LIVRE I
trassent : on ne les viendroit point interrompre; Us écouteroient cette lecture avec moins de bruit ' et plus de plaisir. Il aimoit extrêmement les jardins, les fleurs, les ombrages. Polyphile lui ressembloit en cela; mais on peut dire que celui-i-ci aimoit toutes choses. Ces passions, qui leur remplissoient le cœur d une certaine tendresse , se répandoient jusqu en leurs écrits , et en formoient le principal caractère. Us penchoient tous deux vers le lyrique , avec cette différence qu'Acanthe avoit quelque chose de plUs touchant, Polyphile de plus fleuri. Des deux autres amis, que j'appellerai Ariste et Gelaste, le premier étoit: sérieux sans être incommode ; l'autre étoit fort gai.
La proposition d'Acanthe fiit approuvée. Ariste dit qu'il y avoit de nouveaux embelUssements à Versailles : il falloit les aller voir, et partir matin, afin d avoir le loisir de se promener après qu'ils auroient entendu les aventures de Psyché. La partie fut incontinent conclue : dès le lendemain ils Texécutèrènt. Les jours étoient encore assez longs, et la saison belle : c'étoit pendant le dernier automne.
Nos quatre amis, étant arrivés à Versailles de fort bonne heure, voulurent voir, avant le dîner, la ménagerie: c'est un Ueu rempli de plusieurs sortes de volatiles et de quadrupèdes , la plupart très rares et de pays éloignés. Us admirèrent en combien d'espèces une seule espèce d'oiseaux se
26 LES AMOURS DE PSYCHÉ, miiltiplioit, et louèrent Tartifice et les divnseâ * imaginations (de la natul*e, qui se joue dans- les onimaiir commé^elle fiait daiis les flëursw Ge qui leur plàt'davantagey ççi^filrent les. demoiselles dé Numidie%^«t certains oiseaux pêcheiars quilont unbec extrêraensent k>ngv ^^^^ ^^le peau actnles*' sous qui lemr^ sert de pocher Leur pluma^ e^ blano, mais d'un blanc plus ekir qile celui 4ies cygnes ; même de près il paroît^eamé, ef, tire $ur la couletir de rose Vers la raciue/On ne peut rien v<M# de plus beau. GW une «spéce de cprmo*
rans^ , . '
Gomniè nos gens avoient encore du loisir, ils firent un tour à Forangerie ^. La beauté et le
* La demoiselle de Kumidie est Yardea virgo des naturalistes, remarquable par $a taille svêlte , son cou noir, et deux touffes de plumes blanches effilées qui lui tombent des deux c6tés de (a tête* Ces oiseaux ressemblent à nos grues ; mais on en a forme un genre à part, sous le nom ^Anthropoïdes y parcequ*ils imitent les gestes de rhomme, et aiment à se donner en spectacle. Ils se trouvent en Afrique; mais ils sont rares; et les seules observations que nous ayons sur ce qui les concerne ont été faites sur ces mêmes individus amenés sous Louis XTV à la ménagerie de Versailles, et dont La Fontaine parle ici.
' Çétpient des pélicans , et la descriptioii que La Fontaine en donne est fort exacte : il est assez étonnant qu'il n*ait pas connu leur nom , plus ancien que lui dans la langue françoise, et qui se trouve dans Belon.
^ Depuis répoque à laquelle La Fontaine écrivit, rorangerie de Versailles, a été fort embellie par la construction d'une magnifique serre en souterrain, faite sur les dessins de J. H. Mansard, en i685 et 1686.