‹ ŒuvresChapitre 135 sur 136 · NEPTUNE A SES TRITONS · texte numérisé non relu

NEPTUNE A SES TRITONS

u Vous savez tous l'alliance qui est entre Oronte et votre monarque: aussi ne suis-je point fâché que d autres divinités contribuent au plaisir d un héros si chéri du ciel. Je considère sans jalousie toutes les statues que Minerve lui a données. Apollon, qui s est fait architecte, aussi bien que moi, pour un roi avaricieux et ingrat, n'a pas eu mauvaise raison de se faire peintre pour un héros très reconnoissant et très libéral. Je ne lui envie pas sa fortune; et c^est la seule émulation qui est cause que je vous assemble. Il ne faut pas que vous souffriez que le palais où nous sommes donne moins de plaisir aux yeux que cet autre qui le regarde. On peut dire, à la vérité, que les avenues de celui-ci sont si belles, qu il seroit bien malaisé d'y rien ajouter; on peut dire aussi que sa face a je ne sais quoi de grand et de noble : mais les niches qu on y a faites n'étant encore rem-

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plies que par des rochers tout secs, je crois que s'il en sortoit de Teatt, cela seroit un grand ornement. Que quelqu'un de vous y travaiUe; et, s'il réussit, je lui donnerai pour récompense la plus belle des Néréides. »

Grand roi , dit un Triton, qui par droit d'héritage

Avez de l'Océan les plaines en partage,

Et qui voulez dans Vaux un empire fonder,

C'est à nous d'obéir, à vous de commander.

Rien ne semble impossible alors qu'on veut vous plaire :

Pour moi je vous dirai ce que l'art me suggère.

A garder vos trésors des monstres destinés.

Et par les mains du sort sous ce mont enchaînés,

Veillent sur le cristal en des grottes profondes *

Lâchons ces animaux venus de divers mondes ;

Je les dompterai tous , et de nuire empêchés

Par des liens de bronze ils seront attachés;

Mon art en ornera ces rochers et ces niches

Pour qui vous réservez vos trésors les plus riches.

Le conseil plut au dieu du liquide univers.

D'un seul coup de trident cent cacbots sont ouverts : On voit sortir en foule un amas de reptiles.

Dragons, monstres marins, lézards, et crocodiles. Hydres à sept gosiers, escadrons de serpents, La gent aux ailes d'or, et les peuples rampants. Limas aux dos armés, écrevisses cornues.

Des formes d'animaux aux mortels inconnues.

A peine ils sont sortis de leurs antres obscurs, Qu'ils font bruire le mont, se lancent à ces murs, Et remettroient par-tout le chaos en peu d'beures, Sans la fatale main qui régie leurs demeures.

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Sous un roc , par son ordre, un limas s'établit, Et de son vaste corps tout un antre remplit.

Quand le sage Triton les vit tous en leiïr place,

Avec jus de corail , quintessence de glace,

Et Gorgone dissoute en cristal du Mainsi ,

Il arrosa ce peuple aussitôt endurci.

Chacun d'eux toutefois conserve sa figure; '

Chacun , sans s'émouvoir, siffle, gronde^ murmure ,

Fait que de son fracas tout le mont retentit ,

Et pense avoir encor le gosier trop petit.

On diroit que parfois l'escadron se mutine.

Enivré du nectar d'une source divine^

Il pousse l'onde au ciel, il la darde aux passants,

Semble garder ces lieux en charmes si puissants ,

Et défendre l'accès des beautés qu'il nous montre :

L'eau se croise, se joint, s'écarte, se rencontre.

Se rompt, se précipite au travers des rocher»,

Et fait comme alambics distiller leurs planchers.

Digiti

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