LIVRE IL
De bonne fortune poar notre helle, Junon et Cérès vinrent voir Vénus dans le moment qu eUè venoit de donner cet ordre. Elles lui avoient déjà rendu deux autres visites depuis la maladie de son fils, et avoient aussi vu l'Amour ^^ Cette dernière visite empêcha Vénus de prendre garde à ce qui se passeroit , et donna une facilité à notre héroïne d'exécuter ce commandement. Sans cela il auroit été impossible, n'y ayant ni pont, ni bateau, ni gondole sur la rivière.
Cette suivante, qui étoit de l'intelligence, dit à Psyché : Nous avons ici des cygnes que les Amours ont dressés à nous servir de gondoles : j'en prendrai un ; nous traverserons la rivière par ce moyen. Il faut que je vous tienne compagnie , pour une raison que je vas vous dire : c'est que ces moutons sont gardés par deux jeunes enfants sylvains qui commencent déjà à courir après les nymphes. Je passerai la première , et amuserai les deux jeunes faunes, qui ne manqueront pas de me poursuivre sans autre dessein que de folâtrer; car ils me connoissent, et savent que j'appartiens à Vénus : au pis aller j'en serai quitte pour deux baisers; vous passerez cependant. Jusque-là voilà qui va bien , repartit Psyché; mais comment approcherai -je des moutons? me connoissent-ils aussi? savent-ils que j'appartiens à Vénus? Vous prendrez de leur laine parmi les ronces , répliqua cette suivante ; ils y en laissent quand elle est mûre et qu'elle
commence à tomber : tout ce canton-là en est plein. Comme la chose avoit été concertée, elle réussit. Seulement , au lieu de deux bai^ors que Ton avoit dit, il en coûta quatre.
Pendant que notre bergère et sa compagqe exécutent leur entreprise, Vénus prie les deux déesses de sonder les sentiments de son fils. Il semble, à lentendre, lem' dit-elle, quïl soit fort en colère contre Psyché ; cependant il ne laisse pas soos main de lui donner assistance : au moins y a<-t-il lieu de le croire. Vous m'êtes amies toutes deux, détournez-le de cet amour : représentez-lui le devoir dVm fils ; dites-lui qu'il se fait tort. Il s'ouvrira bien plutôt à vous qu'il ne feroit à sa pière.
Junon et Cérès promirent de s'y employer. Elles allèrent voir le malade. Il ne les satisfit point, et leur cacha le plus qu'il put sa pensée. Toutefois , autant qu'elles purent conjecturer, cette passion lui tenoit encore au cœur. M^ne il se plaignit de ce qu'on prétendoit le gouverner ainsi qu'up enfant. Lui un enfant ! on ne considéroit donc pas qu'il terrassoit les Hercules , et qu'il n'a voit jamais eu d'autres toupies que leurs cœurs. Après cela, disoit-il, on me tiendra eqcpre en tutéle! on croira me contenter de moulinets et dç papillons , moi qui suis le dispensateur d un biep près de qui la gloire et les richesses sont des poupées ! C'est bien le moins que je puisse faire que de retenir ma part de cette félicité-là. Je