes les vues en une, et exclure toute socted&nwijliplieîte.-^ Conthe, Analyse de V Oraison mentale.

(4) Oraison de foi , oraison de repos , recueillement intérieur et contemplation. Molinos^ Introd, à la Guide spirit. ^ sect. 9, n. 11.

Oraison de simplicité ou d'unité' ; orai&on de pure foi, orai*on de Mlence^ oraison de recueillement, oraison de présence de Dieu, ocais^m de repos, d'oisiveté, de paix, de dormir. La Combe, Analyse^

bien tant de clifiërens mouyemens , tant de diverses réflexions , qui n'aboutissent à rien, sont capables de la troubler, de U changer et de l'anéantir.

Le plus court donc et le meilleur, je le répète encore, yest de faire mourir notre propre action (i)pour souffrir l'action de Dieu; plus d'idées saintes et profanes, plus d'autres images (2) dans l'entendement que celle de la présence de Dieu; et après s'être, comme un limaçon , recourbé , pour ainsi parler , dans l'enveloppe de son intérieur, se ramasser en Dieu, s'y absorber et laisser contretirer en nous son image quand il lui plaît , et comme il lui plaît : alors dans ce triple silence de paroles, de pensées et de désirs (3),

(i) Notre action doit éive de soufTiir Taction de Dieu, et de donner lieu au Verbf de retracer en nous son image. Une image qui se remqe, empêcherait le pçintre de contreiirer un tableau sur elle. Tous les mouyemens qne nous faii* sons par notre propre esprit, empêchent cet admirable peintre de travailler, et font faire de faux traits. Il faut donc demeurer en paix et en repos , et ne nous mouvoir que lorsqu''il nous meut. Moyen court , y ge 87.

(a) L'acte de la pure contemplation est parfaitement vide de tontes représentations et images , espèces sensibles ou intelligibles, distinctes et aperçues. La Combe, AnalyBe,

(3) L^âme qui , après les fatigues de la méditation , se trouve dans le calme et la tranquillité de la contemplation , doit laisser là tons les raisonnemens , demeurer dans le repos et dans le silence; jeter sur Dieu des regards simples

et amoureux se contenter de la connaissance générale et confuse

Il faut qu'abandonnant ce qui est et ce qui n'est pas ^ vous vous jetiez entre les bras amoureux de Dieu , qui par la force de son amour , vons conservera

dans ce saint et bienheureux silence Pour se mettre en cet état y il faut

que l'âme se retire dans elle-même, comme dans son centre; c'est là que se trouve l'image de Dieu , l'attention amoureuse , le silence , l'onblî de toutes choses. MoUnos y Introd, à la Guide spirit. , sect. a.

Il y a trois, sortes de silence : Le premier est celui des paroles ; le second , celui des désirs; et le troisième , celui des pensées. Le premier est parfait ; le second l'est davantage , et le troisième l'est extrêmement. Gïlui des paroles sert à acquérir la vertu; celai des désirs, à tronver le repos ; et celui des pensées, met dmale recueillement intérieur. C'est à ne point parler, à ne désirer rien, et à ne penser à quoi que ce soit, que l'on reconnaît le vrai silence mystique Si vons ne vous détachez de tout désir et de toute pensée , en

TOUS reposant dans ce silence mystique, et ouvrant la porte à Dieu ,-afin qu'il se communique, qu'il s'unisse à vous, et qu'il se transforme, pour ainsi dire, en TOus-méme. Molînos , Guide spirit., liv. i , chap. 17 , n. 128 et lag.

N'ayons point d'autre intention que d'écouter Dieu intérieurement sans rien

dire , ni avec l'esprit, ni avec' la langue Silende donc et de l'esprit et de

la langue pour écouter Dieu. Malaual, Pratique facile.

La première disposition d'une âme qui veut s'adonner à la contemplation , est d'avoir un vrai désir d'écouter Dieu, et d'imposer silence à tontes pensées. Ibid» C'est un silence par lequel on rend à Dieu un hommage parfait. Ibid. L'oraison contemplative est un simple regard libre de Dieu ou des choses divines , joint à une admiration religieuse , ou une méthode d'oraison par laquelle Pcstprit, sans s'arrêter à des actes multipliés et particuliers , par lesquels il cherchait auparavant Dieu , ayant commandé le silence, aux puissances inté-

se trouvant dans un sommeil spirituel, dans une ivresse mystique (i) , ou plutôt dans une mort mystique, toutes les puissances supendues sont rappelées de la circonférence au centre : Dieu qui est ce centre, se fait sentir à l'âme par des touches divines, par des goûts, par des illaps, par des suavités ineifables.

rieores, est uni à Dien par un simple acte de rentendement , et confirmé en lui par un embrassement étroit de foi et d'amour , et se repose en lui par une tranquille jouissance. La Combe, Analyse de l'Oraison mentale.

La contemplation dont nous traitons est une vue simple et amoureuse de

Dieu appuyée sur la foi qu'il est partout. Nous voyons Dieu et le contemplons par ce simple regard en un très-profond silence , dans une vue très-simple et sur-éminente d'un être impénétrable et ineffable en la foi qui nous Ole tonte antre conception et expression. Qu'on se taise en l'admirant en son fond abyssal et sur-éminent , ou que l'on en parle par admiration ; et toutes les puissances demeureront interdites en l'étonnement d'un Être infini. L'abbé d'Estit^al , Cor^érences mystiques y page i5, i6 et 17.

(i) C'est alors que )e divin Epoux suspendant ses facultés , l'endort d'an sommeil doux et tranquille : c'est dans cet assoupissement qu'elle jouit avec uu calme inconcevable j sans savoir en quoi cou&iste sa jouissance. ilfo/mo«; Guide spiriUy liv. 3, chap. i3. ^

La contemplation infuse a trois degrés ; le premier est le rassasiement , où l'âme se trouve si remplie de Dieu , qu'elle n'a que du dégoût pour les choses mondaines ; et si tranquille , que le seul amour de Dieu lui sulBt. Le second degré est l'ivresse (spirituelle) qui est une extase ou une élévation de l'âme , produite par l'amour divin et par le rassasiement quM donne. Le troi^tième degré est l'assurance qui bannit toute frayeur , et qui se fait lorsque Tâme est sn enivrée de l'amour divin, et si soumise aux ordres de Dieu, quVlle irait de bon cœur en enfer pour lui obéir. Elle sent alors que les nœiuls de l'union divine sont si étroitement serrés , qu'il lui parait impossible d'être .sép arec de son Amant , et de perdre ce trésor infini. Il y a six autres degrés de contemplation^ le feu, l'onction l'élévation, l'illumination , le goût et le repos. D'abord elle est enflammée ; ensuite cette flamme la remplit d^onction ; cette onction l'élève; dans celte élévation elle contemple ; en contemplant ell<> goûte ^ en goûtant elle se repose. C'est par ces degrés que l'âme devient abstraite et expérimentée dans la vie spirituelle et intérieure. Dans le premier degré , qui est le feu , un rayon ardent et céleste, éclaire l'âme , allume en elle les affections divines , et consume les humaines. Le second qui est l'onction , est une liqueur douce et spirituelle qui se répand dans l'âme, qui l'instruit , qui la fortifie et qui la . dispose à recevoir et contempler la vérité divine : souvent elle pénètre jusque dans la constitution naturelle du contemplatif, qu'elle rend ▼igonreuse par la tolérance, et par une douceur si sensible, qu'elle lui parait céleste. Le troisième degré est une élévation de l'homme intérieur au-dessus de lui-même , par laquelle il monte jusqu'à la source inaltérable du pur amour. Le quatrième degré qui est l'illumination, est une science infuse , par laquelle l'âme contemple avec douceur et délectation la vérité divine, et passe sous la conduite du Saint-Esprit, de clarté en clarté, de lumière en lumière, de connaissance en connaissance. Le cinquième degré est un goût savoureux des douceurs divines , qui coulent du Saint-Esprit, comme d'une sourcje féconde. Le sixième degré est une douce tranquillité qui nait de la victoire qu'on a remportée dans la guerre intérieure, et des oraisons fréquentes. Calme aussi admirable qu'il est rare, où se trouve le comble de la paix, et où l'âme est comme endormie dans^le sein amoureux de la divinité. Il y a plusieurs autres degrés de contemplation j comme les extases, les raTÎssemens, la liquéfaction.

Ses affections étant ainsi émues , elle les laisse reposer doucement , elle avale ce qu'elle a goiité , ce qu'elle a mâché : l'Être infini de son côté m'âche et remâche cette âme , savoure ce parfait intérieur : cette bienheureuse âme trouve un délicieux repos qui rétablit au-dessus des délices et des extases , an-dessus des plus belles manifestations, dès notions , et des spéculations divines : on ne sait ce qu'on sent , on ne sait ce qu'on est : Je ne sais pourquoi moi-même je puis e^ j'ose vous l'expliquer, les paroles, les voix et les langues intellectuelles comme les corporelles , cessent et cèdent au plus profond , plus amoureux et plus intime silence où les hommes puissent arriver en la présence de Dieu. Tout se fait et s'admire en son fond abyssal et sur-éminent (i), et aussitôt il parle, 'il se fait entendre sensiblement; on l'écoute, on suit sa voix et ses ordres divins , et voilà la motion divine qui naît de l'incomparable oraison de simple regard , et qui est nécessaire et préalable à toute action , quelque bonne en plle-méme qu'elle puisse paraître.

Pénit. Oh l mon père , mon cher përc , dans quels ravissemens venez-^vous de me jeter par la sublimité de vos discours , sur les avantages de l'oraison de simple présence de Dieu! Yoilà en effet Tétat à peu près oii je me trouvai le jour du simple regard. Il me semble y être encore , tant vous représentes vivement comment cela se passe.

Par quelle fatalité arrive-t-il que ni les curés dans leurs prônes, ni les prédicateurs en chaire, ni les évêques dans leurs instructions , ne tracent pas à tous les fidèles, l'idée d'une oraison si parfaite et si essentielle au salut?- pourquoi n'en pas faire un catéchisme aux petits enfans? pourquoi ne les pas façonner de bonne heure au simple regard? i|^ n'auraient presque pas besoin dans la suite de leur vie , de bonnes œuvres et <le sacremens.

Je vous ai ouï dire une fois , qu'un seul acte de simple regard remportait en mérite sur je ne sais combien d'actes de charité

revanouissement , les baisers, les embrassemens , Pall^îgresse , Panioii', la U'ansformation , les noces , le mariage ; toutes lesquelles chos^es sont pour ceux qui ne les ont pas ëprouve'es , ce que les couleurs sont aux aveugles, et Tharmonie aux sourds. Molinos, ibid., chap. i5, n. 140 et sniv.

L^amour intime produit quatre effets. Le premier s^appelle Illumination , et c'^est une connaissance saTonrcuse et expérimentale de la grandeur de Dieu et de notre néant. Le second est l'embrasement, on le désir ardent, de brûler comme une Salamandre dans le feu de Pamour divin. Le troisième! est la suavité, qui est une jouissance intime, donce, paisible et pleine de joie. Le quatrième est rimmersion et Fengloutissement de tontes les facul(és en Dieu, pendant lequel l'âme se remplit et se rassasie si fort en Dieu , qu'elle ne peut plus ni désirer ni chercher que le bien souverain et iiifiui. Ibid, .

(i) Paroles de l'abbé d'Esûval.

La Bruvtie. 22

qu'on pouvait produire pendant sa vie (i) , vous m'en fîtes l'appréciation, je m'en sourions, et vous m'assuriez qu'il valait tout juste cinq jours entiers de mortification exteVieure (2) , et toute la plus rigoureuse qu'il était possible de s'imposer ; et même vous contiez les nuits : encore ne s'agissait^il pas du simple regard renforcé ou suivi de motion divine (3). Que veut donc dire que depuis plus de vingt-buit ans que je suis au monde , depuis vingt ans du moins que j'ai l'usage de la raison , je n'avais jamais entendu parler d'une telle merveille, ni à mon confesseur, ni à mon curé , qui est un vieillard fort savant et grand homme de bien , suivant le sentiment de tout le monde? Je n'ai rien lu d'approchant dans aucun livre spirituel, dans aucune traduction des Përes , dans les^ épitres de S. Paul , ni , je crois , dans mon testament de Mous; les jansénistes en auraient-ils retranché cette doctrine? c'est apparemment , mon père , quelques nouvelles et pieuses découvertes de nos jours (4)- Quel trésor pour nous , quel extrême bonheur pour notre siècle !

Ah ! que ces grands saints qui sont canonisés , auraient eu de joie et de consolation dans leur cœur , s'ils avaient eu dans leur temps cette oraison éminente ! et y aurait-il de ces saints contetius dans nos légendes , qui fussent damnés faute d'avoir pratiqué l'oraison de simple regard ?

Direct. Cela est trop fort , ma fille; mais tenez pour sûr avec un de nos auteurs , que « toute âme qui ne parviendra pas des >i cette vie , à l'union divine , et à la pureté de sa création , doit » brûler long*temps dans le purgatoire {^). >»

PÉiriT. C'est-à-dire , mon cher përe , que ces longues prières ,

(i) Tous les actes de charité unis ensemble, ne sont pas comparables à cet

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