‹ ŒuvresChapitre 32 sur 136 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

et la ravit comme à elle-même. Elle parloit, étant seyle ,

Ainsi qu'en usent les amants Dans les vers et dans les romans.

AUer rêver au bord des fontaines, se plaindre aux rochers, consulter les antres sauvages, c'étoit où son mari lattendoit. Il ny eut cbose dans la nature qu elle n'entretînt de sa passion. Hélas 1 disoit-elle aux arbres, je ne saurois graver sur votre écorce que mon nom seul, car je ne sais pas celui de la personne que j'aime. Après les arbres, elle s'adressoit aux ruisseaux : ceux-ci étoient ses principaux confidents, à cause de l'aventure que je vous ai dite. S'imaginant que leur rencontre lui étoit heureuse, il n'y en eut pas un auquel elle ne s'arrêtât , jusqu'à espérer qu'elle attraperoit sur leurs bords son mari dormant, et qu'après il seroit inutile au monstre de se cacher.

Dans cette pensée , elle leur disoit à-peu-près les choses que je vais vous dire, et les leur disoit en vers aussi bien que moi.

Ruisseaux, enseig^nez-moi l'objet de mon amour; Guidez vers lui mes pas, vous dont Fonde est si pure. Ne dormiroit-il point en ce sombre séjour, Payant un doux tribut à votre doux murmure?

En vain, pour le savoir. Psyché vous fait la cour. En vain elle vous vient conter son aventure.

Vous n'osez déceler cet ennemi du joar»

Qui rit en quelque coin du tourment que j'endure.

Il s'envole avec Fombre , et me laisse appeler.

Hélas ! j'use au hasard de ce mot d'envoler :

Car je ne sais pas même encor s'il a des ailes.

J'ai beau suivre vos bords, et chercher en tous lieux:

Les antres seulement m'en disent des nouvelles.

Et ce que je chéris n'est pas fait pour mes yeux.

Ne doutez point cpie ces peines dont parloit Psyché n'eussent leurs plaisirs : elle les passoit souvent sans s'apercevoir de la durée, je ne dirai pas des heures, mais des soleils, de sorte que l'on peut dire que ce qui manquoit à sa joie faisoit une partie des douceurs qu'elle goûtoit en aimant ; mille fois heureuse si elle eût suivi les conseils de son époux , et qu'elle eût compris l'avantage et le bien que c'est de ne pas atteindre à la suprême félicité ! car, sitôt que l'on en est là, il est force que l'on descende , la fortune n'étant pas d'humeur à laisser reposer sa roue. Elle est femme , et Psyché Tétoit aussi, c'est-à-dire incapable de demeurer en un même état. Notre héroïne le fit bien voir par la suite.

Son mari , qui sentoit approcher ce moment fatal, ne la venoit plus visiter avec sa gaieté ordinaire. Cela fit craindre à la jeune épouse quelque refroidissement. Pour s'en éclaircir, comme nous voulons tout savoir, jusqu'aux choses qui nous dé-

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