‹ ŒuvresChapitre 42 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

mes sœurs, s^écria-t-eUe, en quelle peine vous m avez mise! Les personnes riches souhaitent d a* voir des enfants : moi qui ne suis entourée que de pierreries,. il faut que je fasse des vœux au contraire. G est. être bien malheureuse que de posséder tant.de trésors et appréhender la fécondité! Elle demeura quelque temps comme ensevelie dans cette pensée, puis l'ecommença avec plus de véhémence qu'auparavant. Quoi! Psyché peuplera de monstres tout 1 univers! Psyché, à qui l'on a dit tant de fois qu'elle le peupleroit d'Amours et de Grâces! Non, non; je mourrai plutôt que de m'exposer davantage à un tel hasard. En arrive ce qui pourra, je veux m'éclaircir; et si je trouve que mon mari soit tel que je l'appréhende, il peut bien se pourvoir de femme; je ne voudrois pas l'être un seul moment du plus riche monstre de la nature.

Nos deux furies, qui ne s'étoient pas tant éloignées qu'elles ne pussent voir l'effet du poison, entendirent plus d'à demi ces paroles, et se rapprochèrent. Psyché leur déclara naïvement la résolution qu'elle avoit prise. Pour fortifier ce sentiment, les deux sœurs le combattirent; et, non contentes de le combattre, elles firent encore mille façons propres à augmenter la curiosité et l'inquiétude: elles se parioient à l'oreille, haus» soinet les épaiiles, jetoient. des regards de pitié sur leur sœur.

La pauvre épouse ne put résister à tout cela. Elle les pressa à la fin dune telle sorte, qu après un nombre infini de précautions , elles lui dirent tout bas : Nous voulons bien vous avertir que nous avons vu sur le point du jour un dragon dans Fair^ Il voloit avec assez de peine, appuyé sur le Zé* phyre, qui voloit aussi à côté de lui. Le Zéphyre la soutenu jusqu a l'entrée d une caverne effroya* ble; là le dragon la congédié; et s'est étendu sur le sable. Comme nous n étions pas loin, nous la* vous vu se repaître de toutes sortes dmsectes: vous savez que les avoines de ce palais en four* millent. Après ce repas et un sifQement, il s'est traîné sur le ventre dans la caverne. Noos, qui étions étonnées et toutes tremblantes, nous nous sommes éloignées de cet endroit avec le moins de bruit que nous avons pu, et avons feit le tour du rocher, de peur que le dragon ne nous entendit lorsque nous vous appellerions* Nous vous «vous même appelée moins haut que nous n avions fait à la précédente visite. Aux premiers accents de notre voix, une douce haleine est venue nous ennlever, sans que le Zéphyre ait paru,

C'étoit mensonge que tout cela ; cependant Psyché y ajouta foi: les personnes qui sont en peine croient volontiers ce qu'elles appréhendent. De ce moment-là notre héroïne cessa de goûter sa béatitude, et n'eut en l'esprit quun dragon imaginaire dont la pensée ne la quitta point. C'étoit,i.'è son

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