‹ ŒuvresChapitre 19 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

de la Grèce ou de la Scythie? Étoit-il situé sous l'Ourse, ou dans les climats brûlants de TAfrique? car on dit que dans cette terre il y a toutes sortes de monstres. Le moyen de se résoudre à laisser une beauté délicate sur un rocher, entre des montagnes et des précipices, à la merci de tout ce qull y a de plus épouvantable dans la nature? Enfin, comment rencontrer cet endroit fatal? C'est ainsi que les «bonnes gens cherchoient des raisons pour garder leur fille; mais elle-même, leur représenta la nécessité de suivre l'oracle,

Je dois mourir, dit-elle à son père, et il n'est pas juste qu'une simple mortelle, comme je suis, entre en parallèle avec la mère de Çupidon : que gagneriez-vous à lui résister? Votre désobéissance nous attireroit une peine encore plus grande. Quelle que puisse être mon avéliture, j'aurai lieu de.me consoler quand je ne vous serai plus un sujet de larmes. Défaites-vous de cette Psyché sans qni votre vieillesse seroit heureuse: souffrez que le ciel punisse une ingrate pour qui vous n'avez eu que trop de tendresse, et qui vous récompense si mal des inquiétudes et des soins que son enfance vous a donnés.

Tandis que Psyché parloit à son père^de cette sorte, le vieillard la regardoit en pleurant, et ne lui répondoit que par des soupirs : mais ce n'étoit. rien en comparaison du désespoir où étoit la mère. Quelquefois elle couroit parles teiQples tout éche-

46 LES AMOURS DE PSYCHÉ, velée ; d'antres fois elle s'emportoit en blasphèmes contre Vénus ; puis^ tenant sa fille embrassée, protestoit de mourir plutôt que de souffrir qU^on la lui ôtât pour labandonner à un monstre^ Il fallut pourtant obéir.

En ce temps^là les oracles étoient maîtres de toutes choses : on couroit au^evant de èon malheur propre, de crainte qu'ils ne fussent trouvés menteurs; tant la superstition avoit de pouvoir sur les premiers hommes! La difficulté ti'étoit donc plus que de savoir sur quelle montagne il falloit conduire Psyché.

L'infortunée fille éclaircit encore ce doute. Qu'on me mette, dit-elle, sur un chariot^ sans cocher ni ^de, et qu'on laisse aller les chevaux à leur fantaisie : le Sort les guiderai infailliblemèiit au lieu ordonné*

Je ne veux pas dire que cette belle, trouvant à tout des expédients , fût de l'humeur de beaucoup de filles, qui aiment mi^ux avoir un méchant mari que de n'en avoir point du tout. Il y a de l'apparence que le désespoir, plutôt qu'autre chose, lui faisoit chercher ces facilités.

Quoi que ce soit, on se résout à partir : on fait dresser uii appareil de pompe funèbre, poui* satisfaire à chaque point de l'oracle. On part enfin; el Psyché se met en chemin sous la conduite de ses- parents^ La voilà sur im char d'ébéne, une urne auprès d'eHe, la tête penchée sur sa mère.

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