‹ ŒuvresChapitre 129 sur 136 · DU RECUEIL INTITULÉ FABLES NOUVELLES ET AUTRES POÉSIES · texte numérisé non relu

DU RECUEIL INTITULÉ FABLES NOUVELLES ET AUTRES POÉSIES

PARIS, 1671 , in-I2^

Parmi les ouvrages dont ce recueil ' est composé , le lecteur verra trois fragments d'une description de Taux , laquelle j'entrepris de faire il y a environ douze ans. J y consumai près de trois années. Il est depuis arrivé des choses^ qui mont empêché de continuer. Je reprendrois ce dessein

' J*ai fait connoitre en détail le contenu de ce recneil dans VHîstoire de la vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine. Les pièces qni s'y trouvent sont reparties, dans la présente édition, dans les fables et dans les œuvres diverses; mais cet avertissement, qui concerne presque en entier les fra^ents du Songe de Vaux, a dû être placé ici.

' Ces choses étoient l'arrestation et la condamnation de Fouquet, pour qui La Fontaine a composé cet ouvrage, et qni lui avoit fait remettre, pour cet ei](et, des mémoires descriptifs par les différents artistes qu'il avoit employés à Fembellissement de Vaux. Voyez Y Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine.

35îi A^CERTISSEMENT.

si j avois quelque espérance qu'il réussît, et qu'un tel ouvrage p^t plaire aux gens d aujourd'hui : car la poésie lyrique ni Théroïque, qui doivent y régner, ne sont plus en vogue comme elles étoient alors. J'expose donc au public trois morceaux de cette description : ce sont des échantillons de l'un et de l'autre style. Que j'aie bien fait ou non de les employer tous deux dans un même poëme, je m'en dois remettre au goût du lecteur, plutôt qu'aux raisons que j'en pourrois dire. Selon le jugement qu'on fera de ces trois morceaux, je me résoudrai. Si la chose plaît, j'ai dessein de continuer ; sinon, je n y perdrai pas de temps davantage. Le. temps e»t chose de peu de prix , quand on ne s'en ^ert pas mieux que je fais; osais, puisque j'ai résolu de m'en servir^ je dois reconnoître qu'à mon égard la saison de le ménager est tantôt venue.

Passons à ce qu'il est nécessaire qu'on sache pour l'intelligence de ces fragments. Je ne la saurois donner au lecteur sans exposer à ses yeux presque tout le plan de l'ouvrage. C'est ce que je * m'en vas faire, moins succinctement à la vérité que je ne voudrois, mais utilement pour moi^ car par ce moyen j'apprendrai le sentiment du pu-

blic, aussi bien sur Imvention et sur la conduite de mon poëme en gros, que sur Texécution de chaque endroit en détail, et sur leffet que le tout ensemble pourra produire.

Gomme les jardins de Vaux étoient tout nouveau plantés', je ne les pouvois décrire en cet état, à moins que je n en donnasse une idée peu agréable, et qui, au bout de vingt ans, auroit été sans doute peu ressemblante. Il falloit donc prévenir le temps : cela ne se pouvoit faire que par trois moyens: Fenchantement, la prophétie, et le songe. Les deux premiers ne me plaisoient pas ; car, pour les amener avec quelque grâce, je me serois engagé dans un dessein de trop d'étendue : l'accessoire auroit été plus considérable que le principal. D'ailleurs il ne faut avoir recpurs au miracle que quand la nature est impuissante pour nous servir. Ce n est pas qu'un soilge soit si suivi, ni même si long que le mien sera; mais il est permis de passer le cours ordinaire dans ces rencontres ; et j avois pour me défendre, outre le Roman

* Ceci nous donne à-peu-près la date de cette composition; car Ton sait que Foucpiet fit commencer en i653 les travaux du palais et des jardins de Vaux-le-Vicomte, près de Melun, et sur les bords de la Seine. Us coûtèrent dix-huit millions, qui valent près de trente-six millions de notre monnoie actuelle.

dé la Rose, le Songe de Pblyphile, et celui méitie

dé Scipibn.

Je feins donc qu'en Une nuit du printemps tn&tant endormi, je m'imagiriè que je Vâ^ trouver le Sommeil, et le prie que par soii moyen je puisse voir Vaux en songe : il commande aussitôt à ses ministres de me le montrer. Voilà le sujet du premier fragment.

A peine les Songes ont commencé dé itiè représenter Vaux, que tout ce qui s'offre à mes sens me semble réel : j'oublie le dieu du Sônilneil', et les démons qui' l'entôui^ent; j'oiiblie enfin que je songe; Les cours du château de Vaux me paroissent jonchées de fléuh; je découvre de tous les côtés l'appareil d une grande cérémonie : j'en demande la raison à deux guides qui rtie conduisent. L'un d'eux me dit qti eh treusant les fondements de cette maison bu avoit trouvé, sous des voûtes fort anciennes, une tablé de porphyre, et sur cette table uii écrin plein de pierreries, qu'un certain sage, nommé Zirzimir, fils du Soudan Zarzafiel , avoit autrefois laissé à un druide de nos provinces. Au milieu de ces pierreries, un diamant dune beauté extraordinaire, et taillé en cœur, se faisoit d'abord remarquer; et, sur

les bords d'un compartiment' qui le séparoit d'avec les antres joyaux, se lîsoit en lettres d'or Celte devièe, que Ton n'arroit pu entendrez

Je suis constant) quoique j'en aime deux.

On avoit porté à Oronte' Técrin ouvert, et au même état qu'il s etoit trouvé. Il lavoit laissé fermer en le maniant, sans que depuis il eût été possible de le rouvrir, tant la force de f enchantement étoit grande. Sur le couvercle de cet écrin, se voyoit le portrait du roi, et autour étoit écrit:

SOIT DONNÉ A LA PLUS SAVANTE DES FÉES. SoUS

Fécrin cette prophétie étoit gravée :

Qtiand celle-là qui plus vaut qu'on la prise E)n fait de cbanne , et plus a de pouvoir, .

Aux assistants, dans Vaux en mainte guise De son bel art aura fait apparoir, Lors s'ouvrira Fécrin de forme exquise Que Zirzimir forgea par grand ^voir, Et Ton verra le sens de la devise Qu'aucun mortel n'aura jamais su voir.

Pour satisfaire à l'intention du mage, et pour laccomplissement de la prophétie, mais plus en-

* Fonqaet.

core pour attirer les maîtresses de tous les arts, et leur donner par ce moyen loccasion d embellir la maison de Vaux, Oronte avoit fait publier que tout ce qu'il y avoit de savantes fées dans le monde pouvoient venir contester le prix proposé; et ce prix étoit le portrait du roi, qui seroit donné par des juges, sur les raisons que chacune apporteroit pour prouver les charmes et lexcellence de son art. Plusieurs étoient accourues ; mais, la plupart ne pouvant contribuer aux, beautés de Vaux, et, par conséquent, le prix n étant pas pour elles apparemment ; la plupart, dis-je, persuadées que la prophétie ne les regardoit en aucune sorte, s'étoient retirées. Il n'en étoit demeuré que quatre, l'architecture, la peinture, l'intendante du jardinage, et la poésie: je les appelle Palatîane, Apellanire, Hortésie, et Galliopée. Le lendemain ce grand différent se devoit juger en la présence d'Oronte et de force demi-dieux. Voilà ce que l'un de mes deux guides me dit, et le sujet du second fragment: il contient les harangues des quatre fées.

Et, pour égayer mon poème, et le rendre plus agréable (car une longue suite de descriptions historiques seroit une chose fort ennuyeuse), je

les voulois eotremêler d'épisodes d'un caractère galant. Il y en a trois d'achevés : l'aventure d'un écureuil , celle d un cygne près de mourir, celle d'un saumon et d'un esturgeon qui avoient été présentés vifs à Oronte. Cette dernière aventure fait le sujet de mon troisième fragment.

Le reste de ce recueil * contient des ouvrages que j'ai composés en divers temps sur divers sujets. S'ils ne plaisent par leur bonté , leur variété suppléera peut-être à ce qui leur manque d'ailleurs.

' n y aToit en effet beaucoup de ranété dans ce recueil, puisque, outre ce« fra^^ents du Songe de Vaux, il contenoit des fa* blés, des ëpitres, des odes, des ëpigrammes, des madrigaux, une ballade, un rondeau, des âëgies, et enfin le poème d* Adonis.

AVE IITI s SEMENT

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