LIVRE I
appas lui sembla trop bien établie, et le monstre trop amoureux, pour faire qu elle craignît aucun changement.
Lui, au contraire, auroit souhaité cpi-elle appréhendât ; car c etoit Tunique moyen de la rendre sage, et de mettre un frein à sa curiosité. Il lui dit beaucoup de choses sur ce sujet, moitié sé^ rieusement, et moitié avec raillerie; à quoi Psyché r^partoiC fort bien , et le mari déclamoit toujours contre les femmes trop curieuses.
Que vous êtes étrange avec votre curiosité 1 lui dit son épouse. Est-ce vous désobliger que de souhaiter de vous voir, puisque vous dites vous-même que vous êtes si agréable? Hé bien! quand j'aurai tâché de me satisfaire, quen sera-t-il? Je vous quitterai, dit le mari. Et moi, je vous retiendrai, repartit la belle. Mais si j'ai juré par le Styx? contipua son époux. Qui est-il ce Styx? dit notre héroïne. Je vous demanderois volontiers s'il est plus puissant que ce qu'on appelle beauté. Quand il le serait, pourriez-vous souffrir que j'errasse par l'univers, et que Psyché se plaignît d'être abandonnée de son mari sur un prétexte de curiosité, et pour ne pas n\anquer de parole au Styx? Je ne vous puis croire si déraisonnable. Et le scandale, et la honte...
Il paroit bien que vous ne me connoissez pas, repartit l'époux, de m'alléguer le scandale et la honte: ce sont choses dont je ne me mets guère
78 LES AMOURS DE PSYCHÉ, en peine. Quant à vos plaintes , qui vous écou-'. tera? et que direz-vous? Je voudrais bien que quelqu'un des dieux fût si téméraire que de vous accorder sa protection! Voyez-vous, Psyché, ceci n'est point une raillerie : je vous aime autant que Ion peut aimer; mais ne me comptez plus pouc ami dès le moment que vous m aurez vu. Je sais bien que vous n en parlez que par raillerie, et non pas avec un véritable dessein de me causer un tel déplaisir : cependant j ai sujet de craindre qu on ne vous conseille de lentreprendre. Ce ne seront pas les nymphes : elles n ont garde de me trahir^ ni de vous rendre ce mauvais office. Leur qualité de demi-déesses les empêche d être envieuses^ puis, je les tiens toutes par des engagements trop particuliers. Défiez-vous du dehors. Il y a- déjà deux personnes au pied de ce mont qui vous vien^ nent rendre visite. Vous et moi nous nous passe* rions fort bien de ce témoignage de bienveillance. Jeleschasserois, car elles me choquent, si le des« tin, qui est maître de toutes choses, me le per^ mettoit. Je ne vous nommerai point ces per-^ $onnes : elles vous appellent de tous côtés. S'il arrive que le destin porte leurs voix jusqu'à vous, ce que je ne saurois empêcher, ne descendez pas,laissez-les crier, et qu'elles viennent comme elles pourront.
Là-dessus il la quitta, sans vouloir lui dire, quelles personnes c'étoient, quoique la belle pro-