‹ ŒuvresChapitre 100 sur 136 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

ne me mrarierai pas, moi qui en marie tant d at^ tpés !

- Les déesses entrèrent en ses sentiments, et retonmèrent dire à Vénus comme leur légation s'é* toit passée. Nous vous conseillons en amies, ajoutèrent-elles, de laisser agir vt>tre fils comme il lui plaira : il est désormais en lige de se conduire. Qii'il épouse Hébé, repartit Vénus: qu'il choi* sisse parmi les Muses, parmi les Grâces, paitni les Heures ; je le veux bien. Vous moquez- vous? dit Junon. Voudriez-vous donner à votre fils une de vos suivantes pour femme? et encore Hébé qui nous sert à boire? Pour les Muses, ce n'est pas le fait de l'Amour qu'une précieuse : elle le feroit enrager. La beauté des Heures est fort journalière : il ne s'en accommodera pas non plus. Mais enfin ^ répliqua Vénus, toutes ces personnes sont des déecses, et Psyché est simple mortelle. N'est-ce pas un parti bien avantageux pour mon fils que la cadette dun roi de qui les états tourneroient datis la basse-cour de ce château ? Ne méprisez pas tant Psyché, dit Gérés ? vous pourriez pis faire que de la prendre pour votre bru. La beauté est rare parmi les dieux; les richesses et la puissance ne le sont pas. J'ai bien voyagé, comme vous savez ; mais je n'ai point vu de personne si acconiplie. Junon fut contrainte d'avouer qu elle avoit raison; et toutes deux conseillèrent Gythérée

212 LES AMOURS DE PSYCHÉ, de pourvoir son fil&. Quel plaisir quand elle tiendroit entre les bras un petit Amour qui ressemble* roit à son père ! Vénus demeura piquée de ce propos-là : le rouge lui monta au front. Cela vaus siéroit mieux qu a moi , reprit-elle bi^usquement. Je me suis regardée tout ce matin, mais il ne ma point semblé que j'eusse encore l'air d'une aïeule. Ces mots ne demeurèrent pas sans réponse ; et les trois amies se séparèrent en se querellant.

, Cérès et Junon étant montées sur leurs chars, Vénus alla faire des remontrances à son fils ; et le regardant avec un air dédaigneux : . .

Il vous sied bien, lui dit-elle, de vouloir vous marier, vous qui ne cherchez que le plaisir! Depuis quand vous est venue, dites-moi, une si sage pensée? Voyez, je vous prie, l'homme de bien et le personnage grave et retiré que voilà! Sans men* tir, je voudrois vous avoir vu père de famille pom* un peu de temps: comment vous y prendriezvous? Songez, songez à vous acquitter de votre emploi , et soyez le dieu des amants : la qualité d'époux ne vous convient pas. Vous êtes accablé d'affaires de tous côtés ; l'empire d'Amour va en décadence ; tout languit ; rien ne se conclut : et vous consumez le temps en des propositions inutiles de mariage! Il y a tantôt trois mois que vous êtes au lit, plus malade de fantaisie que d'une brûlure. Certes, vous avez été blessé dans une occasion bien glorieuse pour vous! Le bel honneur,

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lorsque Ton dira que votre femme aura été cause de cet accident! Si c'étoit une maîtresse, je ne dis pas. Quoi! vous m amènerez ici une matrone qui sera peuf mois de l'année à toujours se plaindre! je la traînerai au bal avec moi! Savez- vous ce qu'il = y a? ou renoncez à Psyché, du je ne veux plus que vous passiez pour mon fils. Vous croyez peut-être que je ne puis faire un autre Amour, et que j'ai oublié la manière dont on les fait : je veux bien que vous sachiez que j'en ferai un quand il me plaira. Oui, j'en ferai un, plus joli que vous mille fois, et lui remettrai entre les mains votre empire. Qu'on me donne tout-à-l'heure cet arc et ces flèches, et tout l'attirail dont je vous ai équipé ; aussi bien vous est-il inutile désormais: je vous le rendrai quand vous serez sage.

L*Amour se mit à pleurer ; et prenant les mains de sa mère, il les lui baisa. Ce n'étoit pas encore parler comme il faut. Elle fit tout son possible pour l'obliger à donner parole qu'il renonceroit à Psyché ; ce qu'il ne voulut jamais faire. Gythérée sortit en le menaçant.

Pour achever le chagrin de cette déesse. Psyché arriva avec un paquet de laine aussi pesant qu elle. Les choses s'étoient passées de ce côté-là avec beaucoup de succès. Le cygne avoit merveilleusement bien fait son devoir, et les deux sylvains le leur : de voir, de courir, et rien davantage ; hormis qu'ils dansèrent quelques chansons avec la

ai4 ' LES AMOURS DE PSYCHÉ, suivante, lui dérobèrent quelques baisers, lui donnèrent quelques brins de thym et de marjolaine , et peut-être la cotte verte ; le tout avec la plus grande honnêteté du monde. Psyché cependant faisoit sa main. Pas un des moutons ne s'écarta du troupeau pour venir à elle. Les ronces se laissèrent ôter leurs belles robes sans la piquer une seule fois. Psyché repassa la première.

A son retour, Cytbérée lui demanda comme elle avoit fait pour traverser la rivière. Psyché répondit qu'il n en avoit pas été besoin, et que le vent avoit envoyé des flocons de laine de son côté. Je ne croyois pas, reprit Cytbérée, que la chose fût si facile : je me suis trompée dans mes mesures, je le vois bien; la nuit nous suggérera quelque chose de meilleur.

Le fik de Vénus, qui ne songeoit à autre chose qu'à tirer Psyché de tous ces dangers, et qui n attendoit peut-être pour se raccommoder avec elle que sa guérisoo et le retour de ses forces, avoit remandé premièrement le Zéphyre, et fait venir dans le voisinage une fée qui faisoit parler les pierres. Rien ne lui étoit impossible : elle se moquoit du destin, disposoit des yents et des astres, et faisoit aller le monde à sa fantaisie.

GythéréiB ne savoif pas qu elle fût venue. Quant au ^^éphyre, elle 1 aperçut, et ne douta nullement qiie ce ne fût lui qui eût assisté Psyché. Mais, s'étant la nuit avisée d'un comou^ndemewt qu elle

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croyoit hoi*s de toute possibilité, elle dit le lendemain à son fils: L'agent général de vos affaires n est pas loin de ce château ; vous lui avez défendu de s'écarter; je vous défie tous tant que vous êtes. Vous serez habiles gens, lun et Vautre si vous em* péchez que votre belle ne succombe au commandement (pie je loi ferai aujourd'hui.

En disant ces mots, elle fit venir Psyché, lui ordonna de la suivre, et la mena dans la bassecour du château. Là, sous une espèce de halle, étoient entassés pêle-mêle quatre différentes sortes de grains, lesquels o;i avoit donnés à la déesse pour la nourriture de ses pigeons. Ce n'étoit pas proprement un tas, mais une montagne, ili occih poit toute la largenr du magasin , et touchoit le^ faîte. CyttÉréc dit à Psyché: Je ne veux dorénavant nourrir mes pigeons que de mil ou de froment pur: c est pourquoi sépare ces quatre sortes de grains ; fais-en q^atr^ tas ai|U( quatre coins du monceau , un tas de chaque espèce. Je m'en vais à Amathonte pour quelques affaires de plaisir : je reviendrai sur le soir. Si à mçn retour je ne trouve la tâche faite, et quHl y ait seulement un grain de mêlé, je t abandonnerai aux ministres de ma vengeance. A ces mots elle monte sur son char, et laisse Psyché désespéfée. En effet, ce commandement étoit un travail, non pas d'Hercule, mais de démon.

Sitôt que l'Amour le sut, il en envoya avertir la

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fée, qui, par ses suffumigations, par ses cercles, par ses paroles, contraignit tout ce qu'il y avoit de fourmis au monde d'accourir à l'en^our du tas, autant celles qui habitoient aux extrémités de la ' terre que celles du voisinage. Il y eut telle fourmi qui fit ce jour-là quatre mille lieues. C'étoit un plaisir que d'en voir des hordes et des caravanes arriver de tous les côtés.

Il en vient des climats où commande l'Aurore,

De ceux que ceint Téthys, et l'Océan encore;

L'Indien dégarnit toutes ses régions ;

Le Garamante envoie aussi ses légions;

Il en part du couchant des nations entières;

Le nord ni le midi n'ont plus de fourmilières;

Il semble qu'on en ait épuisé l'univers :

Les chemins en sont noirs, le champs en so^ couverts ;

Maint vieux chêne en fournit des cohortes nombreuses ;

Il n'est arbre mangé qui sous ses voûtes creuses

Souffre que de ce peuple il reste un seul essaim ;

Tout déloge; et la terre en tire de son sein.

L'éthiopique gent arrive, et se partage.

On crée en chaque troupe un maître de l'ouvragé. Il a Tœil sur sa bande; aucun n'ose faillir.

4^ On entend un bruit sourd ; le mont semble bouillir. Déjà son tour décroît, sa hauteur diminue.

A la soudaineté ' l'ordre aussi contribue.

Chacun a son emploi parmi les travailleurs : L'un sépare le grain que l'autre emporte ailleurs.

' Voyez ci-dessus, p. 127.

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