‹ ŒuvresChapitre 128 sur 136 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Misérables-humains , combien podsédez-vous ,

Un pressât si. cher et si doux?

Retrancbez-èn le temps dont Morphée est le maître;

Retranchez ces jours superflus

Où notre ame ignorant son être Ne se sent pas encore, ou bien ne se sent plus : Otez le temps des soins , celui des maladies , Intermède &tal qui partage nos vies.

La fièvre quelquefois &it que dans nos maisons Nous passons sans soleil trois retours de saisons.

. Ce mal a le pouvoir d'étendre Autant et plus encor son long et triste cours ;

Un de ces trois cercles de jours Se passe à le souilrir , deux autres à lattendre. Mais c'est trop s'arrêter à des sujets de pleurs : Allons quelques moments dormir sur le Parnasse; Nous en célébrerons avecque plus de grâce Le présent qu'Apollon oppose à ces malheurs.

FIN DU PREMIl^R CHANT.

Digiti

Enfin, grâce au démon ' qui condait mes onvrages, Je vais offrir aux jenx de roorns tiistfes images ; Par lui j'ai peint le mal , et f ai lîéo d'espérer ' Qu en parlant du remède il viendra m'inspirer. On ne craint plus cette hydre aux téteS renaissaùtes, La fièvre exerce en vain ses foreurs impuissantes t D'autres temps sont venus, Louis régne; et les dieux Réservoient à son siècle un bien si précieux; A son siècle ils gardôient ITiêureuse dé(30uverte D'un bois qui tous les jours cause an Styx qwelqne pferte. Nous n'avons pias toujours triomphé de nos maux : Le ciel nous a souvent envoyé des travaux.

D'autres temps sont venus : Louis règne; et la Parque Sera lente à trancher nos jours sous ce monarque. Son mérite a gagné les arbitres du sort; Les destins avec lui semblent être d'accord.

Durez , bienheureux temps; et que soiîs ses auspices Nous portions chez les morts plus tard nos sacrifices. J'en conjure le dieu qui m'inspire ces vers; Je t'en conjure aussi, père de l'univers.

Et vous, divinités aux hommes bienfaisantes,

' Le mot est ici pris dans son ancienne acception, et signifie le génie de la poésie.

Qui tempères les airs, qui régnez sur les plantes, GoDCOurea pour lui plaire, empêchée les humaim D avancer lear tribut au rôi èes peuples vains. J enseigne là-dessus une nouvelle route:

C est le bien des mortels ; que tout mortel m'écoute.

J ai fait voir ce que croit Técale et ses suppôts : On a laissé long-temps leur enreur «n repos.

Le quina la détruite, cm suie àes lois nouvelles. Arrière les humeurs^ qu elles péciientoa non, La fièvre est un levain qui subsiste sês^i eUes :

Ce mal si craint n a pour raison Qu un sang qui se dilate , et bout dans sa prison ^

On a est formé jadis une semblable idée

Des eaux dont tons les ans Memphis est inondée.

Plus d'un naturaliste a cru Que les esprits nitreux d'un ferment prétendu Faisoient croître le Nil, quand toute eau se rcnfcnpe

Et n'ose outre-passer le terme Que d'invisibles mains sur se$ bords om écrit Celle-ci seule échaf^, et dédaigne scm Ut :

Les nymphes de ce fleuve errent dans les campagnes Sous les signes brûlants, et pendant plusieurs jours. D'où vient, dit un auteur, qu'il enfle alors son cours? Le climat est sans pluie; on n'entend aux montagnes

Bruire en ces lieux aucuns torrents :

' Cet «linéa, et celui qui suie, ne ftout ^e la daetriBe dt Ftfdta» foî» MoQgiiiot, tkise ea vers. ( Voyes De 4m fuémon ihsjièt^es fmf /e çutfi^tttna, p.-âi»37.)

En ces lieux nuls ruisseaux courants N'augmentent le tribut dont s'arrosent les plaines. Si Ton croit cet auteur , certain bouillonnement Par le nitre causé &it ce débordement.

C'est. ainsi. que le sang fermente dans nos veines , Qu'il y bout, qu il s y meut, dilaté par le cœur.

Les esprits alors en fureur Tâchent par tous moyens d'ébranler la machine. On frissonne, on a chaud. J'ai déduit ces effets

Selon leur ordre et leur progrès.

Dès qu'un certain acide en notre corps domine ' , Tout fermente , tout bout , les esprits , les liqueurs; Et la fièvre de là tire son origine

Sans autre vice des humeurs.

Que faisoient nos aïeux pour rendre plus tranquille Ce sang ainsi bouillant? ils saignoient , mais en vain :

L'eau qui reste en l'éolipyle Ne se refroidit pas quand il devient moins plein. L'airain soufiElant fait voir que la Uqueur enclose Augmente de chaleur, déchue en quantité :

Le souffle alors redouble, et cet air irrité Ne trouve du repos qu'en consumani; sa cause. Du sentiment fiévreux on tranche ainsi le cours; Il cesse avec le sang, le sang avec nos jours.

Tout mal a son remède au sein de la nature.

* Dans Mongioot, De la gtiérison des fièvres par le quinquina,

p. 38, on lit, « ce que je viens d'avancer de ce ferment on levain

acide comme de la principale causé de la fièvre , etc. ; » et plus

lloin, p. 44? * ayant supposé ce que je viens de*dire, que c est un

evain acide qui est la principale cause des fièvres. »

Nous n avons qu*à chercher : de là nous sont venus . Lantimoine avec le mercure,

Trésors autrefois inconnus.

Le quin > régpe aujourd'hui: nos habiles s'en servent.

Quelques uns encore ocmservent ,

Gomme un point de religt(Ni , L'intérêt de 1 école et leur opinion '.

Ck^ux-là même y viendront; et désormais ina veine Ne plaindra phis des maux dont lart &it son domaine. Peu de gens, je Tavoue , ont part à ce discours : Ce peu c est enocxr trop. Je reviens à l'usage D'une écorce fameuse, et qui va tous les jours Rappeler des mortels jusqu'au £Kmibre rivage. Un arbre en est couvert, plein d'esprits odorants , Bas de tige, étendu, protecteur de l'ombrage: Apollon a doué de cent dons différents

Son bois, son fruit, et son feuillage.

Le premier sert à maint ouvrage ; Il est onde d'aurore; on en pourroit orner Les maisons où le luxe a droit de dominer.

Le fruit a pour pépins une graine onctueuse ,

D*ample volume , et précieuse :

Elle a l'effet du baume , et fournit aux bumains , Sans le secours du temps, sans l'adresse des mains.

Un reHiéde à mainte blessure.

Sa feuille est semblable en figure

* Précédemment il y a le kin. Cette variation existe aussi dans Tédition originale.

* Voyez ravertissement de Téditear en tête de ce poème.

Aux trésors toi^ours verts * que mettent sur leur front

Les héros de la Thracc et ceux du double mont >.

Cet arbre ainsi formé se couvre d^une écoroe Qu'au cinnamome on peut comparer en couleur^. Quant à ses qualités principes de sa force , C'est Tâpre, c'est lamer, c'est aussi la chaleur. GellcK^i cuit les sucs de qualité louable , Dissipe ce qui nuit ou n'est point favorable ;

Mais la principale vertu Pai* qui soit ce ferment dans nos corps combattu , C'est cet amer, cet âpre , ennemis de l'acide 4, Double frein qui^ domptant sa fureur homicide,

' Cest-à-djre aux feuilles àe taUriet-.

* CTest-à-dire les guerriers et les poëtes : Apollon et le dieu Mars «toient également couronnés de laurier.

^ Ce n'est que depuis un petit nombre d'années que les botanistes ont bien fait connoître les diverses espèces du genre des quinquinas ; et, malgré leurs travaux, il existe encore une très ^ande incertitude pour déterminer les espèces auxqueHes appartiennent les noms dé ces plantes que l'on vend dans le commerce, et pour distinguer les meilleures. Voici les indications que donnoient à ce sujet les gens de Tart du temps de La Fontaine : « Il faut « choisir les écorces noires par-dehors , et de couleur de cannelle « par-dedans. Le moins- bon a l'écorce blanche pan-dehors et jan- « nâtre par^dedans. Les petites écorces, particulièrement celles de « la racine, sont les plus excellentes : on les connoît par de petites 41 lignes dont elles sont traversées.» (^Les admirables qualités éi kinkina, 1694, in-ia, p. 39.)

^ « Son amertume combat et mortifie le levain des fièvres, l'amer « et l'acide ne pouvant compatir ensemble. » Monginot ^Dela guémon des fièvres par le quintftUna, p. 44 ^ 4^*

Apaise les esprits de colère agités.

Non qu'enfin toutes âpretés Causent le même ;efiet , ni toutes amertumes : La nature, toujours diverse en ses coutumes, Ne fait point dans Fabsinthe un miracle pareil ; (1 a est dû qu'à ce bois , digne fils du Soleil ' .

De lui dépend tout leffet du remède ;

Seul il commande aux ferments ennemis ,

Bien que souvent on lui donne pour aide

La centaurée, en qui le ciel a mis

Quelque àpreté, quelque force astringente ,

Non d'un tel prix , ni de Tautre approchante ,

Mais quelquefois fébrifuge certain'.

C'est une fleur digne aussi qu'on la chante ;

l'ai dit sa force , et voici son destin.

Fille jadis , maintenant elle est plante.

Aide-moi , Muse , à rappeler Ces fastes qu'aux humains tu daignas révéler. On dit, et je le crois, qu'une nymphe savante L'eut du sage Chiron , et qu'ils lui firent part

Des plus beaux secrets de leur art.

Si quelque fièvre ardente attaquoit ses compagnes , Si courant parmi les campagnes

* Monginot, De la guérison des fièvres par le quinquina, p. 56.

* « On peut dire en quelque façon la même chose de la centaurée « que du quinquina; elle est amère, apëriti^e, et légèrement astrin* 8 gente... On a même vu plusieurs fois la simple déeoetion de la « centaurée guérir des fièvres assez opiniâtres. » Monginot, De la guérison des fièvres par le quinquina^ p. 4B et 49*

34o LE QUINQUINA.

Un levain trop bouillant en vonloit à leurs jours » La belle à ses secrets avoit alors recours.

Il ne s'en trouva point qui pût guérir son ame Du ferment obstiné de ramoureuseflèaoame/ Elle aûnoit un berger qui causa s6n trépas.

Il la vit expii^er, et ne la plaignit pas.

Les dieux pour le punir en marbre le changèrent. Ij'ingrat devint statue ; elle fleur, et son sort Fut d'être bien&isante encore après sa mort; Son talent et son nom toujours lui demeurèrent. Heureuse si quelque herbe eut ^i calmer ses feux Car de forcer un cœur il est l»en moina possible : Hélas ! aucun secret ne peut rendre sensible , ; Nul simple n adoucit un objet rigoureux y Il n est bois , ni fleur, ni racine , Qui dans les tourments amoureux Puisse servir de médecine.

La base du remède étant ce divin bois , Outre la centaurée, on y joint le genièvre » ;

Foible secours, et secours toutefois.

De prescrire à chacun le mélange et le poids, Un plus savant la faut * : examinez la fièvre ,

' « De quelque manière qu'on donne le quinquina^ il est toujours <c la principale chose à laquelle est due la guérison. » Monginot, De la guériion des fièvres par le quinquina ^ P- i3*

* Le chevalier Talbot, soit pour déguiser le secret de son remède, soit ppur en a,ugmenter Tefficacitë, méloit au quinquina les fleujrs de la petite cen^aufée, et un sel extrait de cette plante; il y méloit encore de la graine de genièvre, et beaucoup d'autres mé-

CHANT SECOND. 34i

Regardez le tempérament ; Doublez , s'il est besoin , Fusage de Técorce ; Selon que le malade a plus ou moins de £arce', Il demande un quina plus ou moins véhément.

Laissez un peu de temps agir la maladie ^ :

Cela fidt, tranchez court ;. quelquefois un moment

Est maître de toute une vie ^.

Ce détail est écrit ; il en court un tiaité.

Je louerois Tàuteur et louvrage^ :

L'amitié le défeûd , et retient mon suffrage ; C'est assez à Fauteut* de l'avoir mérité.

Je lui dois seulement rendre cette justice, Qu'en nous découvrant Fart il laisse Fardfice,

Le mystère*, et tous ces chemins Que suivent aujourd'hui la plupart des humains.

Nulle liqueur au quina n'est contraire :

dicaments dont on trouTera l'éniimératioii dans l'oaTrage intitule Les admirables qualités eu kinkina^ p. i a3 à 1 37 ; et dans Mon^^not , De lu guérison des fièvres par le quinkjuina^ p. 3 1 .

' Monginot, De la guérison des fièvres par le quinquina y p. 65 à 7a. • '

* Ihid.y p. 80. — * Ihid.y p. 77.

< François'de Monginot, dont le Traité sur laguérisen des fièvres par le quinquina avoit paru en 167^, Tannée, même que Louis XIV avoit acheté ce remède au cheralier Talbot, et qui eut un tel succès qu'on le réimpHmoit tous les ans.

^ H On doit être persuadé que les préparations les pltis simples « ne sont pas moins sûres que les autres, et que les mystères sont «c phxs utiles à ceux qui distribuent 1«p i^mèdes qu'à ceux qui s'en M serrent. » Monginot, Avertissement du Traité sur là guérison des. fièvres par le quinquina.

L'onde insipide et la cervmse amère ' ^ Tout s en imbibe ; il nous permet d'user D'une boisson en tisane apprêtée ^.

Diverses gens Tayant su déguiser^ Leur intérêt en a fidt un Protée.

Même on pourroit ne le pas infuser, L'extrait suffit^ : préférez l'autre voie, C'est la plus sûre 4 ; et Bacchus vous envoie De pleins vaisseaux d'un jus déKeieux, Autre antidote , autre bienfait des cieux.

Le moût sur-tout^, lorsque lé bon Silène, Bouillant encor, le puise à tasse pleise , Sait au remède ajouter quelque prix ; Soit qu'étant plein de chaleur et d'esprits Il le sublime, et donne à sa nature D'autres degrés qu'une simple teinture ; Soit que le vin par ce chaud véhément *

' « On peut aussi composer une bière a^ec le même remède; « elle aura les mêmes vertus que le vin. » Monginot, De la guérison des fièvres par le qmnquina, p. 26.

. ' « On peut faire enfin Tinfusion avec des tisanes communes. » Monginot, p. 39 et 44 > ®^ ^ ^^ P&6^ 27 et a 8 se trouve la compo» sition de cette tisane.

^ Monginot, p. 18, Z>e /a Guérison des fièvres par lequimiuinaf donne la préparation de cet extrait.

^ Cest-à-dire en boisson. Monginot, p. 106 de son Traité, dit: M Quand les accès sont longs et violents , la boisson doit être pré- « férëe aux bols. »

^ M Cette même préparation sera encore meilleure et moins dés- N agréable, si on la fait dan&le temps des vendanges, mêlant les « mêmes choses avec le vin lorsqu'il cuvera.» Monginot, De la gué' rison des fièvres par le {fiiin€fuina, p. 26.

S'imprègne alors beaucoup plus aisément,

Ou que bouillant il rejette avec force

Tout Finutile et Timpur de Yécotoe :

Ce jus enfin pour plus d une raison

Partagera les honneurs d'Apollon.

Nés lun pour lautre ils joindront leur puissance :

Entre Bacchus et le sacré vallon

Toujours on vit une étroite alliance.

Mais y comme il &ut au quina quelque choix ,

Le vin en veut aussi bien que ce bois :

Le plus léger convient mieux au remède * ;

Il porte au sang un baume précieux ,

C'est le nectar que verse Ganyméde

Dans les festins du monarque des dieux.

Ne nous engageons point dans un détail inunense ; Les longs travaux pour moi ne sont plus de saison ; 11 me suffit ici de joindre à la raison

Les succès de Texpérience.

Je ne m arrête point à chercher dans ces vers Qui des deux amena les arts dans Funivers \ Nos besoins proprement en font leur apanage : Les arts sont les enfants de la nécessité; Elle aiguise le soin, qui, par elle excité,

' Mouginot est le seul qui conseille cela , et qui recommande de prendre le remède dans le temps des yendànge». Cest tout le contraire dans les traités de ce temps que j'ai consultés : dans tous on recommande de préparer le quinquina ayec du bon vin de Bourgogne, et même du vin d'Espagne. Cette dernière méthode çst celle que Ton suit encore aujourd'hui. ( Voyez Les admirables qualitis du kinkinay p. 124 à 137.)

344 LE QUIUQUINAv

Met aussitôt tQut en ussige. ' i .

£t qui sait sa dsoiâ maint ouvrage .

L'instinct des animauS^ précepteurs da^. humains^ N a point d'abord {pitdé notre ,eaprit etosiôs mains^? Rendons grâce au ha^m*d. Gent machinea aur Fonde Promenoient rayarice m tous les: coins jdu^ monde : L or entouré d ecu^ila avoit des poursuiyants ; . Nos mains lalloifat cherchai* au sein de sa patrie : Le quina vint a QfFirir à. opus çn» même t»mp5 » Plus digne mille fois de jiQtre idolâtrie* • :.• Cependant près d un j^iécle Von Fa vu;san$ honneurs. Depuis quelques étés qu on Jbrigue Sses faveurs , Quel bruit n a-t?il point &it ! de quoi ftunent nos temples Que de Tenoens promis au succès de ses dons?

Sans me chacger ici d une foule d'exemples , Je me veux seulement attacher auX' grands noms. Combien a-t-il sauvé de précieuses têtes 1 Nous lui devons Gondé:^ prince dont les Ixavaux, L'esprit^ le profond sens, la valeur» les conquêtes, Serviroient de matière à former cent hécos.

Le quin fera long-temps durer ses destinées.

Son fils , digne héritier d'un ncMn si glorieux , Eût aussi sans ce bois langui maintes journées.

J'ai pour garants deux demi^ieux :

Arbitres de nos jours , prolongez les années De ce couple vaillant et né pour les hasards , De ces chers nourrissons de Minerve et de Mars.

' Tout au plus près d'un demi -siècle, puisque les indigèues d'Amérique ne révélèrent aux Espagnols le secret de ce remède qu'en i638 : il ne fut apporté en Europe par les jésuites qu*en i649-

^ Puisse mon ouvrage leur, plaire !

Je touchend du finont les bords du firmament > . Et toi que le quina guérit' si {ax>iiiptement ,

Colbert,}eiied(nspomttetaire; .

Je laisse tes trswauxv ta.pn'adenee ^ et le^çhoix D un prinoe que le jciel prendra pour exemplaire Quand il vondra former de grands et sages rois. D autres que oioi diront toa zèle et ta conduite , Monument étemel aux ministres suivants ; Ce sujet est trop vaste ^ et ma mqse est réduite A dire les feveurs que tu Êûs aux savants.

Un jour j'entreprendrai cette digne matière ; Car pour foiûmir encore une telle carrière Il Êiut repr^idre haleine : aussi bien aujourd'hui Dans nos chantd les plus courts.-on trouve un long ennui. J'ajouterai sans plus que le quioa dispeiàée De ce régime exact dcmt on suivoit la loi :

Sa chaleur contre nous agit bute d'emploi ; Non qu'il fitille trop loin porter cette indulgi^ice '. Si le quina servoit à nourrir nos défauts , '

Je tiendrois tm tel bien pour le plus grand des maux.

Les muses m'ont appris que l'enËamce du monde ^,

» Sublimifiriam sidéra vertice.

(HORAT. 0<<. /. I, od. I. )

' Le chevalier Talbot permettoit bien , quaod il admioistroit son remède, une nourriture légère, et même du poulet et des perdrix; mais il défendoit le laitage, les fruits crus, les viandes salées et épicées , et les pâtisseries. ( Voyez les admirables qualités du kinkina, page 48. )

' Kapologue qui suit a été inséré^ d'après notre indication, dans plusieurs éditions récentes des fables de notre poëte.

Simple, sans passion, en désirs inféconde.

Vivant de peu, sans luxe, évitoit les douleurs : Nous n'avions pas en nous la source des malheurs

Qui nous font aujourd'hui la guerre :

Le ciel n'exigeoit lors nuls tributs de la terre : L'homme ignoroitles dieux, qu'il n'apprend qu'au besoin. De nous les enseigner Pandore prit le soin :

Sa boite se trouva de poisons trop remplie.

Pour dispenser les biens et les maux de la vie. En deux tonneaux à part l'un et l'autre fut mis. Ceux de nous que Jujnn regarde comme amis Puisent à leur naissance en ces tonnes &tales Un mélange des deux, par portions égales :

Le reste des humains abonde dans les maux.

Au seuil de son palais Jupin mit ces tonneaux '. Ce ne fut ici-bas que plainte et que murmure ; On accusa des maux l'excessive mesure.

Fatigué de nos cris le monarque des dieux Vint lui^nême éclaircir la chose en ces bas lieux. La Renommée en fit aussitôt le message.

Pour lui représenter nos maux et nos langueurs ,

On députa deux harangueurs, De tout le genre humain le couple le moins sage,

Avec un discours ampoulé

' Ëa Fontaine paroit avoir pris cette idée dans la Satire Me nippée.

Jupiter de ses tonneaux Le bien et le mal nous verse ; Mais par ceux-ci tous nouveaux Il met tout à la renverse.

Satine Ménippée, édit. iSa^ > in-8^> p. 33.

Exagérant nos maladies :

Jupiter en fut ébranlé :

Ils firent un portrait si hideux de nos vies , Qu il inclinû d'abord à réformer le tout.

Momus alors présent reprit de bout en bout De nos deux envoyés les harangues frivoles :

N écoutez point, dit-il, ces diseurs de paroles; Qu'ils imputent leurs maux à leur dérèglement, Et non point aux auteurs de leur tempérament; Cette race pourroit avec quelque sagesse Se faire de nos biens à soi«méme largessje.

Jupiter crut Monms ; il fronça les sourcils : Tout rOlympe en trembla sur ses pôles assis.

Il dit aux orateurs : Va, malheureuse engeance, C est toi seule qui rends ce partage inégal ; En abusant du bien , tu fais qu il devient mal , Et ce mal est accru par ton impatience.

Jupiter eut raison , nous nous plaignons à tort : ' La faute vient de nous aussi bien que du sort. Les dieux nous ont jadis deux vertus députées, La constance aux douleurs , et la sobriété : C'étoit rectifier cette inégalité.

Comment les avons-nous traitées ?

Loin de loger en nos maisons Ces deux filles du ciel, ces sages conseillères. Nous fuyons leur commerce, elles n habitent guères

Qu'en des lieux que nous méprisons.

L'homme se porte en tout avecque violence,

A l'exemple des animaux ,

Aveugle jusqu'au point de mettre entre les maux

Les conseils de la tempérance* Corrigez-vous , hmnains ; que le fruït de mes vers Soit l'usage réglé des dons de la nature.

Que si l'excès vous jette en ces ferments divers, Ne Vous figurez pas que qnëlqu'humeur 'impure Se doive avec le sang épuiser dané nos corps. Le quina s offre à vous, usez de ses trésai*s. Éternisez mon nom : qu'un jour on puisse dire : Le chantre de ce bois sut choisir ses sujets ;

Phébus, ami des grands projets, Lui prêta son savoir aussi bien que sa lyre.

J'accepte cet augure à mes vers glorieux :

Tout concourt à flatter là-dessus mon génie; Je les ai mis au jour sous Louis, et les dieux N'oseroient s'opposer au vouloir d'Uranie.

' Vab. Flamme.

Cette variante ne se trouve que dans les éditions modernes. L'édition origrinale et celle de 1 729 portent la leçon que nous avons adoptée. On doit faire ici élision de la lettre h , sans quoi le vers auroit une syllabe de trop.

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