‹ ŒuvresChapitre 35 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

mit avec grands serments de ne pas les aller trou* ver, et encore moins de les croire.

Voilà Psyché fort embarrassée, comme vous voyez. Deux curiosités' à-la-fois! Y a-t-il femme qui y résistât? Elle épuisa sur ce dernier point tout ce qu elle avoit de lumières et de conjec* tures. Cette visite m étonne, disoit-elle en se pro-* menant un peu loin des nymphes. Ne seroient-cé point mes parents? Hélas! mon mari est bien cruel d'envier à deux personnes qui n'en peuvent plus la satisfaction de me voir! Si les bonnes gens vivent encore, ils ne sauroient être fort éloignés du dernier moment de leur course. Quelle consolation pour eux que d'apprendre combien je suis pourvue richement, et si, avant que d'entrer dans la tombe, ils voyoient au moins un échantillon des douceurs et des avantages dont je jouis, afin d'en emporter qudque souvenir chez les morts! ^ Mais si ce sont eux, pourquoi mon mari se met-il en peine? ils ne m'ont jamais inspiré que l'obéissance. Vous verrez que ce sont mes sœurs. Il ne doit pas non plus les appréhender. Les pauvres femmes n'ont autre soin que de contenter leurs maris. O dieux! je- serois ravie de les m^aer en tous 1^ endroits de ce beau séjour^ et sur-tout de leur faire voir la comédie et ma garde-robe. Elles doivent avoir des enfants , si la mort ne les a prir vées, depuis mon départ, de ces doux fruits de leur mariage : qu'elles seroient aises de leur répor-^

8o LES AMOURS DE PSYCHÉ, ter mille menus affiquets et joyaux de prix dont je ne tiens compte, et que les nymphes et moi nous foulons aux pieds, tant ce logis en est plein!

Ainsi raisonnoit Psyché, sans qu'il lui fût possible d'asseoir aucun jugement certain sur ces deux personnes : il y avoi^t même des intervalles où elle croyoit que ce pouvoient être quelques uns de ses amants. Dans cette pensée, elle disoit quelque peu plus bas : Ne va point en prendre Talarme, charmant époux! laisse-les venir: jeté les sacrifierai de la plus cruelle manière dont jamais femme se soit avisée; et tu en auras le plaisir, fussent-ils enfants de roi.

Ces réflexions furent interrompues par le Zéphyre, quelle vit venir à grands pas et fort échauffé. Il s'approcha d'elle avec le respect or* dinaire, lui dit que ses soeurs étoient au pied de cette montagne; qu'elles avoient plusieurs fob traversé le petit bois sans qu'il leur eût été possible de passer outre, les dragons les arrêtant avec grand'frayeur; quau reste c'étoit pitié que de les ouïr appeler ; qu elles n avoient tantôt plus de voix, et que les échos n'étoient occupés qu'à répéter le nom de Psyché! Le pauvre Zéphyre pensoit bien faire : son maître, qui avoit dâPendu aux nymphes de donner ce funeste avis, ne s'étoit pas souvenu dejui en parler.

Psyché le remercia agréablement, et lui dit qu on auroit peut-être besoin dé son ministère. Il

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