LIVRE I
son père marchant à côté du char, et faisant autant dci soupirs qu'il faisoit de, pas: force gens à la suitç, vêtus de deuil; force ministres de funérailles ; force sacrificateurs portant de longs vases et de longs cornets dont ils entonnoient des sons fort lugubres. Les peuples voisins, étonnés de la nouveauté d'un tel appareil, ne savoient que conjecturer. Ceux chez .qui le convoi passdit laccon^ pagnoient par honneur jusqu'aux limites de leur territoire, chantant des hymnes à la louange de Psyché leur jeune déesse, et jonchant de roses tout le chemin , bien que les maîtres des cérémonies leur criassent que c'étoit offenser Vénus: mais quoi! les bonnes gens ne pouvoient retenir leur zélé.
Après ime traite de plusieurs jours , lorsque l'on commençoit à douter de la vérité de l'oracle, on fut étonné qu'en côtoyant une montagne fortélevée, les chevaux, bien qu'ils fussent frais et nouveau repus, s'arrêtèrent court; et, quoi qu'on pût faire, ils ne voulurent point passer outre. Ce fut là que se renouvelèrent les cris; car on jugea bien que c'étoit le mont qu'entendoit l'oracle.
Psyché descendit du char > et, s'étant mise entre l'un et l'autre de ses parents, suivi de la troupe, elle passa par dedans un bois assez agréable, mais qui n'étoit pas de longue étendue. A peine eurentils fait quelque mille pas, toujours en montant, qu'ils se trouvèrent entre des rochers habités par
des dragons de* toute espèce. A ces hôtesprès, le lieu se pouvoit bien dire une solitude, et la plus effroyable qu'on pût trouver: pas un seul arbre, pas un brin d'herbe, point /l'autre couvert que ces rocs, dont quelcpies uns avoient des pointes qui avançoient en forme de voûte, et qui, ne tenant presque à rien, faisoient appréhender à nos voyageurs qu'elles ne tombassent sur eux. D'autres se trouvoient creusés en beaucoup d^endroits par la chute des torrents ; ceux-ci servoient de retraite aux hydres, animal fort familier en cette contrée.
Chacun demeura si surpris d'horreur, que, sans la nécessité d'obéir au sort, on s'en fût retourné tout court. Il fallut donc gagner le sommet, malgré qu'on en eût: plus on alloit en avant, plus le chemin étoit escarpé* Enfin, après beaucoup de détours, on se trouva au pied d'un rocher d'énorme grandeur, lequel étoit au faite de la montagne, et où l'on jugea qu'il falloit laisser l'infortunée fille.
De représenter à quel point Tafïliction se trouva montée , c'est ce qui surpasse mes forces :
^éloquence eUe-méme, impuissante à le dire, Confesse que ceci n'est point de son empire; Cest au silence seul d'exprimer les adieux Des parents de la belle, au partir de ces lieux. Je ne décrirai point ni leur douleur amère, Ni les pleurs de Psyché, ni les cris de sa mère Qui, du fond des rochers renvoyés dans les airs,
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