‹ ŒuvresChapitre 91 sur 136 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

H Vous QUI ALLEZ VISITER CE TEMPLE, ARRÊTEZ UN PEU, ÉCOUTEZ-MOI. De SIMPLE RERGÈRE QUE j'ÉTOIS NÉE, JE ME SUIS VUE REINE. Ce QUI m'a PROCURÉ CE RIEN, CE n'eST PAS TANT LA REAUTÉ QUE CE SONT LES GRACES. J'AI PLU, ET CELA SUFFIT.

C'est ce que j'avois a vous dire. Honorez ma tomre de quelques fleurs; et, pour récom- PENSE, VEUILLE LA DÉESSE DES GrACES QUE VOUS

plaisiez!»

Sur la bordure de l'autre tombe étoient ces paroles: ^

« Ici sont les cendres de Megano , qui ne put

GAGNER LE COEUR Qu'eLLE CONTESTOIT, QUOI- QU'ELLE EUT UNE REAUTÉ ACCOMPLIE, n

A la face du tombeau ces autres paroles se rencontroient :

« Si les rois ne m'ont aimée, ce n'est pas que je ne fusse assez relle pour mériter que le»

DIEUX m'aimassent ; MAIS JE N'ÉTOIS PAS, DIT-ON,

ASSEZ JOLIE. Gela se peut-il? Oui, cela se peut,

ET SI RIEN qu'on ME PRÉFÉRA MA COMPAGNE. ElLE EN ACQUIT LE SURNOM d'ApHRODISÉE , MOI CELUI

d'Anaphrodite. J'en suis morte de déplaisir.

Adieu, passant; je ne te retiens pas davantage. Sois plus heureux que je n'ai été, et ne

TE METS point EN PEINE DE DONNER DÈS LARMES A MA Ml^OIRE. Si je n'ai FAIT LA JOIE DE PERSONNE, DU MOINS NE VEUX -JE TROUBLER LA JOIE DE PER- SONNE AUSSI. »

Psyché ne laissa pas de pleurer. Megano , ditelle, je ne comprends ri^n à ton aventure. Je veux que Myrtis eût des grâces: n'est-ce pas en avoir aussi que d'être belle comme tu étois? Adieu, Megano : ne refuse point mes larmes , je suis accoutumée d en verser. Elle alla ensuite jeter des fleurs sur la tombe d'Aphrodisée.

Cette cérémonie étant faite, le jour se trouva assez grand pour lui faire considérer le temple à son aise. L'architecture en étoit exquise, et avoit autant de grâce que de majesté. L'architecte s'étoit servi de l'ordre ionique à cause de son élégance. De tout cela il résultoit une venus que je ne saurois vous dépeindre. Le frontispice répondoit merveilleusement bien au corps. Sur le tympan du fronton se voyoit la naissance de Cythérée en figures de haut relief. Elle étoit assise dans une conque, en l'état d une personne qui viendroit de se baigner, et qui ne feroit que sortir de l'eau. Une 4es' Grâces lui épreignoit les cheveux encore tout mouillés : une autre tenoit des habits tout prêts pour les lui vêtir dès que la troisième auroit achevé de Fessuyer. La déesse regardoit son fils , qui menaçoit déjà l'univers d'une de ses flèches. Deux sirènes tiroient la conque; mais, comme cette machine étoit grande, le Zéphyre la poussoit un peu. Des légions de Jeux et de Ris se promenoient dans les airs; car Vénus naquit avec tout son équipage, toute grande, toute formée, toute

Page 1