‹ ŒuvresChapitre 90 sur 136 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ses. Myrtis, au contraire , excelloit en ce point-là. Elle n avoit pas une beauté si parfaite que Megano : même un médiocre critique y auroit trouvé matière de s.'exercer. En récompense, il n'y avoit si petit endroit sur elle qui n^eût sa venus, et plu- .tôtdeux quune, outre celle qui animoit tout le corps en général. Aussi le roi la préféra-t-il à Mer gano, et voulut quon la nommât Aphrodisée, tant à cause de ce charmé que parceque le nom de Myrtis sentoit sa bergère, ou sa nymphe au plus, et ne sonnoit pas assez pour igie reine.

Les gens de sa cour, afin de plaire à leur prince, appelèrent Megano Anaphrodite. Elle en conçut un tel déplaisir, qu elle mourut peu de temps après. Le roi la fit enterrer honorablement.

Aphrodisée vécut fort long-temps, et toujours heureuse, possédant le cœur de son mari tout entier: on lui en offrit beaucoup d'autres qu'elle refusa. Gomme les Grâces étoient cause de son bonheur, elle se crut obhgée à quelque reconnoissance envers leur déesse , et persuada à son mari de lui faire bâtir un temple, disant que c'étoit un vœu qu'elle avoit fait.

Philocharès approuva la chose : il y consuma tout ce qu'il avoit de richesses ; puis ses sujets y contribuèrent. La dévotion fut si grande, que les fenmies consentirent que l'on vendît leurs colliers, et, n'en ayant plus, elles suivirent l'exemple de Rhodope.

Myitis eut la satisfaction de voir, avant que de mourir, le parachèvement de son vœu. EUe ordonna par son testament qu on lui bâtit un tombeau le plus près du temple qu'il se pourroit , hors du parvis toutefois, joignant le chemin le plus fréquenté. Là ses cendres seroient enfermées, et son aventure écrite à l'endroit le plus en vue.

Philocharès, qui lui survécut, exécuta cette volonté. Il fit élever à son épouse un mausolée digne d'elle et de lui aussi ; car son cœur y devoit tenir compagnie à celui d'Aphrodisée. Et, pour rendi^ plus célèbre la mémoire de cette chose, et la gloire de Myrtis plus grande, on transporta en ce lieu les cendres de Megano. Elles furent mises dans un tombeau presque aussi superbe que le premier, sur l'autre côté du chemin : les deux sépulcres se regardoient. On voyoit Myrtis sur le sien , entourée d'Amours qui lui accommodoient le corps et la tête sur des carreaux. Megano , de l'autre part, se voyoit couchée sur le côté, un bras sous la tête, versant des larmes, en la posture où elle étoit morte. Sur la bordure du mausolée où reposoit la reine des Lydiens, ces mots se Usoient :

« Ici repose Myrtis, qui parvint a LAROYAirrÉ par ses charmes , et qui en acquit le surnom d'Aphrodisée. »

A l'une des faces, qui regardoit le chemin, ces autres paroles étoient :

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