‹ ŒuvresChapitre 16 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

pour se mettre au service de sa rivale. L'herbe croissoit dans ses temples, qu'elle avoit vus naguère si fréquentés : plus d'offrandes , plus de dévots, plus de pèlerinages pour l'honorer. Enfin la chose passa si avant, qu elle en fit ses plaintes à son fils, et lui représenta que le désordre iroit jusqu'à lui.

Mon fils, dît-elle, en lui baisant les yeux, La fille d'un mortel en veut k ma puissance; Elle a juré de me chasser des lieux ^Où l'on me rend obéissance:

Et qui sait si son insolence N'ira p^ jusqu'au point de me vouloir ôter Le rang que dans les cieux je pense mériter?

Paphos n'est plus qu'un séjour importun :

Des Grâces et des Ris la troupe m'abandonne; Tous les Amours , sans en excepter un.

S'en vont servir cette personne.

Si Psyché veut notre couronne, Il faut la lui donner ; elle seule aussi bien Fait en Grèce à présent votre office et le mien.

L'un de ces jours je lui vois pour époux Le plus beàU, le mieux fait de tout l'humain lignagfe. Sans le tenir de vos traits ni de vous*, Sans vous en rendre aucun hommage.

Il naîtra de Jeur mariage Un autre Gupidon, qui d'un de ses regards Fera plus mille fois ^ue vous s^yec vos dards.

Prenez-y garde; il vous y faut songer:

Rendez-la malheureuse; et que cette cadette, Malgré le» siens , épouse un étranger

4o LES AMOURS DE PSYCHÉ.

Qui ne sache où trouver retraite, . Qui soit laid , et qui la maltraite, La fasse consumer en regrets superflus, Tant que ni vous ni moi nous ne la craignions plus.

Ces extrémités où s'emporta la déesse marquent merveilleusement bien le naturel et l'esprit des femmes : rarement se pardonnent-elles l'avantage de la beauté. Et je dirai en passant que l'offense la plus irrémissible parmi ce sexe, c'est quand l'une d'elles en défait une autre en pleine assemblée; cela se venge ordinairement comme les assassinats et les trahisons. Pour revenir à Vénus, son fils lui promit qu'il la vengeroit. Sur cette assurance , elle s'en alla à Cythère en équipage de triomphante. Au lieu de passer par les airs, et de se servir de son char et de ses pigeons, elle entra dans une conque de nacre , attelée de deux dauphins. La cour de Neptune l'accompagna. Ceci est proprement matière de poésie : il ne siéroit guère bien à la prose de décrire une cavalcade de dieux marins: d'ailleurs je ne pense pas qu'on pût exprimer avec le langage ordinaire ce que la déesse parut alors.

Cest pourquoi nous dirons en langage rimé Que Fempire flottant en demeura charmé.

Cent tritons la suivant jusqu'au port de Cythère, Par leurs divers emplois s'efforcent de lui plaire. L'un nage à l'entour d'elle, et l'autre au fond des eaux Lui cherche du corail et des trésors nouveaux.

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