‹ ŒuvresChapitre 17 sur 136 · LIVRE I. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE I. 4i

L^un lai tient un miroir fait de cristal de roche; Aux rayons du soleil Fautre en défend Tapproche. Palémon, qui la guide, évite les rochers:

Glauque de son cornet fait retentir les mers : ' Téthys lui fait ouïr un concert de sirènes.

Tous les vents attentifs retiennent leurs haleines. Le seul Zéphyre est libre, et d'un souffle amoureux Il caresse Vénus, se joue h ses cheveux; Contre ses vêtements parfois il se courrouce. L'onde, pour la toucher, à longes flots s'entrepousse ; Et d'une é^aie ardeur chaque flot à son tour S'en vient baiser les pieds de la mère d'Amour.

Gela devoit être beau, cjit Gelaste ; mais j'aimerois mieux avoir vu votre déesse au milieu d un bois, habillée comme elle étoit quand elle plaida , sa cause devant un berger. Chacun sourit de ce qu avoit dit Gelaste ; puis Polyphile continua en ces termes :

A peine Vénus eut fait un mois de séjour à Gythère , qu elle sut que les soeurs de son ennemie étoient mariées ; que leurs^maris , qui étoient deux rois leurs voisins, les traitoient avec beaucoup de douceur et de témoignages d affection ; enfin quelles avoient sujet de se croire heureuses. Quant à leur cadette, il ne lui étoit resté pas un seul amant, elle qui en avoit eu une telle foule que Ton en savoit à peine le nombre : ils s'étoient retirés comme par miracle, soit que ce fût le vouloir des dieux, soit par une vengeance particulière de Gupidon. On avoit encore de la vénéra-

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43 LES AMOURS DE PSYCHÉ, tion, du respect, de ladmiration pour elle, si vous voulez ; mais on n avoit plus de ce qu'on appelle amour : cependant c'est la véritable pierre de touche à quoi l'on juge ordinairement des charmes de ce beau sexe.

Cette solitude de soupirants, près d'une personne du mérite de Psyché, fut regardée comme un prodige, et fit craindre aux peuples de la Grèce qu'il ne leur arrivât quelque chose de fort sinistre. En effet, il y avoit de quoi s'étonner. De tout temps l'empire de Cupidon, aussi bien que celui des flots, a été sujet à des changements; mais jamais il n'en étoit arrivé de semblable : au moins n'y en avoit-il point d'exemples dans ces pays. Si Psyché n'eût été que belle, on ne l'eût pas; trouvé si étrange; mais, comme j'ai dît, outre Ift beauté qu'elle possédoit en un souverain degré de perfection, il ne lui manquoit aucune des grâces nécessaires pour se faire aimer : on lui voyoit un miltion d'amours, et pas un amant.

Après que chacun eut bien raisonné sur ce miracle, Vénus déclara qu'elle en étoit caude ; qu'dle s'étoit ainsi vengée par le moyen de son fils ; qtie les parients de Psyché n avoient qu'à se préparer à d'autres malheurs, parceque son indignation dureroit autant cfoe la vie, ou du moins autant que la beauté de leur fille ; qu'ils auroient beau s'humilier devant ses autels, et que les sacrifices

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