‹ ŒuvresChapitre 9 sur 136 · LITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LITRE PREMIER

Quatre anÂs, dont la cémKMssance avoit com^ mencépftrle Parnasse, lièrent une espèce de so^ ciété que j'appeilerois académie si leur nombre eût été plus grand , et qu'ils eussent autant regardé les muses que le plaisir. La première chose qu'ils firent, ce fut de bannir d'entre eux les conversatiûrns réglées, et tout ce qui sent sa conférence académique^ Qùaïud ils se trouvoient ensemble et qu'ils avoient biien parlé de leurs divertissements, si le hasard les faisoit tomber sur quelque point de science ou de belles-lettres, ils profitoient de l'occasion : c'étoit toutefois sans s'arrêter trop long-temps à une même matière , voltigeant de propos en autre, comme des abeilles qui renoon*

treroient en Teur chemin diverses sortes de fleurs. L'envie, Ja malignité, ni la cabale, n avoient de voix parmi eux. Ils adoroient les ouvrages des anciens, ne refusoient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parloient des leurs avec modestie , et se donnoient des avis sincères lorsque quelqu'un d eux tomboit dans la maladie du siècle, et faisoitun livre, ce qui arrivoit rarement'.

Polyphile y étoit le plus sujet ( c'est le nom que je donnerai à l'un de ces quatre amis). Les aventures de Psyché lui avoient semblé fort propres pour être contées agréablement. Il y travailla long-temps sans en parler à personne : enfin il communiqua son dessein à ses trois amis, non pas pour leur demander s'il continueroit, mais comment ils trouvoient à propos qu'il continuât. L'un lui donna un avis , l'autre un autre : de tout cela il ne prit que ce qu'il lui plut. Quand l'ouvrage fut achevé, il demanda jour et r^adez-vous pour le lire.

Acanthe ne manqua pas, selon sa coutume, de proposer une promenade en quelque lieu, hors de la ville, qui fût éloigné, et où peu de gens en-

' La Fontaine a eu ici en vae la liaison intime qui s'ëtoit foimee entre Boileau, Ratine, Molière, et lui, et les réunions qui eurent long -temps lieu entre eux. Notre poëte s^est désigné lui-même par le nom de Polyphile , tiré du (jrec , et qui signifie celui qui aime beautïoap de choses.

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